L’expédition Tara observe un blanchissement massif des coraux sur l'ensemble du Pacifique

BIODIVERSITE Partie en mai 2016, l’expédition scientifique dédié aux récifs coralliens dans le Pacifique a déjà parcouru 50.000 km et prélevé 15.000 échantillons. Leur analyse commence tout juste, mais les scientifiques à bord livrent déjà leurs premières observations….

F.P. avec AFP

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L'océan se réchauffe et s'acidifie sous l'effet du changement climatique, affectant les coraux tropicaux et certains coquillages, mais les impacts sur l'océan, potentiellement catastrophiques, seraient limités avec un réchauffement de 2°C.
L'océan se réchauffe et s'acidifie sous l'effet du changement climatique, affectant les coraux tropicaux et certains coquillages, mais les impacts sur l'océan, potentiellement catastrophiques, seraient limités avec un réchauffement de 2°C. — Sophie Lautier AFP

Arrivée à mi-parcours de son expédition scientifique dédiée aux récifs coralliens, les scientifiques de l’expédition Tara Pacific a fait le point ce mercredi matin dans les locaux du CNRS (Centre national de recherche scientifique), à Paris, partenaire de l’expédition.

Déjà 50.000 km et 15.000 échantillons

Parti en mai 2016 de Lorient pour parcourir l’océan Pacifique d’est en ouest, le navire a déjà parcouru 50.000 km et a pu rejoindre les récifs coralliens les plus isolés du Sud Pacifique. Quinze mille échantillons ont déjà été prélevés au cours de 200 plongées.

L’analyse de ces échantillons vient de débuter et permettra de mieux connaître la biodiversité des récifs coralliens, leur état de santé et, surtout, leur capacité d’adaptation aux changements climatiques et environnementaux.

En mars dernier, des chercheurs australienstiraient la sonnette d’alarme après avoir constaté que les récifs de la Grande barrière de corail, en Australie, avaient connu un épisode de blanchissement sans précédent, et ce pour la deuxième année de suite. Le blanchissement des coraux est un phénomène de dépérissement qui se traduit par une décoloration. Il est provoqué par la hausse de la température de l’eau qui entraîne l’expulsion des algues symbiotiques qui donnent au corail sa couleur et ses nutriments. A la clé, il y a la mort du corail si le réchauffement de l’eau perdure dans le temps. Inquiétant quand on sait que les récifs coralliens ne couvrent qu’environ 0,2 % de la superficie des océans, mais rassemblent près de 30 % de la biodiversité marine.

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Les résultats des premiers échantillons collectés par l’expédition Tara ne sont pas attendus avant deux ou trois ans, mais les scientifiques à bord de la goélette ont déjà pu délivrer, ce mercredi, leurs premières observations sur l’état du récif corallien dans le Pacifique.

Des blanchissements préoccupants

Ces premières observations n’invitent guère à l’optimisme. L’équipage Tara "a observé les premiers récifs fortement impactés par le réchauffement climatique" en arrivant à Ducie Island, à l’ouest de l’Ile de Pâques en novembre 2016 puis à Moorea en Polynésie Française le mois suivant.

En Polynésie, dans certaines îles des Tuamotu, le blanchissement a atteint 30 à 50 %, selon la même source. Mais sur certains sites comme aux îles Pitcairn, c’est près de 70 % de la couverture corallienne qui était touchée. Aux îles Samoa, le blanchissement avait atteint 90 % et avait entraîné la mort des colonies coralliennes. En Micronésie, aux îles Tuvalu et Kiribati, une partie des récifs étaient déjà morts à l’arrivée de la goélette.

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Si les récifs de Wallis et Futuna ont quant à eux été relativement préservés, "au nord du Pacifique, dans des eaux pourtant plus tempérées, les récifs n’ont pas non plus échappé au blanchissement : il atteint 70 % à Okinawa, au Japon", précise le communiqué.

L’Accord de Paris insuffisant ?

"Plus l’augmentation de la température dépasse les normales attendues, et plus les durées d’exposition à ces fortes températures de l’eau sont longues et plus le blanchissement est fort", indique Serge Planes, chercheur au CNRS et directeur scientifique de la mission. "Limiter le réchauffement à deux degrés comme acté dans l’Accord de Paris est bien loin d’être suffisant pour les écosystèmes marins", insiste Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Expéditions.

L'expédition Tara au chevet des coraux du Pacifique
L'expédition Tara au chevet des coraux du Pacifique - Simon MALFATTO, Valentina BRESCHI AFP

Après une traversée Est-Ouest de l’océan Pacifique, du canal de Panama à l’archipel du Japon, la goélette est en ce moment en direction de la Nouvelle Zélande après avoir tout juste quitté la Grande Barrière de Corail d’Australie. Il reste encore à la goélette Tara 50.000 km à parcourir.