VIDEO. Huan Huan enceinte: Les six questions qu'on se pose sur la naissance des bébés pandas

ANIMAUX C’est l’effervescence au zoo de Beauval où Huan Huan, la femelle panda, doit mettre bas de jumeaux en fin de semaine. Une première en France...

Fabrice Pouliquen

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La femelle panda Huan Huan au zoo de Beauval le 25 juillet dernier.
La femelle panda Huan Huan au zoo de Beauval le 25 juillet dernier. — AFP
  • Les pandas cumulent les particularités quand il s’agit de se reproduire et de mettre au monde leurs petits.
  • La femelle n’est capable que d’élever un petit à la fois et le bébé pèse à la naissance qu’une centaine de grammes, soit 1/900e du poids de sa mère.
  • Ces particularités s’expliquent par la biologie des pandas et ce besoin constant de préserver ses ressources énergétiques.

La couveuse est installée, deux soigneuses chinoises sont sur place depuis le début de la semaine et il n’est plus question de déranger les vétérinaires du zoo de Beauval. « Tout le monde se concentre », précise Delphine Delort, directrice de communication du parc zoologique de Saint-Aignan (Loir-et-Cher).

Huan Huan, la femelle panda arrivée en 2012 à Beauval en provenance du centre de recherche et de reproduction de pandas géants de Chengdu, doit mettre bas vendredi ou samedi. Des jumeaux ! Ce serait la première fois qu’une femelle panda accouche en France.

Un événement rare -surtout quand on connaît la difficulté des pandas à procréer- et intriguant tant la gestation du panda sort de l’ordinaire. 20 Minutes a cherché des éclaircissements auprès de Jérôme Pouille, grand passionné de l’animal au point d’avoir été nommé ambassadeur mondial des pandas géants en 2013 par ce même centre de Chengdu.

La naissance de jumeaux est-elle fréquente chez les pandas ?

En milieu naturel, il est très difficile de le savoir. « En captivité, en revanche, c’est relativement fréquent », indique Jérôme Pouille. Ce dernier a observé de près les portées de pandas en captivité sur une large période allant de 1994 et 2015. « Dans 49 % des cas, il s’agit de portées multiples, précise-t-il. Quasiment tout le temps des jumeaux, il n’y a que quelques cas de triplés. Généralement, lors de la naissance, les bébés se suivent dans un laps de temps courts : une demi-heure ou une heure. »

Les deux soigneuses chinoises sont moins catégoriques. « Elles nous ont précisé que plusieurs heures pouvaient séparer la mise bas des deux bébés de Huan Huan, voir même un jour, explique Delphine Delort. On se prépare à toutes les éventualités. »

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Pourquoi il y a si peu de temps entre la découverte de la gestation et la naissance ?

La naissance est imminente alors que le zoo de Beauval ne sait que depuis mercredi dernier que Huan Huan est enceinte. Jérôme Pouille y voit une double raison. « La gestation chez le panda commence avec une première étape, peu commune dans le règne animal, pendant laquelle l’ovocyte va rester libre dans l’utérus », commence-t-il. Cette première phase permettrait à la femelle panda de stopper le développement embryonnaire si la période lui semble peu favorable pour la mise bas.

Puis vient la gestation à proprement dite. « Elle dure cinquante jours, poursuit Jérôme Pouille. Mais l’embryon se développe principalement les derniers jours. Avant il ne fait que quelques centimètres et n’est pas facile à voir à l’échographie. »

Pourquoi, quand elle a des jumeaux, la femelle panda en abandonne un systématiquement ?

« Elle n’est capable d’élever qu’un bébé à la fois, répond Jérôme Pouille. Le panda est la seule des huit espèces d’ours dans ce cas-là. » La raison serait à aller chercher dans la biologie de l’animal. « Au cours de l’évolution, le panda s’est spécialisé dans un régime herbivore, poursuit Jérôme Pouille. Il se nourrit à 99 % de bambou et est obligé d’en manger quasi toute la journée pour avoir suffisamment d’énergie pour vivre. »

La vie du panda est alors toute entière tournée vers cet équilibre énergétique à trouver. « Il limite au maximum ses déplacements et n’hiberne pas non plus faute de pouvoir se constituer des réserves énergétiques suffisantes », illustre Jérôme Pouille. De la même façon, la femelle panda abandonne un de ses nourrissons lorsqu’elle met bas de jumeaux. « En élevant les deux, elle prendrait le risque de manquer d’énergie et de mettre en péril sa vie et celles de ses nourrissons. »

Est-ce à dire que Huan Huan perdra forcément l’un de ses deux bébés ? Pas forcément. Pour le sauver, le second bébé sera placé en couveuse puis les soigneurs du zoo de Beauval échangeront régulièrement les bébés pour les confier à tour de rôle à leur mère. « Toutes les deux heures, précise Delphine Delors. L’enjeu est que les deux bébés puissent avoir accès tous deux, dès les premières heures, au premier lait de la mère, le colostrum, extrêmement riche en substances nécessaires à leur croissance.

Comment se fait-il que le bébé panda ne fasse qu’une centaine de grammes à la naissance ?

« Chez les mammifères, c’est en effet le plus fort rapport entre le poids de la mère et celui du bébé, note Jérôme Pouile. Le bébé pèse environ 1/900e du poids de sa mère. » Là encore, le spécialiste des pandas renvoie à la biologie de l’animal et ce besoin constant de rationner ses dépenses énergétiques. « La gestation est très coûteuse en énergie, note-t-il. Si bien que le panda est l’une des espèces animales à avoir fait le choix, au cours de l’évolution, d’assurer le développement et la croissance du petit à l’extérieur du corps. »

La femelle accouche relativement tôt d’un petit qui est très peu développé. Le panda naît ainsi aveugle, sans quasi aucun poil. « En revanche, la croissance est ensuite exponentielle », indique Jérôme Pouille, pour qui la période critique pour la survie des bébés est le premier mois.

Pourquoi des soigneurs chinois se déplacent systématiquement pour les naissances ?

« Seul le centre de Chengdu assiste systématiquement les zoos auxquelles ils prêtent des pandas à la fois au moment de l’insémination et de la mise bas, précise Jérôme Pouille. Ce n’est pas toujours le cas pour le centre chinois de recherches et de conservation du panda géant qui prête lui aussi des pandas à travers le monde. »

Le coup de main n’est pas de refus au zoo de Beauval. « C’est d’autant plus important pour la naissance de jumeaux, estime Jérôme Pouille. L’un des bébés sera élevé par l’homme, ce qui nécessite des gestes bien particuliers. Il faut savoir par exemple masser le nourrisson car il est incapable, les premiers jours, d’uriner ou déféquer par lui-même. »

Serait-ce la première naissance d’un panda géant en 2017 ?

L’animal est connu pour être très compliqué lorsqu’il s’agit de se reproduire. Mais non, les bébés pandas de Huan Huan ne seront pas les premiers de l’année 2017. « Un bébé est né le 12 juin au zoo de Tokyo, précise Jérôme Pouille. Et la Chine annonce, elle, 18 naissances sur son territoire depuis le 1er janvier. Une soixantaine de naissances avait été recensée en 2016 en captivité. »

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Et en milieu naturel ? « La Chine recense ces pandas sauvages tous les dix ans, poursuit l’expert des pandas. Les derniers chiffres remontent à 2015 et ils étaient encourageants. De 1.596 pandas sauvages en 2000, on est passé à 1.864 aujourd’hui. Leur habitat a aussi augmenté entre les deux recensements. Mais il est de plus en plus fragmenté, ce qui pose problème à terme. »