VIDEO. Boues rouges: La santé des riverains, la grande inconnue de la polémique?

SANTE Les rejets de l’usine Alteo inquiètent des parents d’élève…

Mathilde Ceilles

— 

Vue générale prise le 8 octobre 2010 du site de MangeGarri à Gardanne où des résidus de bauxite produisant des boues rouges sont stockés sous forme solide
Vue générale prise le 8 octobre 2010 du site de MangeGarri à Gardanne où des résidus de bauxite produisant des boues rouges sont stockés sous forme solide — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AFP
  • L’usine Alteo stockent ses résidus solides sur un site de Bouc-Bel-Air,
  • Les conséquences sanitaires de ces poussières inquiètent les riverains
  • Opposants et industriels interprètent différemment les études scientifiques à ce sujet

Pendant des semaines, ces rejets liquides ont défrayé la chronique. Durant un demi-siècle, Alteo a rejeté des « boues rouges » polluantes dans les calanques de Marseille. Mais depuis, selon l’industriel, le flux liquide de métaux rejeté dans les calanques a été réduit de plus de 99 %, et l’usine a modifié ses procédés, gardant à terre les boues solides.

Or, une question inquiète les riverains : quid de l’impact de ces déchets solides sur la santé ? En effet, chaque année, 300.000 tonnes de résidus secs sont stockées sur le site de Mange-Garri, à Bouc-Bel-Air, selon les chiffres communiqués par Alteo à 20 Minutes. La semaine dernière, cette même question a agité des parents d’élèves de la commune. Selon une information de France Bleu Provence, l’association des parents d’élèves de Virginie-Dedieu, toute proche du site de Mange-Garri, a exprimé une crainte : celle de voir les enfants être exposés à des sources de pollution, notamment par le biais des aliments servis à la cantine.

>> A lire aussi : Nicolas Hulot attendu au tournant des boues rouges

La note de la discorde

Même inquiétude dans une autre école, également proche du site. « Ces poussières contiennent des métaux lourds, des petites particules, et nous avons peur qu’elles pénètrent jusque dans les poumons de nos enfants », s’alarme Virginie Urtado de l’association des parents d’élèves de la Bergerie.

Dans une note publiée en janvier dernier sur la pollution des sols à proximité du site de Mange-Garri, l’ Agence nationale sécurité sanitaire alimentaire nationale (Anses) relevait d’importants taux de plomb et d’arsenic. Elle concluait que ces résultats « ne permettent pas d’exclure un risque sanitaire au niveau local ». Et c’est l’interprétation de ces quelques lignes qui divisent opposants et Alteo.

Un match scientifique ?

« Quand ils ne disent “pas exclu”, c’est que c’est possible, c’est compliqué pour eux de se positionner plus », affirme Olivier Dubuquoy, président de l’association ZEA et chef de file des opposants. Et d’affirmer : « Ce n’est pas à la science de dire si c’est acceptable, c’est au politique. » Les opposants demandent ainsi la mise en sécurité du site de Mange-Garri pour « stopper l’envol des poussières entre autres et pour une protection sanitaire des populations. »

« A un moment, il faut sortir du langage technocratique et appeler un chat un chat, s’agace Eric Duchenne, directeur industriel chez Alteo. Il faut arrêter de se faire peur et comprendre les études qui disent qu’il n’y a pas de risque avéré lié à l'activité de Mange-Garri». Dans ce « match scientifique », Eric Duchenne se fonde notamment sur les études réalisées en interne, une étude de bureau de recherches géologiques et minières, et cette même note de l’Anses.

>> A lire aussi : Plusieurs recours en justice contre la dérogation accordée à Alteo

Une nouvelle étude sur les potagers

En effet, les résultats de cette note sont fondés sur un scénario « pessimiste ». « L’étude part du principe que le plomb et l’arsenic vont directement se disséminer dans l’estomac et les poumons au point d’atteindre les organes », explique Yves Noack, chercheur au CNRS et directeur de l'Observatoire Hommes-Milieux du Bassin Minier de Provence.

En outre, cette étude n’a pas permis d’établir avec précision les liens entre la présence importante de plomb et d’arsenic dans les sols et le site d’Alteo. Ce taux de concentration pourrait s’expliquer également par d’autres facteurs polluants dans cette zone toute proche de l’étang de Berre, ou par les caractéristiques géologiques des terrains.

>> A lire aussi : France Télévisions relaxé après un reportage «Envoyé Spécial» sur les calanques de Cassis

Avec plusieurs collègues, Yves Noack lancera donc au printemps prochain une nouvelle étude pour, peut-être, lever les derniers doutes. « Nous allons faire des prélèvements dans les potagers du secteur, avec des analyses sur les végétaux. Et nous allons demander aux gens de décrire leur consommation exacte de légumes », certains absorbant plus que d’autres les particules fines. Un site témoin plus éloigné des rejets d’Alteo va être également étudié, afin de mettre en évidence, ou non, l’impact de ces poussières. Les résultats seront communiqués courant 2019.