Alsace: Pourquoi les sangliers menacent les petits producteurs de Munster AOP?

FROMAGE Des deux côtés du massif des Vosges, en Alsace et en Lorraine, les petits producteurs de Munster craignent pour leur appellation d’origine protégée au nouveau cahier des charges, à cause des dégâts de sangliers…

Bruno Poussard
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Des groupes de sangliers occasionnent de vastes dégâts dans les pâtures des producteurs de Munster dans les vallées du massif vosgien. Illustration
Des groupes de sangliers occasionnent de vastes dégâts dans les pâtures des producteurs de Munster dans les vallées du massif vosgien. Illustration — Christopher Jones / Rex/REX/SIPA
  • Dans le massif des Vosges, les petits producteurs se plaignent des dégâts des sangliers dans leurs pâtures d’altitude.
  • Comme le cahier des charges de l’appellation d’origine protégée du Munster est plus strict depuis la fin de l’année, ces producteurs laitiers s’inquiètent.

La neige tombée ces derniers jours lui a apporté un tout petit peu de répit. Mais sur les hauteurs du Bonhomme, au cœur du massif vosgien, pas si loin de la station de ski du Lac Blanc, Vincent Minoux n’en finit plus de constater des dégâts d’animaux dans ses pâtures d’alpages et plus précisément d’une espèce : le sanglier. « Ils viennent presque tous les soirs, à 15 mètres de la maison. »

Des visites connues de longue date par ce petit producteur de Munster (et de tomme) qui a repris son exploitation de montagne en 1999 :

C’est monté crescendo au fil des dernières années. Mais là, ce n’est plus gérable. Il y a deux ans, on a eu de gros dégâts au début du printemps, alors on a replanté mais, à peine le foin repoussé, les sangliers sont revenus… On a dû tout jeter.

Un nouveau cahier des charges pour l’AOP Munster

À la tête d’une exploitation de 35 hectares pour 35 vaches, Vincent Minoux s’inquiète pour sa production de Munster. Car, depuis la fin d’année, le cahier des charges de l’Appellation d’origine contrôlée (AOP) du fromage impose des fourrages produits à 70 % localement. Et quand les pâtures sont dégradées, il faut bien replanter. Mais pas facile de reproduire la variété de plantes naturelles d’alpages avec des semences, sans parler des coûts supplémentaires (en milliers d’euros) pour combler le manque de foin.

Des dégâts de sangliers sur les 35 hectares de Vincent Minoux, producteur de Munster.
Des dégâts de sangliers sur les 35 hectares de Vincent Minoux, producteur de Munster. - Photo remise - Vincent Minoux.

Vincent Minoux est loin d’être le seul concerné. Dans bon nombre de vallées du massif vosgien, les petits producteurs laitiers auraient des problèmes de pâtures défoncées. La Coordination rurale a alerté pour la deuxième fois au moment des fêtes. « On a déjà les aléas climatiques, administratifs, politiques, alors si maintenant il y a ceux liés à la chasse… », souffle Gilles Keller, animateur du syndicat pour l’Alsace-Lorraine.

Des pâtures dégradées et du foin local difficile à produire

Si des améliorations sont par endroits observées, la gestion des sangliers par les chasseurs de certaines associations communales serait en cause. « On leur demande de réguler ça pour que l’on ne soit plus impacté par une gestion à l’à-peu-près », clarifie Philippe Iltis, de la ferme-auberge du Hinteralfeld dont les alpages de ses 46 bêtes ont été largement touchés dès l’automne sur les pentes du Ballon d’Alsace à Sewen.

Les pâtures de la ferme de Vincent Minoux au-dessus du Bonhomme, côté alsacien du massif des Vosges.
Les pâtures de la ferme de Vincent Minoux au-dessus du Bonhomme, côté alsacien du massif des Vosges. - Photo remise - Vincent Minoux.

Les petits producteurs défendent le nouveau cahier des charges de l’AOP Munster pour une fabrication du fromage dans le respect des traditions. Mais ils demandent une réaction des autorités qu’ils vont encore solliciter pour protéger leurs pâtures et leur foin. « Aucune des mesures prises jusqu’à présent n’est à la hauteur, insiste Philippe Iltis. Il faut que le problème soit réglé à la source. » Et Vincent Minoux de conclure :

Les chasseurs, c’est leur loisir. Nous, c’est notre gagne-pain. On veut juste faire notre fourrage de qualité pour valoriser notre production.