Plan loup: Les patous vont-ils avoir raison des randonneurs?

ENVIRONNEMENT Le «plan loup» dévoilé par le gouvernement préconise notamment aux éleveurs de protéger les troupeaux avec des chiens pour faire face aux attaques…

Mathilde Frénois et Fabien Binacchi

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Les chiens patou défendent les troupeaux contre les loups et tout autre danger potientiel, randonneurs compris  / AFP PHOTO / Eric CABANIS
Les chiens patou défendent les troupeaux contre les loups et tout autre danger potientiel, randonneurs compris / AFP PHOTO / Eric CABANIS — AFP
  • Certains randonneurs ont eu de mauvaises expériences avec les chiens en montagne.
  • Il est conseillé, pour éviter tout danger, de contourner les troupeaux.

Quand il se balade dans les montagnes des Alpes-du-sud, Yohann Maubant a davantage peur du chien que du loup. Le responsable de l’association Club rando 06 trimballe dans son sac à dos de lourdes anecdotes face aux chiens de bergers. Une cohabitation difficile qui risque de se poursuivre : le plan-loup, mené par le gouvernement, préconise aux éleveurs de protéger leurs troupeaux (entre autres) avec des toutous qui montent la garde face aux attaques.

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« Il y a quelque temps, dans la vallée de la Tinée, j’avais perdu quelque chose dans la rivière. J’essayais de le retrouver mais quatre chiens sont venus vers moi. Je suis monté sur un gros caillou comme j’ai pu, se rappelle-t-il. Le berger n’était pas loin, il les a rappelés. Heureusement ! »

Depuis, Yohan Maubant a « toujours une petite appréhension ». Il accompagne désormais ses excursions de précautions : « Je contourne les troupeaux de très loin et je cherche du regard le berger », affirme-t-il.

Des cas de morsure l’an dernier

« Tous les ans, des randonneurs se plaignent d’être embêtés, voire même attaqués par des chiens de protection, à ne pas confondre avec les chiens de conduite des troupeaux avec lesquels il n’y a aucun problème », confirme Laurent Scheyer, directeur adjoint du parc national du Mercantour. L’été dernier, des cas de morsure ont été recensés, notamment sur un garde du parc.

Un chien berger à l'oeuvre.
Un chien berger à l'oeuvre. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

« De plus en plus de groupes de randonneurs demandent des itinéraires sur lesquels ils ne croiseront pas de troupeaux, mais ce n’est pas toujours très évident, poursuit-il. Ils sont partout dans les alpages. On ne peut rien garantir. »

Serge Barragat, président de CDJ Rando 06, n’a jamais connu de mésaventures avec l’assistant des bergers à quatre pattes. Mais il prévient toujours les autres membres de son club : « Je leur dis de ne pas tendre la main vers eux, de ne pas traverser le troupeau, énumère-t-il. Cela ne demande que 100 mètres de contournement. »

« Chacun a son rôle »

« Le chien est là pour protéger, pas pour sauter sur l’homme, rassure Jean-Louis Drouvin, éducateur canin comportementaliste à Saint-Laurent-du-Var. Chacun a son rôle, celui du randonneur est de rester dans sa zone de balade, celui du chien est de surveiller et de menacer pour mettre en garde en cas de danger. » Face à un comportement agressif, il conseille de s’éloigner du chien et d’utiliser une bombe à air comprimé.

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La Dreal aussi met en garde les randonneurs et les VTTistes, à grand renfort de vidéos, de BD et de dépliants. « Gardez vos distances, prévient le flyer de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement. L’irruption de tout élément étranger au troupeau peut perturber la bonne marche du troupeau et le travail du berger : elle met le chien de protection en alerte. À votre approche, il vient vous flairer pour vous identifier. Après quoi, il regagne son troupeau. Parfois, il peut tenter de vous intimider. »

Un test, financé par l’État, permet de savoir si un chien est dangereux ou pas. En cas de défiance avec l’animal, le parc du Mercantour conseille de se tourner vers la gendarmerie.