Pesticides: L’interprofession des vins de Bordeaux parle d'« un engagement fort sur le terrain »

ENVIRONNEMENT Le conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) estime qu’une prise de conscience du danger des pesticides est en cours chez les viticulteurs. Elle préconise d’éviter les substances les plus dangereuses, sans les interdire…

Elsa Provenzano

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Un épandage dans des vignes bordelaises. 
 
Un épandage dans des vignes bordelaises.   — S.Ortola / 20 minutes
  • L’interprofession pointe des efforts pour réduire l’usage des herbicides et des pesticides jugés les plus dangereux.
  • Elle estime que son rôle n’est pas de contraindre les viticulteurs mais de les inciter, en souhaitant un consensus de la filière sur le changement de modèle de production à opérer.

Le dossier des pesticides était au cœur de la conférence de presse de rentrée de l’interprofession du vin de Bordeaux (CIVB) intervenue en fin de semaine dernière. Après l’annonce en avril 2016 de sa volonté de diminuer voire de sortir de l’usage des pesticides, l’interprofession estime que de grands progrès ont été réalisés, alors que quelques semaines plus tôt les militants pointaient justement un immobilisme sur le sujet.

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Moins d’herbicide dans les rangs

Elle a annoncé que sept organismes de défense et de gestion (ODG), c’est-à-dire des regroupements de viticulteurs qui défendent une origine ou une qualité (mais n’appartiennent pas à l’agriculture biologique), qui couvrent 80 % de la surface du vignoble ont modifié leurs cahiers des charges pour réduire les surfaces traitées à l’herbicide. Les appellations de Saint-Emilion, des Côtes, des Graves et de l’Entre-deux-mers s’y sont engagées.

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Ces ODG ont aussi ajouté à leurs règles du jeu la possibilité d’introduire des cépages résistants et l’obligation de s’engager dans une démarche de certification environnementale. L’intégration de ces mesures doit être approuvée par l’institut national de l’origine et de la qualité (INAO). « Il y aura un contrôle interne et un contrôle indépendant annuel, assure Bernard Farges, vice-président du CIVB. Et si des parcelles sont exclues de l’appellation, elles commercialiseront en vin de table ».

Inciter mais sans contraindre

« Nous avons adopté un principe d’évitement des pesticides classés CMR. Les viticulteurs bordelais sont ainsi tous invités à éviter l’utilisation dans la vigne d’une liste de 70 produits contenants des agents cancérigènes mutagènes reprotoxiques et une liste de produits alternatifs est mise en ligne sur notre site professionnel », a souligné Allan Sichel, président du CIVB.

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« On ne peut rien imposer, notre rôle est d’inciter et pas de tenter une interdiction immédiate », souligne le vice-président de l’interprofession. « On veut un changement de paradigme est pas seulement convaincre 20, 30 ou 40 % des viticulteurs, ce serait insuffisant, a confirmé Allan Sichel. J’espère qu’un jour il y aura une sortie des pesticides mais il faudra y aller de manière progressive. » Cette absence de calendrier est vivement critiquée par les militants anti-pesticides qui estiment que l’interprofession multiplie les effets d’annonce sans vraiment agir.

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Sur les équipements de protection individuels, combinaison à porter lors des épandages de tous les produits, l’interprofession est bien remontée. Elle les estime importables (trop chauds, mal adaptés) et les perçoit comme une façon pour les firmes de dégager leurs responsabilités, avec la complicité de l’Etat. « Si c’est produits sont trop dangereux, il ne faut pas les mettre sur le marché », lâche Bernard Farges.