Recyclage des plastiques: Le retour de la consigne, la fausse bonne idée?

RECYCLAGE Dans le cadre de l'élaboration de sa feuille de route sur l'économie circulaire, le gouvernement réfléchit à relancer le principe des consignes, non plus sur les bouteilles en verre comme autrefois, mais sur celles en plastique...

Fabrice Pouliquen

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La feuille de route sur l'économie circulaire que doit présentée le gouvernement d'ici fin mars veut améliorer le taux de recyclage des bouteilles en plastique. Cela passe-t-il par le retour de la consigne?
La feuille de route sur l'économie circulaire que doit présentée le gouvernement d'ici fin mars veut améliorer le taux de recyclage des bouteilles en plastique. Cela passe-t-il par le retour de la consigne? — /Photo Lemon Tri
  • Des bouteilles payées quelques centimes d’euros de plus par le consommateur qui peut ensuite récupérer son dû en rapportant l’objet vide dans un point de collecte. C’est le concept de la consigne que le gouvernement songe à réintroduire en France pour les bouteilles en plastique.
  • Le système appliqué dans de nombreux pays européens et dans des Etats américains est souvent auréolé de jolis succès. En Allemagne, en particulier.
  • La France a choisi une autre route en instaurant, il y a 25 ans, le tri sélectif des déchets au domicile.
  • Les professionnels du recyclage craignent alors que le retour de la consigne complexifie le geste de tri des particuliers.

Quelques centimes récupérés en échange de la bouteille de verre vide rapportée au commerce. Combien de minots ont pu ainsi s’acheter des bonbons quand les grands-parents ne réclamaient pas l’argent ?

À bien y réfléchir, la consigne, généralisée en France dans les années 1960 avant de tomber en désuétude au début des années 1990, ne faisait pas que le bonheur des enfants. Cette vieille recette était aussi rudement efficace pour s’assurer du retour et de la réutilisation des bouteilles vides. Au point que le gouvernement songe à son retour en grâce en 2018.

« Une bouteille en plastique sur dix collectée à Paris ou Marseille »

C’est l’une des mesures fortes que le ministère de la Transition écologie met en débat ce mardi, sur son site Internet, avant la publication fin mars de sa feuille de route sur l’économie circulaire. Les objectifs sont connus, annoncés par Édouard Philippe en juillet dernier : « diviser par deux les déchets mis en décharge et recycler 100 % des plastiques sur tout le territoire d’ici 2025. »

On n’y est pas encore. La France est même à la traîne comparée à certains de ses voisins. Sur les bouteilles en plastique, la France affiche ainsi un taux de recyclage de 56 %* quand l’Allemagne atteint 90 %. Mais avant même de parler de recyclage, il faut se pencher sur la collecte. « Dans les grandes villes, comme Paris et Marseille, seule une bouteille en plastique sur dix est collectée », rappelle Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire.

>> Lire aussi: Vous avez déjà expérimenté la consigne pour les bouteilles? Racontez-nous

Un concept à dépoussiérer

Le retour de la consigne pourrait alors être ce remède miracle. Le principe serait le même qu’autrefois. Nous achèterions quelques centimes d’euro plus cher nos bouteilles (d’eau, de soda, de lait etc.), centimes que nous récupérerions en rapportant la bouteille vide à un point de collecte. Ce qui change ?

  • Ces consignes concerneraient non plus les bouteilles en verre mais celles en plastique.
  • Elles ne seraient plus à remettre en main propre au commerçant mais à déposer dans des machines automatisées installées dans les commerces, les gares, les lieux publics, les entreprises, etc.
  • Il ne s’agirait plus de remplir à nouveau ces bouteilles comme autrefois, mais de les recycler.

Déjà des machines de collecte mais sur le principe de la gratification

La France ne part pas tout à fait de zéro. « On l’oublie, mais ce système de la consigne reste très répandu dans la restauration commerciale sur les bouteilles en verre », rappelle déjà Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France.

En parallèle, des entreprises ont aussi essaimé ces dernières années des machines de collecte automatisée de bouteilles en plastique à destination des particuliers. C’est le cas de Lemon Tri, ou de Reco, devenue filiale de Suez. La première a dispatché 300 machines depuis 2011, essentiellement en Ile-de-France et pour un tiers situés dans les grandes surfaces. « Les deux autres tiers sont installés sur des campus universitaires, des cinémas, des cafétérias d’entreprises », liste Emmanuel Bardin, le cofondateur. Reco en est à une centaine de kiosques installés, surtout en région, sur les parkings des hypermarchés.

Pour faire venir le particulier au point de collecte, ces deux entreprises ne s’appuient pas sur le principe de la consigne mais de la gratification. Chaque bouteille déposée donne droit à un bon d’achat à utiliser dans l’hypermarché partenaire. Reco en est à 125 millions de bouteilles et flacons en plastique valorisés depuis 2014 et Lemon Tri, qui se lance tout juste à Marseille, a permis de recycler 7,3 millions de bouteilles en plastique en 2017. « C’est peu au regard du nombre total de bouteilles collectées chaque année en France », concède Emmanuel Bardin, mais le concept marche tout de même.

La consigne, un joli succès en Allemagne

Ce n’est toutefois pas ce principe de la « gratification » que souhaite développer le ministère de la Transition écologique, mais bien celui de la consigne avec une caution récupèrée une fois la bouteille rapportée au point de collecte. Plusieurs de nos voisins européens ont d’ores et déjà mis en place ces systèmes.

Dont l’Allemagne, un cas d’école. Depuis le 1er janvier 2003, la majorité des boissons commercialisées y sont consignées. La caution est de 8 centimes pour une canette de bière vide, de 15 centimes pour une bouteille en plastique réutilisable et de 25 centimes pour tout contenant non recyclable. « Ce dispositif a permis à l’Allemagne d’atteindre un taux de collecte des emballages boisson de 90 % », rapporte le cabinet de Brune Poirson. Frileux à son lancement, les Allemands étaient 82 % à plébisciter ce système de consigne en 2016 et une majorité voulait l’étendre aux gobelets.

« L’exemple des Etats-Unis est tout aussi intéressant, complète Emmanuel Bardin. Des États ont instauré un système de consigne (Californie par exemple), d’autres non. La collecte est bien plus performante pour les premiers et les taux sont meilleurs encore dans les États qui ont instauré une caution forte, autour de 20 centimes par emballage. »

Le débat est ouvert

À quel montant justement fixer cette consigne ? Faut-il l’appliquer à tout le territoire ou cibler les grandes villes où le taux de collecte des bouteilles en plastique est à la traîne ? Où mettre ces machines ? Sur la voie publique ? Dans les commerces ? Le gouvernement planche encore sur toutes ces questions. D’où cette nouvelle consultation en ligne lancée ce mardi. D’ici fin mars, Brune Poirson doit aussi rencontrer tous les acteurs de la filière.

À Lemon Tri, on se dit déjà prêt à accompagner l’État dans les expérimentations. « Le système de la rétribution était une façon de préparer le terrain, estime Emmanuel Bardin. Une consigne généralisée sur tout le territoire serait un levier bien plus efficace et plus simple à gérer. » Flore Berling y est aussi favorable. « À condition que la consigne vise à terme le réemploi des bouteilles en plastique collectées et non pas seulement le recyclage. Or, viser le réemploi nécessite en amont de revoir la conception technique des emballages. A ce jour, nous avons peu de détails sur ce point. »

« Le risque de complexifier le geste de tri »

Mais le retour de la consigne n’emballe pas tous les acteurs du recyclage. Citéo, l’éco-organisme agréé par l’État pour le recyclage des emballages ménagers, met ainsi en garde contre une complexification des consignes de tri adressées aux Français. « Il y a 25 ans, la France a fait le choix d’instaurer la collecte sélective qui consiste à donner un bac de tri au plus près des ménages, indique Citéo à 20 Minutes. 99,8 % du territoire a aujourd’hui accès à ces bacs jaunes et le système est efficace dans de nombreuses régions de France. » La consigne pourrait être ce grain de sel impliquant pour les particuliers de déposer certains emballages plastiques dans les bacs jaunes et les bouteilles ailleurs. »

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Citeo admet certes le problème de la faible collecte des déchets en plastique dans les grandes villes. Mais l’éco-organisme mise plus sur d’autres solutions. Comme l’extension des consignes de tri ou Trilib -des bacs de collecte installés sur la voirie- une solution expérimentée à Paris et bientôt à Marseille.

Au final, Jean-Philippe Carpentier, président de la Féderec (Fédération professionnelle des entreprises du recyclage), en revient au système d’ores et déjà imaginé par Reco ou Lemon Tri et basé sur la gratification. « Ces consignes inversées peuvent très bien être imaginées comme une solution complémentaire aux bacs jaunes pour les déchets générés « hors foyer », estime-t-il. Dans les gares, les aéroports, la rue, les enceintes sportives.. Ce principe ne casse pas le tri sélectif au domicile tout en permettant malgré tout de collecter des tonnes de bouteilles vides supplémentaires. »