VIDEO. Glyphosate: «Le temps presse et il reste encore beaucoup d'incertitudes»

AGRICULTURE L’UE n’a guère avancé sur le dossier glyphosate, dont le renouvellement de la licence expire le 15 décembre prochain. « La proposition d’une réautorisation pour dix ans a été définitivement écartée », indique l’eurodéputé Eric Andrieu. Mais pour le reste…

Fabrice Pouliquen

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Un agriculteur répand du glyphosate dans son champ dans les Hauts-de-France.
Un agriculteur répand du glyphosate dans son champ dans les Hauts-de-France. — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Selon l’eurodéputé Eric Andrieu, membre de la commission « Environnement » du Parlement européen, la réunion des 28 Etats membres de l’UE ce mercredi a permis d’écarter définitivement la perspective d’une autorisation pour dix ans du glyphosate.
  • Reste désormais à trouver une autre proposition. Tout aussi important que de s’entendre sur un délai, les Etats européens doivent aussi dire s’ils actent une sortie du glyphosate ou s’ils s’autorisent des renouvellements futurs.
  • Le temps presse. La licence commerciale du glyphosate arrive à échéance le 15 décembre prochain.

Il faudra patienter encore pour connaître le sort du glyphosate en Europe. Ce mercredi, les représentants des 28 Etats membres de l’Union européenne étaient réunis une nouvelle fois à Bruxelles pour examiner le renouvellement de la licence commercial de l’herbicide le plus utilisé au monde, principe actif du Round up de Monsanto, mais malgré tout très controversé, le CICR (Centre international de recherche sur le cancer), l’estimant « cancérogène probable ».

Mais la commission européenne a annoncé peu avant midi que le vote était repoussé à une date ultérieure qui sera fixée sous peu. « Vraisemblablement d’ici deux ou trois semaines », précise le député européen Eric Andrieu (PS), membre de la commission « Environnement » au parlement européen qui suit de près le dossier « glyphosate ». L’eurodéputé, favorable à une sortie rapide du glyphosate en Europe, répond aux questions de 20 Minutes.

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Pourquoi l’Europe peine-t-elle autant à prendre une décision sur le glyphosate ?

Ça coince sur les délais. Sur ce dossier, c’est à la Commission européenne de faire une proposition aux représentants des vingt-huit Etats membres et à ces derniers ensuite de voter. Pour qu’il y ait un accord, la proposition doit obtenir la majorité qualifiée. C’est-à-dire être ratifiée par 16 Etats sur 28 représentant au moins 65 % de la population de l’UE. Ce mercredi, il n’y a pas eu de vote formel, comme l’explique la Commission européenne, mais tout de même un tour de table des représentants présents. D’après nos informations, ce mercredi matin, les 28 Etats se sont tous exprimés sur le scénario d’un renouvellement du glyphosate pour dix ans. Dix pays ont répondu qu’ils voteraient « oui ». L’Allemagne et le Portugal se sont abstenus. Dix autres ont voté contre, dont la France. Insuffisant donc pour obtenir une majorité qualifiée [le détail des votes ici].

Pourtant, mardi après-midi, la commission européenne a annoncé qu’elle visait désormais un renouvellement du glyphosate pour cinq à sept ans. Pourquoi ce n’est pas ce scénario qui a été soumis ce mercredi matin aux 28 Etats membres ?

Il a longtemps été reproché à la Commission européenne sa vision jusqu’au-boutiste qui consistait à dire 10 ans sinon rien. Mais, au fil des dernières semaines, elle a pu se rendre compte que sa proposition avait peu de chance d’obtenir une majorité qualifiée. Plusieurs pays, dont la France, avaient annoncé qu’ils voteraient contre. Et mardi, pression supplémentaire, les eurodéputés ont voté à une large majorité une résolution non contraignante demandant la disparition du glyphosate dans l’UE d’ici à 2022. C’est-à-dire dans un délai de cinq ans. Voilà pourquoi la Commission européenne a annoncé mardi qu’elle visait un nouveau scénario. Mais ce mercredi matin, elle a tout de même tenu à vérifier la popularité de sa proposition initiale. Sans doute, une façon de procéder par étapes et d’avoir une idée plus précise de la position de chacun des Etats membres.

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Vous réjouissez-vous du coup de ce nouveau report ?

Oui, parce que le scénario d’un renouvellement pour dix ans du glyphosate a été écarté une fois pour toutes ce mercredi matin. Il faudra désormais s’accorder sur une nouvelle proposition. Mais il y a encore beaucoup d’incertitudes dans ce dossier. Quand la Commission européenne dit qu’elle vise désormais un renouvellement du glyphosate pour cinq ou sept ans, elle laisse entendre qu’au bout de ce délai, on se reposerait de nouveau la question de savoir si on renouvelle ou non l’herbicide en Europe. Ce n’est pas tout à fait la position votée par le parlement européen mardi. Les eurodéputés proposent, eux, une sortie du glyphosate en cinq, c’est-à-dire sans renouvellement possible. Dans le détail, cela voudrait dire une extension de l’autorisation de commercialiser le glyphosate en Europe pour trois ans, puis deux ans de délai pour permettre d’écouler les stocks de produits comme le prévoit la directive européenne sur les pesticides lorsqu’elle interdit un produit. Aux dernières nouvelles, ce scénario pourrait obtenir l’adhésion de l’Allemagne.

Et la France, quelle est sa position ?

Justement, sa position n’est pas claire à ce jour. Elle a toujours dit qu’elle s’opposerait à un renouvellement pour dix ans de la licence du glyphosate en Europe. On attend la suite désormais. Nicolas Hulot  [ministre de la Transition écologique] et Stéphane Travert [ministre de l’Agriculture] ne sont pas sur les mêmes positions. Le premier est plus sur la longueur d’onde du Parlement européen ; le second plus sur celle de la Commission européenne. Il est urgent que la France précise sa position. [Ce mardi après-midi, Matignon a dit souhaiter que la prolongation n’aille pas au-delà de 4 ans, mais sans préciser si elle ouvrait ou non la porte à des renouvellements futurs].

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Pourquoi le temps presse ?

L’autorisation de commercialisation du glyphosate s’achève dans l’Union européenne le 15 décembre prochain. Si aucune décision n’était prise dans les délais impartis par la loi, l’UE s’exposerait alors à des recours en justice de la part de Monsanto et des autres industriels pour lesquels le glyphosate entre dans la composition de leur produit. Il faut aussi prendre une décision avant le 15 décembre pour ne pas laisser les agriculteurs dans le flou. Certes, le glyphosate ne serait pas interdit du jour au lendemain puisque la directive européenne sur les pesticides s’appliquerait et donnerait deux années aux agriculteurs européens pour écouler leurs stocks de produits. Mais beaucoup d’exploitations agricoles sont encore très dépendantes du glyphosate et deux années pour changer de modèle et pouvoir se passer de cet herbicide est à mon avis un délai trop court. Vouloir se passer de glyphosate pose la question de nos pratiques agricoles en Europe. Il faut être réaliste : ce changement ne pourra pas se faire dans la précipitation et sans accompagnement.