Avec le grand hamster, la chouette chevêche est l'autre espèce menacée en Alsace

ENVIRONNEMENT Autre symbole des menaces pesant sur la biodiversité alsacienne face au développement des habitations et à l’agriculture intensive, la chouette chevêche est surveillée de près par la LPO et des chercheurs…

Bruno Poussard

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Un poussin de chouette chevêche, une espèce par ailleurs très docile.
Un poussin de chouette chevêche, une espèce par ailleurs très docile. — Nicolas Busser – CNRS/IPHC.
  • Tombée à un seuil très bas dans les années 1990 en Alsace, la population de la chouette chevêche semble regrossir.
  • Mais ce sentiment n’est pas (encore) confirmé par les scientifiques qui manquent de données concrètes et validées.
  • Avec des militants de la protection des oiseaux, des chercheurs s’y intéressent justement, mais ils ont besoin de fonds.

En Alsace, le grand hamster est l’espèce menacée par excellence. Mais elle est loin d’être la seule pour la biodiversité locale. Habituée à squatter les zones entre les villes et les terres agricoles, la chouette d'Athéna, dite chevêche, en est une autre depuis les années 1990 en raison de la disparition des vergers, son lieu d’habitat, d’hivers froids ou de la monoculture.

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Répandue en Europe et très présente en périphérie des villages par le passé, la petite « chouette aux yeux d’or » (dont l’espérance de vie n’est pas clairement établie) voit néanmoins ses effectifs remonter, semble-t-il, ces dernières années dans la région. Et ce à la faveur d’opérations de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), sur la sauvegarde de son milieu ou la pose de nichoirs.

Un nichoir antiprédation manipulé par un bénévole de la LPO en Alsace.
Un nichoir antiprédation manipulé par un bénévole de la LPO en Alsace. - Nicolas Busser – CNRS/IPHC.

Un manque de moyens pour lancer une étude scientifique

La population régionale est actuellement estimée, par exemple, à près de 150 couples dans le Haut-Rhin, contre moins de 40 plus de 20 ans plus tôt. A la tête du groupe chevêche de la LPO dans ce département, un programme lancé en 2006, Bertrand Scaar poursuit :

Des couples se sont encore installés cette année dans des communes où ont été mis en place de nouveaux nichoirs – antiprédation – artificiels chez des particuliers bienveillants. Sur toute l’Alsace, il y en a désormais plus de 1.000. On a tendance à dire que ça va mieux, mais le manque de cavités où se nicher reste réel. L’incertitude persiste pour leur avenir.

La population de la chouette chevêche, en forte diminution il y a 20 ans, n'est pas tout à fait connue et des menaces pèsent toujours sur l'espèce.
La population de la chouette chevêche, en forte diminution il y a 20 ans, n'est pas tout à fait connue et des menaces pèsent toujours sur l'espèce. - Nicolas Busser – CNRS/IPHC.

Des recherches scientifiques pour connaître la population

« Il y a un point d’interrogation autour de la population locale, et on aimerait voir si on peut l’aider à grossir », prolonge François Criscuolo. Dans le Département écologie, physiologie et éthologie de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien de Strasbourg (IPHC), ce chercheur en biologie s’est déjà intéressé à plusieurs espèces menacées dans le monde.

Spécialisé sur le vieillissement, il se focalise sur de drôles de marqueurs cellulaires situés au bout des chromosomes et nommés télomères, qui raccourcissent au fil de la vie. Après une étude sur le martinet alpin en Suisse, voilà François Criscuolo porté sur les chances de survie des chouettes chevêches d’Alsace en nichoirs naturels et artificiels.

Ses recherches scientifiques seront à même d’aider la LPO. Si des bagues sont déjà posées et des mesures effectuées sur des poussins, ses études iraient plus loin dans la connaissance de la population. Depuis 2012, 400 plumes (où se trouve l’ADN) par an sont récoltées par des bénévoles, mais impossible, encore, de les analyser, par manque de fonds.

Un échantillon contenant une plume dans les mains de François Criscuolo à l'IPHC.
Un échantillon contenant une plume dans les mains de François Criscuolo à l'IPHC. - B. Poussard / 20 Minutes.

Pour savoir où les jeunes ont le plus de chances de survivre

C’est pour cela que François Criscuolo est aidé par la Fondation de l’université de Strasbourg, afin de compléter son financement. Les deux opérations visant à décoder l’ADN coûtant dix euros, le chercheur espère atteindre 10.000 euros de dons via une plateforme dédiée pour lancer les travaux sur 1.000 plumes d’autant de poussins.

Alors qu’un cinquième de la collecte vient d’être dépassée grâce à la petite campagne auprès du grand public de la Fondation de l’Unistra, les premiers résultats des analyses de ces échantillons, stockés depuis cinq ans au frigo de l’institut, permettront ensuite au chercheur de demander de plus grands financements publics sur la chouette chevêche.

La chouette d'Athéna, dite chouette chevêche porte le surnom de chouette aux yeux d'or.
La chouette d'Athéna, dite chouette chevêche porte le surnom de chouette aux yeux d'or. - Nicolas Busser – CNRS/IPHC.

« L’étude porte sur la survie et la dispersion des jeunes, la recolonisation dans les fruitières hautes tiges des ceintures des villages dépend d’eux », insiste Bertrand Scaar. Habilité par le Muséum d’histoire naturelle de Paris, ce dernier aimerait savoir, à terme, où ils ont le plus de chances de survivre. Le maintien de l’espèce en dépend peut-être.