Projet Cigeo à Bure: Un dossier globalement «très bon» mais reste la question des déchets bitumineux

NUCLEAIRE Le gendarme français du nucléaire a rendu ce lundi son avis définitif sur Cigeo, le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse. L’ASN pointe notamment le problème des déchets bitumineux et du risque d’incendie qu’ils représentent…

Fabrice Pouliquen
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A 500 mètres sous terre, A Bure, l'Andra a déjà fait construire 1,7 kilomètre de galeries. Il s'agit d'un laboratoire destinée à tester la faisabilité du projet Cigéo.
A 500 mètres sous terre, A Bure, l'Andra a déjà fait construire 1,7 kilomètre de galeries. Il s'agit d'un laboratoire destinée à tester la faisabilité du projet Cigéo. — F. Pouliquen/20minutes
  • L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu public ce lundi son avis définitif sur le projet Cigeo, qui vise à enfouir 500 mètres sous terres les déchets français radioactifs les plus dangereux.
  • Dans cet avis, l’ASN juge le dossier de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) globalement très bon mais demande tout de même à revoir la copie sur la gestion des déchets bitumineux qui présentent un risque d’incendie.
  • Ces déchets bitumineux représentent un peu plus de 40.000 « colis », soit environ 18 % des conteneurs destinés à Cigéo.

La copie était attendue pour octobre dernier, elle est finalement tombée ce lundi 15 janvier. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire français, a rendu public son avis définitif sur le « dossier d’options de sûreté » du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) à Bure.

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C’est là, dans la Meuse, sous une épaisse couche d’argile que la France via l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) souhaite enterrer 85.000 m3 de ses déchets radioactifs les plus dangereux. Les MA-VL, comme déchets de moyenne activité à vie longue, et les HA-VL, comme déchets de haute activité à vie longue, nocifs sur des centaines de milliers d’années.

« L’Andra nous a soumis un très bon dossier »

L’Andra se donne jusqu’à mi-2019 pour améliorer sa copie et déposer une demande d’autorisation de création du site d’enfouissement. Les travaux pourraient commencer en 2021 pour une ouverture en phase pilote du centre en 2025 et un accueil des premiers déchets vers 2030.

Le rapport rendu public ce lundi par l’ASN est une étape importante dans la validation technique du projet. Les grandes lignes du rapport avaient été dévoilées dès août dernier. Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, les rappelle ce lundi dans une interview au Monde. « L’Andra nous a soumis un très bon dossier, commence-t-il par indiquer au quotidien. Il [ce dossier] confirme que la zone argileuse retenue possède les caractéristiques géologiques requises. Et il marque des avancées significatives en termes de sûreté. »

Le risque des déchets bitumineux

Pierre-Franck Chevet estime alors tout à fait possible que l’Andra puisse tenir le calendrier qu’elle s’est à ce jour fixé, à savoir une demande d’autorisation de création de Cigéo en 2019. Au préalable, toutefois, l’Andra devra revoir plusieurs points. « Notamment sur un sujet important : celui des déchets bitumés. » Ces déchets bituminés sont issus d’une ancienne technique de conditionnement de boues radioactives dans des matrices en bitumes. « Ces produits de moyenne activité à vie longue représentent un peu plus de 40.000 « colis », soit environ 18 % des conteneurs destinés à Cigéo », précise Pierre-Franck Chevet au Monde.

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Le hic, c’est que le bitume peut s’enflammer dans certaines conditions notamment lorsqu’il est soumis à des fortes chaleurs. Or, ces déchets radioactifs sont susceptibles de monter en températures par réaction chimique. Cette éventualité d’un départ de feu dans les sous-sols de Cigéo, avec derrière, le risque d’un emballement thermique propageant l’incendie dans les alvéoles souterraines de stockage, « doit pouvoir être totalement écartée », estime le directeur de l’ASN. « J’insiste sur le risque d’incendie, car il est particulièrement problématique en milieu souterrain », poursuit-il.

Deux options pourraient permettre de régler ce problème. La première serait de demander aux producteurs de ces déchets (CEA, AREVA, EDF…) « de reprendre et reconditionner ces déchets bitumineux pour les rendre inertes. La seconde « serait de revoir la conception d’ensemble de Cigeo, en espaçant suffisamment les colis pour éviter la propagation du feu et en mettant en place des moyens de détection très précoce d’une montée de température ainsi que de détection d’un feu. »

« Cet avis est pour nous positif »

Entre ces deux options, l’ASN planche aujourd’hui pour la première, la deuxième étant « industriellement sans doute compliquée », juge Pierre-Franck Chevet. De son côté, l’Andra se félicite dans un communiqué de l’avis rendu par l’ASN. « Cet avis est pour nous positif et conforte nos grandes orientations en matière de sûreté » commente Soraya Thabet, directrice de la sûreté à l’Andra. « En effet, l’ASN a souligné la maturité technologique du projet et la qualité du dossier. »

Pour la grande majorité des déchets prévus dans Cigéo (plus de 80 %), l’ASN a considéré que les options de sûreté sont satisfaisantes. »