Pollution: Les subventions aux énergies fossiles coûtent six fois plus cher que les dépenses de santé

ENERGIE Une coalition d’ONG, Alliance pour l’environnement et la santé, a comparé le montant des subventions octroyées par les pays du G20 aux énergies fossiles, et les dépenses de santé consacrés pour contrer les effets de la pollution atmosphérique…

F.P.

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Une usine à charbon à côté de Cottbus
Une usine à charbon à côté de Cottbus — caro fotos
  • En 2014, les pays du G20 ont subventionné les énergies fossiles à hauteur de 416 milliards d’euros.
  • Mais en parallèle, ces mêmes pays ont été contraints de débourser 2.600 milliards d’euros en dépense de santé pour contrer les effets sanitaires néfastes dus à l’utilisation de ces énergies fossiles.
  • Pour l’Alliance pour l’environnement et la santé, l’argent octroyé via ces subventions pourrait être utilisé plus intelligemment.

Les subventions aux énergies fossiles engendrent des coûts sanitaires six fois supérieurs à ce que les Etats versent aux producteurs de pétrole, de gaz ou de charbon. C’est en tout cas à ce chiffre qu’arrive la coalition d’ONG Alliance pour l’environnement et la santé (HEAL) dans un rapport publié ce 27 juillet.

416 milliards d’euros de subventions en 2014

Heal s’est focalisée sur les pays du G20, soit les 20 plus riches de la planète. En 2014, ces Etats ont subventionné les énergies fossiles à hauteur de 416 milliards d’euros, indique le rapport.

Mais en parallèle, ces mêmes pays ont été contraints de débourser 2.600 milliards d’euros en dépense de santé pour contrer les effets sanitaires néfastes dus à l’utilisation de ces énergies fossiles, indique Heal.

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6,5 millions de décès « prématurés » par an

La production et l’utilisation d’énergies fossiles sont considérés comme l’une des principales causes de la pollution atmosphérique. La mauvaise qualité de l’air induite par ces émissions provoquerait près de 6,5 millions de décès « prématurés » par an, poursuit Heal. Dont 3,8 millions de décès rien qu’au sein des pays du G20. Ces 2,6 milliards d’euros sont ainsi dépensés pour soigner les infections respiratoires, les crises cardiaques, les AVC et autres cancers dus à la pollution…

L'Alliance pour l’environnement et la santé a comparé le montant des subventions octroyés par les pays du G20 aux énergies fossiles, et les dépenses de santé consacrés pour contrer les effets de la pollution atmosphérique...
L'Alliance pour l’environnement et la santé a comparé le montant des subventions octroyés par les pays du G20 aux énergies fossiles, et les dépenses de santé consacrés pour contrer les effets de la pollution atmosphérique... - Graphique HEAL

« Notre étude est partie des analyses statistiques du Fonds monétaire international (FMI), précise à 20 Minutes Vijoleta Gordeljevic, coordonnatrice du Heal. En mai 2015, l’institut avait évalué à 5.300 milliards de dollars les soutiens aux énergies fossiles apportées chaque année dans le monde. »

L’estimation était au sens large. Elle englobait tant les subventions directes que les externalités négatives liées à l’usage de ces énergies. « Nous avons disséqué ce chiffre pour nous concentrer sur les dépenses uniquement des pays du G20 et en retenant, dans les externalités négatives, uniquement les dépenses de santé », reprend Vijoleta Gordeljevic.

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La Pologne, grand perdant

Heal s’est ensuite penchée sur sept pays en particulier : Royaume-Uni, Chine, Pologne, Turquie, Allemagne, Inde et Afrique du Sud. A chaque fois, la coalition d’ONG a examiné le coût réel de l’impact sur la santé des subventions accordées aux producteurs de pétrole, de gaz et de charbon. Le grand perdant est la Pologne, où l’impact sanitaire est 26 fois supérieur à la valeur des subventions. « Le pays produit 80 % de son électricité à partir de centrales à charbon vieillissantes et hautement polluantes », précise Heal. Cette forte dépendance au charbon nuit grandement à la qualité de l’air. [33 villes du pays figurent parmi les 50 villes d’Europe les plus polluées]. Cette pollution cause, selon les estimations basses, 23,295 décès prématurés par an.

A titre de comparaison, la Chine a des dépenses de santé liées à la pollution de l’air 18 fois supérieure au montant des subventions accordées aux énergies fossiles. Pour l’Allemagne et l’Inde, c’est huit fois plus. Le Royaume Uni, cinq fois plus. Et la France ? Elle verse 1,41 milliard d’euros de subventions à la production d’énergies fossiles alors que l’impact sanitaire des énergies fossiles est estimé à 16,5 milliards d’euros par an selon les chiffres du Fonds monétaire international (FMI), indique le site Internet Actu environnement.

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Pousser à baisser les subventions

Heal recommande donc chaudement à ces pays de réduire drastiquement leurs subventions aux énergies fossiles. Les supprimer même d’ici 2020 pour les pays développés et d’ici 2025 pour les pays en voie de développement. « Parce que le G20 regroupe les nations les plus riches du monde, il se doit de montrer l’exemple et pousser à ce que l’Accord de Paris  se réalise », note Heal. La coalition d’ONG rappelle que la diminution de l’usage des énergies fossiles est cruciale pour atteindre les objectifs de la COP21, qui doit aboutir à un accord permettant de limiter le réchauffement à 2 °C par rapport à l’ère pré-industrielle.

Des engagements ont d’ores et déjà été pris dans ce sens. « La première fois, c’était en 2009 lors d’un sommet du G20 », rappelle Vijoleta Gordeljevic. L’objectif avait été réaffirmé encore en mai 2016, lors d’un sommet du G7 au Japon. Le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et l’Union européenne s’étaient engagés à éliminer les subventions aux énergies fossiles d’ici 2025. « Mais depuis neuf ans, ce ne sont essentiellement que des promesses non suivies d’effets, regrette Vijoleta Gordeljevic. Quelques pays engagent des processus intéressants, comme la Chine et l’Allemagne, mais ce n’est pas assez. » Le Royaume-Uni, pour sa part, a même augmenté ses subventions aux énergies fossiles en consentant des exonérations de taxes aux producteurs de pétrole de la mer du Nord.