Cop 23: Peut-on combler le vide laissé par les Etats-Unis?

CLIMAT A Bonn, où a commencé lundi la COP 23, le vide laissé par l’administration Trump permet à une autre Amérique, soucieuse de poursuivre la lutte contre le réchauffement climatique, de se faire entendre. De là à faire oublier le retrait américain de l’Accord de Paris ?….

Fabrice Pouliquen

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A Bonn, en Allemagne, la COP 23 a ouvert ce lundi 6 novembre sous la présidence des Fidji, petit Etat d'Océanie première victime du réchauffement climatique.
A Bonn, en Allemagne, la COP 23 a ouvert ce lundi 6 novembre sous la présidence des Fidji, petit Etat d'Océanie première victime du réchauffement climatique. — Martin Meissner/AP/SIP
  • A Bonn, le vide laissé par Washington permet à une autre Amérique de se faire entendre. Celle des « We are still in », une coalition d’Etats, de villes et d’entreprises soucieuses de poursuivre la lutte contre le changement climatique.
  • Les acteurs de « We are still in » dévoileront ce samedi, en marge de la COP 23, le plan d’action à leur échelle pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.
  • Mais le retrait américain de l’Accord de Paris, annoncé par Donald Trump en juin, laisse tout de même un vide, sur le plan des aides financières à mobiliser pour financer les projets luttant contre le réchauffement climatique.

Il ne reste plus que les Etats-Unis. Des 197 pays reconnus par l’Onu, il est depuis ce mardi le seul à ne pas soutenir l’Accord de Paris sur le climat, signé en décembre 2015 au lendemain de la COP 21 et visant à limiter l’augmentation de la température planétaire à 1,5° c d’ici la fin du siècle.

Le Nicaragua, qui a longtemps jugé l’accord trop peu ambitieux, est entré dans le rang le 23 octobre dernier. Ce mardi, à  Bonn où se déroule la COP 23, la Syrie a annoncé mardi qu’elle signerait d’ici peu le traité.

L’administration Trump réduite au minimum à Bonn

Plus que jamais seule, Washington assure tout de même une présence à la COP 23. Pas le choix. Car si Donald Trump n’est pas revenu depuis juin sur le désir de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris, ce retrait ne sera effectif qu’au lendemain des prochaines élections américaines. Soit en 2020.

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Toutefois, à Bonn, le pays se fait très discret, avec une délégation réduite à 48 membres quand la France en compte 173. « Pour la première fois, il n’y aura pas de pavillon fédéral américain au village de la COP », précise également Pierre Cannet, responsable des programmes climat, énergie et villes durables à WWF France.

L’administration Trump avait de toute façon prévenu en amont de la conférence : le mot d’ordre de sa délégation sera avant tout de « protéger les intérêts américains ». Jusqu’à être l’empêcheur de tourner en rond ? Pierre Cannet ne le pense pas : « La délégation a été confiée au diplomate Thomas Shannon, qui n’est pas un climatosceptique. » « Les Etats-Unis sont de toute façon trop isolées aujourd’hui pour pouvoir perturber les négociations, ajoute Lucile Ducour, responsable des politiques internationales au Réseau Action climat. Ils devraient se contenter de faire profil bas. »

L’« autre voix de l’Amérique » bien présente

Mais le vide laissé par Washington à Bonn est comblée par une autre Amérique, celle des « We are still in » [« Nous sommes toujours là »]. Cette coalition réunit des maires, des gouverneurs, des entreprises, des universités, tous déterminés à maintenir les efforts promis par l’administration Obama pour réduire de 26 à 28 % leurs émissions polluantes d’ici 2025. Les gouverneurs des états de l’ Oregon, de Washington, de Virginie, sont ainsi attendus dans les prochains jours à la COP 23. De même que l’influent Jerry Brown, gouverneur de la Californie ou encore de l’ancien maire de New York, Michaël Blomberg.

« We are still in » a son pavillon à Bonn. C’est d’ailleurs là que la coalition, qui compte 2.500 membres aujourd’hui, convie la presse ce samedi pour présenter la phase « une » de son « America’s Pledge », un plan d’actions ambitieux « pour compenser l’inaction du gouvernement fédéral », écrit Michaël Blomberg dans un communiqué. « Il devrait être question en particulier d’efforts accrus portés par les villes, les états et les entreprises de la coalition pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, explique Pierre Cannet. L’ambition alors de « We are still in » est que, mises bout à bout, les engagements renforcés de ses membres suffisent à honorer les promesses de l’administration Obama faites en 2015 de l’accord de Paris. »

Un vide financier…

Mais cet America’s Pledge suffira-t-il à faire oublier le désengagement des Etats-Unis de l’accord de Paris ? Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Panthéon-Assas, spécialiste des Etats-Unis, est sceptique. « Les engagements pris sous Obama en faveur du climat ne se limitaient pas à la promesse de réduire les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis, rappelle-t-il. Le pays contribuait aussi dans une large part au fonds vert pour le climat. »

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Ce fonds vert est le bras armé de l’ONU créé à Copenhague en 2009 pour financer des programmes de réductions des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au réchauffement climatique dans les pays en développement. En 2014, Barack Obama avait promis de verser 3 milliards de dollars d’ici fin 2018. Un seul a été versé à ce jour et Donald Trump a depuis fermé les vannes.

« Le retrait de Washington laisse un vide que ne parviendront pas à combler à eux seuls les acteurs américains désireux de poursuivre la lutte contre le changement climatique, reprend Jean-Eric Branaa. Ceci d’autant plus qu’il faut relativiser le poids de cette « autre Amérique ». L’US Climate Alliance [qui réunit les États américains soucieux de rester dans l’accord de Paris] n’en compte par exemple que quatorze, tous démocrates, à l’exception du Vermont. Ils sont en outre relativement pauvres, mis à part New York et la Californie. Il y a peu à parier que la population de ces deux Etats accepte des augmentations drastiques d’impôts pour alimenter le fonds vert. »

« L’urgence de trouver de nouveaux financements »

Il est tout aussi improbable que Donald Trump revienne sur son désengagement et maintienne les Etats-Unis dans l’accord de Paris. Alors que faire ? Il est urgent tant de trouver de nouvelles recettes mais aussi de voir dans quelle mesure d’autres pays peuvent augmenter leurs contributions à ce fonds climatique », répondent Lucile Ducour comme Pierre Cannet.

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La COP 23, qui s’achève le 17 novembre, ne résoudra pas elle-seule l’équation. Un sommet pour le climat, le « One planet summit », organisé à l’initiatitive de la France, est d’ores et déjà programmé, le 12 décembre à la Seine Musicale (Boulogne-Billancourt). L’Elysée a présenté les contours de l’événement ce mardi à la presse. On y parlera beaucoup finances vertes. Cent pays ont été invités. Les Etats-Unis ne sont pas sur la liste… Du moins pour l’instant.