Daniel Cohn-Bendit: «L’Inde peut être ce formidable laboratoire d’idées» contre la crise démographique

DOCUMENTAIRE France 5 diffuse ce dimanche le documentaire «Démographie» dans lequel l’ex-député européen Daniel Cohn Bendit nous entraîne en Inde, un pays contraint d’inventer ses propres solutions pour faire face à une croissance démographique galopante…

Fabrice Pouliquen
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Daniel Cohn-Bendit est le fil conducteur d'un film-documentaire diffusé ce dimanche 10 septembre, sur Arte, consacré à la démographie et aux solutions que met en œuvre l'Inde
Daniel Cohn-Bendit est le fil conducteur d'un film-documentaire diffusé ce dimanche 10 septembre, sur Arte, consacré à la démographie et aux solutions que met en œuvre l'Inde — Documentaire Démographie
  • La population de l’Inde dépasse le milliard d’habitants et continue de croître. Le pays sera bientôt le plus peuplé au monde.
  • Comment alors le pays fait face au quotidien à cette croissance démographique galopante?
  • Le documentaire «Démographie» voit dans l’Inde un laboratoire d’idées dans lequel pourront puiser d’autres pays confrontés aux mêmes problématiques. 

En 2050, la population mondiale avoisinera les 10 milliards d’habitants, contre 7,3 milliards en 2015 (selon les chiffres de l’Onu), 2,5 milliards en 1950 et à peine 1 milliard en 1800. Une telle croissance démographique est-elle soutenable à long terme ? Pour répondre à cette question, le réalisateur Daniel Serre et l’ex-député européen Daniel Cohn Bendit sont partis en Inde, un pays dont la population dépasse le milliard d’habitants et qui sera bientôt le plus peuplé au monde.

De ces trois semaines d’immersion ressort Démographie, un film documentaire (co-production Flair production et Kaos Film) récompensé en juin d’un Deauville Green Award, et que diffuse, ce dimanche à 17h20, sur France 5. Daniel Cohn Bendit répond aux questions de 20 Minutes.

Pourquoi vous a-t-on déjà choisi pour incarner ce documentaire ?

C’est tout simple : ils ont vu mon film sur le Brésil que j’avais sorti pendant la coupe du monde 2014. Sur la route avec Socrates est un road movie sur les liens existants entre foot et politique au Brésil. Ils ont trouvé que la démarche pouvait aussi convenir pour leur film et m’ont demandé si j’ai été prêt à partir à l’aventure avec eux. J’ai dit oui et voilà comment je me suis retrouvé trois semaines en Inde.

Une question revient souvent ces derniers temps : Est-ce la planète qui est surpeuplée ou nos modes de vie qui sont inadaptés ? Cette interrogation est-elle aussi le point de départ de votre film ?

Non, cette question n’est à mon avis pas la bonne. On ne va pas commencer à massacrer des êtres humains parce qu’on croit que la planète est surpeuplée. Non, le réchauffement climatique et l’augmentation de la population sont des défis qui nous amènent à remettre en question nos modes de vie, nos consommations comme nos mobilités.

Dans cette perspective-là, que peut-on apprendre de l’Inde ?

L’Inde doit faire face au quotidien à cette problématique d’une forte croissance démographique. Sur ses besoins en eau, en nourriture, en énergie, en traitement des déchets… En cela, le pays peut être un formidable laboratoire d’idées dans lequel puiseront d’autres pays aux moyens limités et confrontés au même problème démographique. En Afrique notamment. Car, bien souvent, l’Inde ne peut pas se contenter de reprendre des techniques déjà à l’œuvre dans les pays occidentaux. Elle doit trouver ses propres solutions. Dans Démographie, on prend l’exemple du traitement des eaux usées. Chandra Bhushan, directeur adjoint du centre pour la science et l’environnement de Delhi, nous explique que les villes en Inde ne sont pas en mesure de traiter les eaux usées parce que les stations d’épuration consomment beaucoup d’énergie, de produits chimiques, et sont très chères. Pourtant Calcutta a mis en place une solution innovante, écologiquement performante*. On ne dit pas que cette solution conviendra à Bombay et à toutes mégalopoles indiennes mais c’est une expérimentation écologique importante qui peut être transposée ailleurs.

Mais où en est l’Inde alors aujourd’hui sur la recherche de ces solutions innovantes : le processus commence tout juste ?

Il y a de plus en plus de scientifiques et de penseurs indiens à se pencher sur ces problèmes et de plus en plus d’expériences sont lancées. Mais le champ est immense à labourer. On est au tout début d’une évolution et ce n’est d’ailleurs pas gagné d’avance. Nous abordons dans le documentaire la question de l’agriculture intensive en Inde [premier pays consommateur de pesticides après les Etats-Unis]. Toute l’Inde n’est donc pas au diapason d’un autre développement.

Est-ce que l’Inde, et les autres pays confrontés à une croissance démographique galopante, devront aussi s’atteler à contenir leur taux de fécondité ?

Mais justement, trouver des solutions qui améliorent le bien-être de la population que l’Inde est un moyen de réguler la démographie. Nous évoquons dans Démographie le travail d’une association à Bombay pour trouver des logements à des familles qui vivent dans la rue. Les familles qui dorment sur les trottoirs ont en moyenne sept à huit enfants. En accédant à un certain confort, à un appartement, on remarque que ces familles ont plus entre trois et quatre enfants et que ceux-ci vont plus facilement à l’école. C’est bien en améliorant le bien être qu’on pourra aussi faire baisser la croissance démographique de certains pays. L’Europe est passée par là par le passé. Certains Etats indiens, dans le sud notamment, ont déjà atteint aujourd’hui la tendance générale d’un faible taux de natalité.

Et dans les pays occidentaux, faut-il se préoccuper de questions démographiques ?

Oui, nous avons nous aussi nos problèmes démographiques. Il ne s’agit pas d’une croissance démographique galopante, mais du phénomène inverse : une croissance démographique négative. L’Allemagne par exemple. Sa population continue de décroître et pourrait passer de 82 à 62 millions d’habitants d’ici 2060. L’Allemagne doit faire face à un besoin de main-d’œuvre énorme, estime le démographe Yves Charbit, que nous interrogeons. Une des réponses possibles à cette croissance démographique négative est l’immigration, mais le sujet est tabou et difficile en Europe.

 

*Calcutta possède un système unique au monde de traitement des eaux usées. Celles-ci sont charriées jusque dans des marais où les plantes et poissons les « nettoient » naturellement l’eau. Puis l’eau part vers la mer. Au final, peu de frais et une économie de la pêche qui fait vivre des milliers de personnes.