Naufrage d’un pétrolier en mer de Chine: «On peut s’attendre à une diminution rapide de la nappe»

POLLUTION Le naufrage lundi d’un pétrolier iranien en mer de Chine orientale a d’ores et déjà généré une marée noire d’une superficie globale équivalente à la ville de Paris…

Fabrice Pouliquen

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Le Sanchi, pétrolier iranien, a brûlé pendant huit jours avant de sombrer en mer lundi 15 janvier.
Le Sanchi, pétrolier iranien, a brûlé pendant huit jours avant de sombrer en mer lundi 15 janvier. — AFP

Quatre nappes d’hydrocarbures d'une superficie globale comparable à la ville de Paris. Soit environ 100 km². Le pétrolier iranien Sanchi n’a pas fini de faire parler de lui en mer de Chine orientale. Le navire a brûlé pendant huit jours, suite à une collision le 6 janvier, avant de sombrer à 115 mètres de fond lundi.

Les 32 membres de l’équipage ont péri. A bord, au moment de l’accident, il y avait 136.000 tonnes de condensats, un hydrocarbure ultraléger qui n’a pas tardé à former une marée noire.

Faut-il craindre une catastrophe écologique ? Christophe Rousseau, directeur adjoint du Centre de recherche sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), a répondu aux questions de 20 Minutes.

Cette marée noire prend-elle une tournure plus grave que prévue ?

A notre connaissance, non. Il ne faut pas juger de la gravité de la situation seulement au regard de l’étendue de la nappe. Le Sanchi transportait dans ses cuves du condensat. 136.000 tonnes pour être précis. Or, le condensat est un hydrocarbure ultraléger et peu soluble, ce qui fait qu’il s’étale très vite à la surface de l’eau. Bien plus vite encore que le fioul lourd qu’avaient dans leurs cuves l ’Erika (1999) ou le Prestige (2002) lors de leurs naufrages. Or, vous déposez le contenu d’une cuillère à soupe de fioul lourd sur une mer calme, au bout de quelques heures vous avez un terrain de foot. Imaginez alors à quelle vitesse le condensat peut s’étaler et les surfaces de dérivation absolument gigantesques qu’il peut créer. En revanche, puisque le condensat s’étale très vite, il a aussi la particularité de s’évaporer très vite. Et donc de disparaître. On peut s’attendre à une diminution rapide de ces nappes dans les prochains jours.

Qu’est-ce que le condensat précisément ?

C’est un pétrole brut, c’est-à-dire non-raffiné, non-travaillé par l’homme. Lorsqu’il sort du puits de pétrole, il est à la limite entre le gaz et l’huile si bien qu’au final il ressemble beaucoup à l’essence qui, elle, est un produit raffiné [les anglophones appellent d’ailleurs le condensat « natural gazoline » soit « essence naturelle »]. Le condensat sert essentiellement à la pétrochimie (fabrication de solvants, de détergents, de plastiques)…Son est relativement récent. Il a commencé seulement depuis qu’on s’intéresse au gaz naturel. D’ailleurs, dans les archives du Cedre, on ne trouve pas trace d’une précédente pollution des océans au condensat.

A quoi s’attendre dans les jours à venir ? Est-on face à une catastrophe écologique majeure ?

Beaucoup de choses étonnantes ont été affirmées à ce sujet ces derniers jours. On a dit que les condensats, une fois rejetés en mer, ne forment pas une nappe en surface mais plutôt un nuage toxique qui flotte entre deux eaux et que les cétacés, les poissons et plancton qui entreraient en contact avec cette pollution pouvaient soit mourir à brève échéance, soit contracter des maladies. Certes, l’interprétation n’est pas facile parce que nous sommes face à un phénomène nouveau et que les images fournies par la Chine sont peu nombreuses et pas faciles à analyser. Mais je ne pense pas qu’il faille céder au catastrophisme. Parce que le condensat s’évapore très vite, le naufrage du Sanchi aura moins d’impact sur les océans que les autres marées noires qu’on a connue par le passé. En revanche, le naufrage du Sanchi pose la question de la pollution atmosphérique. L’évaporation du condensat est une pollution atmosphérique. En brûlant pendant une semaine, le navire a aussi rejeté une quantité importante de fumées de condensat dans les airs. Sans doute même l’essentiel de sa cargaison. Je ne peux en revanche m’exprimer sur la dangerosité de cette pollution atmosphérique. Nous ne sommes pas experts dans ce domaine au Cedre.

Le Sanchi transportait aussi, au moment de l’accident, 2.000 tonnes de fioul de propulsion en guise de carburant… Faut-il s’en inquiéter également ?

Oui, tout à fait. On parle de fioul lourd. Ces 2.000 tonnes sont de même nature que la cargaison que transportaient l’Erika ou le Prestige. Pour le Prestige par exemple, qui avait fait naufrage au large de la Galice, ce fioul lourd avait traversé le golfe de Gascogne pour s’échouer sur nos côtes sous formes de boulettes qui s’étaient constituées au fil de la dérivation. Mais il faut avoir les proportions en tête : 63.000 tonnes de fioul se sont échappées de l’Erika. Le Sanchi n’en transportait lui « que » 2.000.

Qu’est-ce qui peut être fait pour résorber cette marée noire ?

La Chine a annoncé se préparer à descendre des robots sur l’épave. C’est la procédure classique en cas de naufrage. On envoie des ROV, des véhicules sous-marins télécommandés pour inspecter l’épave, voire si des fuites d’hydrocarbures persistent, s’il est possible de colmater la brèche ou de pomper le pétrole qui s’échappe. Le Sanchi repose à à 115 mètres de profondeur. C’est relativement peu profond. Techniquement, on sait aller récupérer des hydrocarbures à cette profondeur. Le Prestige, on est allé le pomper à 3.000 mètres de fonds. En revanche, capter les nappes de condensat qui se sont formées à la surface n’a que peu de sens. Cet hydrocarbure est trop léger et, quoi qu’il en soit, disparaîtra de lui-même rapidement en s’évaporant. On peut imaginer des interventions ponctuelles pour récupérer des boulettes de fioul lourd, celles issues des 2.000 tonnes de carburant qui restait dans les cuves du Sanchi pour terminer son voyage. Mais c’est sans doute encore trop tôt. Avant d’intervenir, il faudra s’assurer qu’on n’est pas sur une nappe de condensat en train de s’évaporer. Le condensat est très inflammable et ses vapeurs sont toxiques.