Yvelines: Au zoo de Thoiry, les naissances ne font pas oublier l'abattage du rhinocéros Vince

ANIMAUX Le zoo de Thoiry a renforcé ses mesures de sécurité après l’abattage de Vince, un rhinocéros blanc de 4 ans, début mars. Le site se tourne également vers l’avenir…

Julie Bossart

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Bruno, à gauche, et Gracie, à droit, les deux derniers rhinocéros à vivre au zoo de Thoiry.
Bruno, à gauche, et Gracie, à droit, les deux derniers rhinocéros à vivre au zoo de Thoiry. — Christophe Ena/AP/SIPA

« Ça a été une épreuve traumatisante, qui ne sera jamais effacée », concède Thierry Duguet. Au parc zoologique de Thoiry ( Yvelines), dont il est le directeur, la mort, il y a bientôt cinq mois, de Vince, un rhinocéros blanc âgé de 4 ans, occupe toujours les esprits. Dans la nuit du 6 au 7 mars, des individus se sont introduits sur le site pour abattre au fusil de chasse l’animal et lui prélever sa corne. A l’époque, ce fait divers, inédit en France, avait eu un retentissement international et avait mis en lumière la question de la sécurisation des zoos pour se prémunir des actes de braconnage.

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Des maîtres-chiens embauchés

Depuis, le parc de Thoiry a considérablement renforcé ses mesures de sécurité. « Notre dispositif n’était pas suffisant », admet Thierry Duguet, non sans préciser que « le système d’alors visait à empêcher les animaux de sortir et non pas les malfaiteurs d’entrer ». Plusieurs maîtres-chiens ont ainsi été employés et procèdent à des maraudes diurnes, les alarmes anti-intrusion comme les caméras de vidéosurveillance ont été démultipliées, des membres du personnel dorment toujours la nuit toujours dans le parc.

Quid de la solution avancée un temps par le parc de Pairi Daiza (Belgique) de scier à titre préventif la corne des rhinocéros ? « Nous sommes parfaitement contre », tranche Rodolph Delord, président de l’ association française des parcs zoologiques et directeur du zoo de Beauval (Loir-et-Cher). « On ne protège pas les animaux en les mutilant. » Encore moins, vous l’imaginez bien, en empoisonnant leurs cornes de sorte à provoquer nausées et diarrhées chez les personnes qui les consomment (comme peut le réaliser la réserve sud-africaine de Sabi Sand).

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« Nous explorons toujours des pistes »

Pour ce qui de l’enquête, « nous avons des pistes que l’on explore toujours », glisse avec la plus grande précaution une source de gendarmerie. Dès le 22 mars, le parquet de Versailles avait ouvert une information judiciaire des chefs d’association de malfaiteurs, détention d’espèces protégées, atteinte en bande organisée à la conservation d’une espèce animale, vol aggravé, recel en bande organisée et transport, détention, cession d’espèce non domestique.

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L’enquête, confiée à la gendarmerie de Mantes-la-Jolie, assistée par les Douanes et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, n’a pour l’instant, pas permis de remettre la main ni sur les auteurs du braconnage, ni sur l’arme, ni sur la corne volée. Selon nos confrères de Libération, toutefois les gendarmes ont établi que les malfaiteurs sont arrivés à bord d’un véhicule (qui n’a pas été retrouvé), avant de continuer leur chemin à pied, à l’évidence dotés d’une excellente connaissance des lieux.

« C’était un acte isolé », selon le directeur du parc

Thierry Duguet ne croit pas que la mort de Vince soit imputable à un gang organisé qui aurait voulu s’enrichir. Le trafic de corne de rhinocéros, généralement destiné à des pays asiatiques, où la médecine traditionnelle lui attribue toutes sortes de vertus, dont celles de guérir le cancer ou l’impuissance, est particulièrement lucratif : la corne, faite de kératine comme les ongles humains, peut se vendre jusqu’à 60.000 dollars le kilo sur le marché noir, soit près de deux fois le prix de l’or. « C’était un acte isolé », estime le directeur du parc, résolument tourné vers l’avenir.

« Nous avons fait tout ce que nous avons pu, reprend Thierry Duguet, mais, aujourd’hui, nous souhaitons tourner la page. » Pour cela, personnel et visiteurs peuvent s’appuyer sur « une belle diversion, la naissance d’une kyrielle de bébés félins ». Depuis le début du mois de mai, une panthère des neiges, trois lionceaux ainsi qu’un lynx ont vu le jour au parc de Thoiry. Et, dès ce samedi, il sera possible de tester une nouvelle activité : le survol des lions au moyen d’une tyrolienne.