One Planet Summit : Des progrès sur la transition énergétique, trop peu sur l'adaptation

CLIMAT Comme promis, il y a eu des annonces à ce One Planet Summit. Si elles sont tenues, elles devraient permettre d’accélérer la transition énergétique. En revanche, sur l'adaptation au changemnt climatique, le compte n’y est pas…

Fabrice Pouliquen

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Le One planet summit, ce mardi à Paris, a réuni de nombreux chefs d'Etats et de gouvernements.
Le One planet summit, ce mardi à Paris, a réuni de nombreux chefs d'Etats et de gouvernements. — Etienne LAURENT / POOL / AFP
  • Plusieurs engagements ont été pris au One Planet Summit ce mardi. Dont celui, important, de la Banque mondiale qui s’engage d’ici à 2019 à ne plus financer des projets d’exploitation de pétrole et de gaz.
  • La journée a marqué l’avènement des acteurs non-étatiques. A l’image de l’assureur Axa qui s’est engagé à quadrupler son objectif d’investissements verts et à désinvestir dans le charbon et les sables bitumineux.
  • Mais plusieurs ONG pointent en revanche le manque d’ambitions général des Etats et les faibles annonces pour permettre aux pays du sud de s’adapter au changement climatique (digues, surélévation des habitats, systèmes d’alerte météo).

« Pour faire face aux réalités du monde d’aujourd’hui et pour être certain d’aider les pays à rester dans la trajectoire de l’Accord de Paris sur le climat, nous ne financerons plus les projets d’exploitation de pétrole et de gaz à compter de 2019. »

L’annonce de Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, a été accueillie par un tonnerre d’applaudissement dans l’auditorium de la Scène musicale où s’est tenu, toute la journée, le One Planet Summit.

>> Revivez en live cette journée du One planet summit

Beaucoup d'engagements pris

Cet engagement est sans doute l’annonce à retenir de ce nouveau rendez-vous international voulu par Emmanuel Macron pour marquer le deuxième anniversaire de la COP21 et remobiliser la communauté internationale sur les enjeux de réchauffement climatique après le retrait américain. Les organisateurs du sommet - France, Nations unies et Banque mondiale - avaient promis un « sommet de l’action, de la mise en œuvre ».

Et il y a eu une flopée d’engagements ce mardi. La Banque mondiale, toujours, a annoncé ainsi « la mobilisation de deux milliards de dollars pour le programme de gestion des zones côtières de l’Afrique de l’ouest qui doit faire face à l’érosion du littoral aux inondations ». La Fondation Bill Gates a promis, avec d’autres acteurs, de consacrer 325 millions de dollars pour soutenir la recherche en agriculture. La Commission européenne mobilisera 318 millions de dollars pour cet objectif.

L’assureur Axa s’est engagé ce mardi à quadrupler son objectif d’investissements verts pour atteindre 12 milliards d’euros en 2020 et à baisser à 2,4 milliards d’euros ses investissements dans le charbon et à 700 millions d’euros dans les projets liés aux sables bitumineux. La France aussi s’est jointe au mouvement, en participant à plusieurs coalitions et en portant à 1,5 milliard d’euros par an, dès 2020, son aide à l’adaptation pour les pays du sud.

Un sommet qui nous rapproche de la bonne trajectoire ?

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, ne résume alors pas ce One Planet Summit à une simple opération de com d’Emmanuel Macron et se félicite des décisions prises. « Des avancées ont été actées aujourd’hui, se félicite-il. Elles ne permettront pas de nous mettre à elles seules sur la trajectoire des 1,5°C à laquelle nous engage l’Accord de Paris. Mais elles nous éloignent au moins de la trajectoire des 3,5C° qui est la nôtre aujourd’hui. »

Surtout, ce sommet acte encore un peu plus la sortie des énergies fossiles (charbon, sables bitumineux, gaz de schiste, pétrole). « Il faut encore accélérer le mouvement, reprend Pascal Canfin. Mais il ne faut pas oublier non plus que cette remise en cause était impensable il y a cinq ans»

>> Lire aussi: Le «One Planet summit» actera-t-il la fin des investissements dans les énergies fossiles?

Mais les annonces marquantes du One Planet Summit concernent pour l’essentiel le financement de la transition énergétique, celle qui doit nous permettre de passer aux énergies renouvelables et aux transports propres. Or ce n’est qu’un volet du Fonds vert pour le climat, pour lequel les pays riches ont promis de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour lutter contre le réchauffement climatique.

L’adaptation, le grand perdant ?

L’autre volet, fondamental, est l’adaptation au changement climatique. La construction de digues, la surélévation des habitats, les systèmes d’alerte météo... Ce volet concerne plus particulièrement les pays pauvres, « ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre mais en subissent le plus les conséquences du réchauffement climatique », rappelle Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies. 

« Or sur l’adaptation, ce sommet est insatisfaisant », reconnaît Pascal Canfin. Les 1,5 milliard d’euros promis par la France par an, dès 2020, pour l’aide à l’adaptation pour les pays du sud n’y font rien. « Cette mesure, l'une des rares faites par la France à ce sommet, est même clairement insatisfaisante, fustige Fanny Petitbon, responsable des plaidoyers pour l’ONG Care. La France qui s'était déjà engagé à consacrer 1,2 milliard d'euros par an d'ici 2020 à l'adaptation des pays du sud au changement climatique s'est contenté d'annoncer une hausse de cet objectif de 300 millions d'euros. C'est une goutte d'eau dans l'océan des besoins en adapation des pays en développement, estimés à 300 miliards de dollars par an en 2030. »

« Il n’y a aujourd’hui aucun mécanisme économique qui permet de financer massivement cette adaptation, reprend Pascal Canfin. L’instauration d’une taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne aurait permis de faire un grand pas. Mais le projet est toujours au point mort. » Malgré l’appel dimanche de quatre ministres français à remettre la mesure sur le tapis, le One Planet Summit n’a pas réussi à le relancer.

C’est alors une crainte émise par Fanny Petitbon : « Ce One Planet Summit marque une forte mobilisation des acteurs non-étatiques. Il faudra veiller à ce que la promesse soit tenue, mais l’annonce d’Axa [premier assureur au monde] est un signal fort par exemple. Mais il ne faudrait pas pour autant que les Etats en profitent pour faire moins. »