On vous explique pourquoi les Alpes du Sud ont «perdu» 83 centimètres

INSOLITE Plus rien ne sera jamais comme avant : la barre des Ecrins a été mesurée à 4.101,17 mètres, 83 centimètres de moins que la mesure précédente. Voilà pourquoi…

Jean Saint-Marc

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La Barre des Écrins vue depuis l'Aiguillette du Lauzet.
La Barre des Écrins vue depuis l'Aiguillette du Lauzet. — Wikimedia / Creative Commons
  • Des géomètres alpinistes ont gravi la barre des Ecrins avec tout leur matériel, pour établir une mesure précise du point culminant de la région Paca.
  • Leur conclusion est surprenante : les Alpes du Sud sont (un tout petit peu) plus basses que ce qu’on pensait jusqu’à aujourd’hui !

C’est, de leur propre aveu, « un travail de fou » : quatre géomètres et alpinistes ont hissé leur matériel en haut de la barre des Ecrins, dans les Hautes-Alpes, mi-août. Ils ont mesuré le point culminant des Alpes du Sud, avec des GPS professionnels de grande précision. Verdict, révélé cette semaine : les Alpes du Sud culminent à 4.101,17 mètres, soit 83 centimètres plus bas que le chiffre jusque-là mentionné sur les cartes.

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Ça veut donc dire que les Alpes rapetissent ? Pas du tout, explique à 20 Minutes Michel Baud, géomètre à Aubagne, près de Marseille, qui a participé à l’expédition :

Ce n’est pas le sommet qui est descendu, ni une conséquence de la fonte des neiges (rires) ! C’est tout simplement parce qu’on améliore la précision : la dernière mesure calculait au mètre près, donc 4.102 mètres, nous, on mesure au centimètre près. Nos appareils ont relevé 4.101,17 mètres !

Les Alpes gagnent 2 mm par an !

Les deux autres sommets mesurés au cours de l’expédition sont aussi plus bas que prévu : le Dôme de Neige pointe à 4009,3 mètres (contre 4.015 mètres auparavant) et le Pic Lory à 4.086,87 mètres (contre 4.088 mètres).

Mais cela ne signifie pas que les Alpes sont en train de perdre de l’altitude. Ce serait même plutôt l’inverse. « Il y a une surrection des Alpes, on considère généralement qu’elles gagnent 2 millimètres par an, reprend Michel Baud. On a justement scellé des repères dans la roche, à 10 centimètres de profondeur, pour que les générations futures puissent mesurer et remesurer précisément. Si ça augmente de 2 centimètres tous les dix ans, on le verra ! »

D’ailleurs, d’ici là, le matériel aura peut-être évolué… « Nous aujourd’hui, on mesure au centimètre près… Peut-être que nos petits-enfants calculeront au millimètre près, glisse Michel Baud. Mais dans ce cas-là, un coup de pied dans un caillou, au sommet, ça changera peut-être tout ! »