VIDÉO. Hérault: A trois semaines de Noël, les coquillages de Thau toujours interdits à la vente

CONSOMMATION En raison de mauvaises analyses, huîtres, moules et palourdes sont impropres à la consommation. Un coup dur pour les producteurs…

Nicolas Bonzom

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Des huîtres du bassin de Thau (illustration).
Des huîtres du bassin de Thau (illustration). — DAMOURETTE/SIPA
  • La présence anormale de toxines dans l’étang a entraîné l’interdiction de la vente et de la consommation des huîtres, des moules et des palourdes de Thau.
  • La décision court depuis un mois, de nouvelles analyses sont prévues bientôt.
  • Pour les producteurs du bassin, cette situation est une catastrophe économique.

Voilà plus d’un mois que l’activité est au point mort, sur le bassin de Thau, dans l'Hérault : le 3 novembre, la préfecture suspendait la récolte et la commercialisation des huîtres, des moules et des palourdes en provenance de l’étang. Ici, 550 exploitations, la plupart familiales, produisent 12.000 tonnes d’huîtres et 6.000 tonnes de moules par an.

La raison de cette interdiction, à quelques semaines de Noël : des analyses phytoplanctoniques ont mis en évidence une présence de toxines PSP supérieure à la norme autorisée dans cet étang, qui représente environ 80 % de la production conchylicole en mer Méditerranée, selon le Comité régional de la conchyliculture.

Lundi soir, une cinquantaine de producteurs ont manifesté leur profond désarroi, en bloquant la circulation à la sortie de Bouzigues, brûlant des pneus et des palettes.

« C’est catastrophique »

Certes, les producteurs sont habitués. Souvent, ce type d’interdiction, qui vise à protéger les consommateurs d’éventuelles intoxications, est mise en place dans l’Hérault. Mais plus d’un mois, à quelques semaines des fêtes de fin d’année, c’est un sacré coup dur.

« C’est catastrophique, cela fait maintenant quatre semaines qu’on est fermé », s’inquiète Séverine, qui produit des huîtres sur le bassin de Thau depuis 2005. « On a, certes, des réserves, mais elles commencent peu à peu à s’amenuiser », explique à son tour Christian, installé lui aussi sur la lagune. Pour Denis Régler, directeur du Comité régional de conchyliculture, « les producteurs ont déjà perdu les moyennes et les grandes surfaces pour Noël, regrette-t-il. Les catalogues ont été édités, c’est trop tard. »

« Il faut changer le mode d’analyse »

Un « véritable problème économique » pour de nombreux producteurs du coin, qui se doublerait même d’une « mauvaise publicité », craint un exploitant. « Les clients fidèles nous connaissent bien, ils nous font confiance. Mais les autres… J’en croise qui me disent "Des huîtres du bassin de Thau, il y a des problèmes, je n’en veux pas !" »

« Il faut bien expliquer aux consommateurs qu’il ne s’agit pas d’une pollution, il ne faut pas faire l’amalgame. Il s’agit de l’Alexandrium, une herbe marine, qui se développe à nouveau depuis trois ans », reprend Denis Régler, qui regrette que ces interdictions égratignent à chaque fois « l’image de marque » des coquillages du bassin héraultais.

« Passer au XXIe siècle »

Pour Philippe, un autre conchyliculteur du coin, il faut changer le mode d’analyse. « Que l’on soit contrôlé, c’est tout à fait normal, reprend-il. Mais il faut maintenant que les contrôles passent au XXIe siècle. » Les exploitants préféreraient en effet voir arriver sur leur lagune les tests chimiques, mis au point en Irlande, et ne plus être dépendants des injections sur des souris, actuellement en vigueur, dont ils mettent en cause la fiabilité.

De nouvelles analyses phytoplanctoniques sont prévues dans les prochains jours. On saura si oui ou non, on pourra déguster des coquillages de Thau à Noël.