Ouragans et changement climatique… Un lien pas si évident

CLIMAT Le parallèle est tentant surtout quand on sait que des eaux chaudes constituent le principal carburant des cyclones. Mais selon les météorologistes, on ne peut assurer que le réchauffement climatique impacte la fréquence des ouragans. Et leur intensité ?….

Fabrice Pouliquen

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Le Guadeloupe touchée par l'ouragan Maria, le 19 septembre 2017.
Le Guadeloupe touchée par l'ouragan Maria, le 19 septembre 2017. — AFP PHOTO / Cedrik-Isham Calvados

Peut-on lier la forte activité cyclonique cette saison dans l’Atlantique nord au réchauffement climatique que leGiec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) impute très probablement à l’augmentation des gaz à effet de serre causée par l’activité de l’homme ? Le parallèle est tentant. Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM), le concède lui-même. « Mais ce n’est pas si simple pour autant », précise-t-il d’emblée.

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Des années qui se suivent mais qui ne se ressemblent pas

Quoi qu’il en soit, la question nécessite de prendre du recul et de ne pas se focaliser sur la seule saison 2017. Certes, elle a été exceptionnelle, notamment en ce qui concerne l’intensité des ouragans enregistrés. A quelques jours d’intervalles,Irma, José et Maria, trois ouragans de catégorie 4 et 5, ont déferlé sur les Antilles. « Ce mois de septembre a établit un record de cumul mensuel d’énergie cyclonique dans l’Atlantique, battant celui de septembre 2004 », glisse alors Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France.

La trajectoire des tempêtes tropicales et ouragans enregistrés en Atlantique nord entre début juin et le 24 septembre.
La trajectoire des tempêtes tropicales et ouragans enregistrés en Atlantique nord entre début juin et le 24 septembre. - Document Météo France

Mais par le passé, l’Atlantique nord a vu déferler des ouragans plus puissants encore -Allen en 1980 par exemple- et des saisons cycloniques plus mouvementées. En 2005, l’année de Katrina, quatre ouragans de catégorie 5 ont été observés pour la première fois dans une même saison cyclonique. Surtout, les années cycloniques se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Si 2017 a été intense en Atlantique nord, ce n’était pas le cas les années précédentes et rien ne permet aujourd’hui de savoir de quoi la saison 2018 sera faîte.

Document Météo France
Document Météo France - Document Météo France

El Nino ou La Nina entrent dans la danse

« Les ouragans sont des phénomènes complexes, explique Fabrice Chauvin. On évoque souvent la température élevée des eaux comme un facteur important dans la formation et la montée en intensité d’un ouragan. C’est vrai, mais ce n’est pas le seul. Les conditions atmosphériques- l’absence de vents violent en altitude par exemple ou un air chaud et humide dans la basse couche de l’atmosphère, jouent aussi un rôle. »

Or, des conditions atmosphériques dépendent en partie de ce qui se passe au beau milieu du Pacifique, avec les fameux El Nino ou La Nina. Ces deux phénomènes climatiques naturels se traduisent, pour El Nino, par des températures anormalement élevées de l’eau dans la partie Est de l’océan Pacifique sud et, à l’inverse, pour La Nina, par des températures anormalement basse. El Nino, très puissant en 2015 et 2016, « crée des conditions atmosphériques peu favorables à la formation d’ouragans dans l’Atlantique nord, précise Etienne Kapikian. Contrairement à La Nina. »

2017, justement, était une année neutre, ni El Nino, ni La Nina. « Mais nous observons l’amorce d’un épisolde La Nina d’ici la fin de cet automne, poursuit le prévisionniste de Météo France. Il faut ainsi s’attendre à une fin de saison cyclonique active dans l’Atlantique nord. »

Pourquoi alors une tendance à la hausse des ouragans ?

Pas facile donc cette affaire. Mais tout de même, les données du National Hurricane Center, le centre américain chargé de la surveillance de l’activité cyclonique en Atlantique nord, laisse voir une tendance à la hausse du nombre de tempêtes tropicales et d’ouragans majeurs (vents supérieurs à 178 km/h) enregistrés en Atlantique nord depuis les années 1970.

Tempêtes tropicales et ouragans majeurs dans l'Atlantique nord depuis 1851.
Tempêtes tropicales et ouragans majeurs dans l'Atlantique nord depuis 1851. - Document Météo France

Là encore, Fabrice Chauvin met en garde contre une conclusion hâtive qui consisterait à tout mettre sur le dos du changement climatique. Le scientifique invite aussi à prendre en compte l’oscillation atlantique multidécennale. Le terme, un peu barbare, désigne une variation naturelle de la température de la surface de la mer observée dans l’Atlantique nord. « Cette oscillation fait que, sur une période de plusieurs décennies, l’océan atlantique nord sera plus chaud qu’à la normale et l’océan atlantique sud plus froid, explique Fabrice Chauvin. Puis le phénomène s’inverse la période suivante. ». L’Atlantique nord est en ce moment encore en phase chaude, ceci depuis 1995, ce qui pourrait expliquer la courbe à la hausse du NHC.

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Moins d’ouragans, mais plus intenses ?

Pour autant, le réchauffement climatique, ne serait pas sans conséquence sur les cyclones en Atlantique nord. « En accentuant la hausse de la température des océans et en augmentant le taux d’humidité dans l’océan, il crée les conditions propices à la formation des ouragans ravageurs », précisent Fabrice Chauvin et Caroline Muller, chargée de recherche au CNRS, spécialisée dans les événements climatiques. 

Dans ses projections, le Giec s’attend ainsi à une baisse à l’avenir du nombre total de cyclones dans le monde, mais malgré tout à une hausse du nombre de cyclones de catégories 4 et 5. Ceux donc de la trempe d’Irma, de Maria ou de José avec des vents supérieurs à 211 km/h.

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Mais Caroline Muller invite à ne pas seulement se focaliser sur l’intensité des vents. « En augmentant l’humidité de l’atmosphére, le réchauffement climatique laisse aussi présager à l’avenir des ouragans accompagnés de plus fortes pluies, ce qui accroit sa dangerosité lorsqu’il touche terre. »  Les ouragansHarvey, qui a inondé Houston fin août et Maria sur Basse-Terre en Guadeloupe en sont les preuves les plus récentes.