Pourquoi Nicolas Hulot table-t-il sur 17 réacteurs nucléaires à fermer?

ENERGIE Sous le quinquennat de François Hollande, les gouvernements successifs s’étaient toujours refusés à donner un chiffre précis de réacteurs à démanteler d’ici 2025. Nicolas Hulot s’est lancé timidement ce lundi matin…

Fabrice Pouliquen

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La centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime).
La centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime). — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Nicolas Hulot a évoqué ce lundi matin, sur RTL, l’objectif de fermer des réacteurs nucléaires pour respecter les objectifs de la loi sur la transition énergétique qui vise à ramener à 50 % la part de l’atome dans la production d’électricité en France en 2025
  • Greenpeace et le réseau Sortir du nucléaire y voient un pas important de fait vers le démantèlement de premiers réacteurs en France, véritable serpent de mer
  • Mais il manque encore une feuille de route détaillant concrètement le processus de démantèlement, note l’économiste Raphaël-Homayoun Boroumand, spécialiste des énergies

« Laissez-moi planifier les choses, ce sera peut-être jusqu’à 17 réacteurs, il faut qu’on regarde ». Le chiffre est prononcé du bout des lèvres et assorti tout de suite de guillemets. Mais ce lundi 10 juillet, au micro de RTL, Nicolas Hulot s’est engagé à fermer des réacteurs nucléaires pour être dans les clous de la loi sur la transition énergétique qui vise à ramener à 50 % la part de l’atome dans la production d’électricité en France en 2025 (contre 75 % aujourd’hui). « Chacun peut comprendre que pour tenir cet objectif, on va fermer un certain nombre de réacteurs », a indiqué le ministre de la transition écologique.

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Un pas de franchi ?

La déclaration a beau être fébrile, Cyrille Cormier, chargé des questions énergies et climat à Greenpeace France, y voit toutefois une avancée non négligeable. « Le gouvernement assure désormais que l’on va fermer des réacteurs, constate-t-il. On n’est plus dans la discussion de savoir s’il faut ou non fermer des réacteurs. » « Le dogme de la non-fermeture est de centrales est enfin brisé », juge le réseau Sortir du nucléaire dans un communiqué.

Nicolas Hulot va même plus loin en lançant un nombre de réacteurs à fermer, une évaluation que ses prédécesseurs sous le quinquennat de François Hollande, s’étaient toujours refusé à faire. La présentation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), un document clé détaillant, entre autres, comment l’État compte s’y prendre pour atteindre les objectifs fixés par la loi sur la transition énergétique, avait ainsi plusieurs fois été repoussée. Ségolène Royal l’avait finalement publié à l’été 2016, mais des trois documents mis en ligne, aucun ne donnait une fourchette du nombre de réacteurs à fermer, relevait Libération, le 6 juillet 2016.

Laisser de la place aux énergies renouvelables

« En cela donc, il y a du mieux, reprend Cyrille Cormier. Les politiques prennent conscience qu’il est inéluctable de fermer des réacteurs. » La France en compte 58 répartis sur tout le territoire et ils assurent plus de 75 % de la production d’électricité française. Greenpeace s’appuie alors surles analyses de RTE (Réseau de transport d’électricité) qui, l’été dernier, observait pour la première fois « une légère diminution de la consommation électrique en France, en dépit de l’essor de nouveaux usages ». RTE soulignait alors le début d’une tendance de fond. « Puisque la consommation d’électricité baisse, il n’y a pas d’autres choix que de fermer des réacteurs pour laisser de la place aux énergies renouvelables et respecter l’objectif fixé par la loi sur la transition énergétique », indique Cyrille Cormier.

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Mais d’où vient alors ce chiffre de 17 réacteurs nucléaires annoncé ce lundi matin par Nicolas Hulot ? Sans doute, le ministre de la Transition écologique s’appuie sur le rapport de la Cour des comptes de février 2016 qui évaluait entre 17 et 20 le nombre de réacteurs nucléaires à fermer d’ici 2025, pour ramener la part du nucléaire à 50 % dans le mix énergétique français.

« Un plancher plus qu’un plafond »

Mais pour les associations antinucléaires, ces 17 réacteurs à fermer sont un minimum. « C’est pour nous un plancher plus qu’un plafond à atteindre », précise Cyrille Cormier. Greenpeace, en tablant notamment sur une baisse continue de la consommation d’électricité en France, estime qui faudrait plutôt fermer 30 réacteurs nucléaires d’ici 2025. Le réseau Sortir du nucléaire est sur la même longueur d’onde : « Le chiffre de 17 réacteurs reste inférieur à ce qu’il serait souhaitable et possible de fermer d’ici à 2025, indique Martial Château, administrateur de l’association. Du point de vue du risque, l’objectif devrait au minimum être multiplié par deux. En 2025, 34 réacteurs auront atteint ou dépassé les 40 ans de fonctionnement, durée que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) préconise de ne pas dépasser. »

« Il manque encore une feuille de route »

Mais tout n’est pas qu’une question de chiffre. Il faudrait savoir aussi quels réacteurs précisément le gouvernement souhaite fermer et la puissance de ces derniers. « C’est ce point qui manque encore aujourd’hui, observe Raphaël-Homayoun Boroumand, économiste auteur de 20 idées reçues sur l’énergie. On est toujours aujourd’hui dans de l’annonce, il n’y a pas encore de feuille de route programmant l’arrêt progressif de réacteurs nucléaires. »

Or, le temps presse : 2025 arrive déjà à grand pas. « Surtout, nous sommes à une période charnière, poursuit Raphaël-Homayoun Boroumand. La moyenne d’âge de nos 58 réacteurs nucléaires dépasse les 30 ans aujourd’hui. Faut-il prolonger la durée de vie de ces réacteurs au-delà des 40 ans ou miser au contraire sur les énergies renouvelables ? La question se pose aujourd’hui et il faudra choisir. On ne pourra faire les deux en même temps, les investissements sont trop lourds. »

Démanteler un réacteur nucléaire ? « On ne sait pas très bien faire »

Pour Sortir du Nucléaire et Greenpeace, forcément, c’est tout vu. Les deux associations antinucléaires demandent à engager au plus vite le plan d’actions qui conduira à la fermeture des premières centrales. « On a besoin de concret sur la méthode avant la fin de l’année, juge Cyrille Cormier. Il est possible d’aller vite. Un réacteur de la centrale nucléaire de Paluel et un autre de  Fessenheim sont actuellement arrêtés pour des anomalies graves. Le gouvernement pourrait décider de ne plus jamais les remettre en route. Ce serait une première étape importante. »
Il faudrait alors entamer rapidement le démantèlement de ces deux réacteurs, rappelle Raphaël-Homayoun Boroumand. « Or, on maîtrise encore assez peu le procédé aujourd’hui. Il y a très peu de retours d’expériences dans le monde. Des réacteurs ont bien été démantelés aux États-Unis, mais ils ne sont pas du même type que ceux qu’on trouve en France. »