VIDEO. Nicolas Hulot se défend d'avoir cédé sur les perturbateurs endocriniens

SANTE L’Union européenne a adopté mardi son projet de définition réglementaire des perturbateurs endocriniens. La France s’y était longtemps opposée avant de revoir sa position...

F.P.

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Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique arrive dans la cour de l'Elysée pour son premier Conseil des ministres (et sans cravate).
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique arrive dans la cour de l'Elysée pour son premier Conseil des ministres (et sans cravate). — Christophe Ena/AP/SIPA

Mardi, à Bruxelles, les Etats membres de l’Union européenne ont finalementadopté des critères de définition des perturbateurs endocriniens (PE). Ces substances chimiques sont omniprésentes dans l’environnement et les objets de consommation courante et suspectées d’être à l’origine de maladies diverses. Cancer du sein, obésité, troubles du comportement…

L’adoption de cette définition réglementaire met fin à un an de blocage. L’Allemagne était pour, mais la France, le Danemark et la Suède s’y sont longtemps opposés, jugeant le texte trop peu protecteur de la santé publique et de l’environnement. La majorité qualifiée requise pour adopter ce texte a été obtenue grâce au revirement de la France.

>> Lire aussi: L'UE définit les perturbateurs endocriniens mais pour les assos, le combat continue

Un projet de réglementation très controversé

Alors Paris s’est-elle inclinée devant Berlin ?, comme l’écrit Le Monde. Le quotidien rappelle que les critères adoptés mardi sont identiques à ceux présentés le 30 mai dernier et que cette version avait suscité une mise en garde de la communauté scientifique. L’ Endocrine Society, la Société européenne d’endocrinologie et la Société d’endocrinologie pédiatrique avaient enjoint les 28 ministres de l’environnement de l’Union européenne de rejeter le projet de définition réglementaire voulu par Bruxelles au motif qu’elle ne permettait pas d’assurer « le haut niveau de protection de la santé et de l’environnement requis » et qu’elle « échouerait probablement à identifier les perturbateurs endocriniens qui causent des dommages chez l’homme aujourd’hui ».

Dans une interview accordée à Libération, Nicolas Hulot se félicite lui du vote de la commission européenne. « Jusqu’au bout, je n’étais pas du tout certain de voter le texte, parce qu’il y avait un certain nombre de points qui ne me satisfaisaient pas, commence-t-il. Aujourd’hui, je considère que si nous avons voté le texte, qui se heurtait à un poids monstrueux des lobbys, c’est que nous avons ouvert une très grande brèche, qui ne se refermera pas et qui s’élargira dans le temps. Nous n’avons pas gagné cette guerre [contre les perturbateurs endocriniens], mais nous avons gagné une bataille et ouvert un front important. »

Des avancées…

Le ministre de la Transition écologique assure avoir obtenu des avancées dans le texte adopté. « J’avais demandé qu’on reconnaisse les PE présumés, en plus de ceux qui sont avérés, confie-t-il à Libération. Cela permet, avec un niveau de preuve moins élevé, d’intégrer aussi des substances qui sont considérées comme suspectes, mais dont on n’a pas toutes les preuves. »

Autre avancée : la prise en compte du critère de plausibilité. « Dès que l‘on a des doutes sur une substance, sans forcément comprendre les mécanismes d’action ou d’interaction, on décide de l’identifier comme un PE, précise Nicolas Hulot. Là aussi, cela fait basculer dans le giron un certain nombre de substances qui, pour l’instant, étaient tenues à l’écart. »

Et un échec

Le ministre de la Transition écologique reconnaît toutefois un échec. « Nous n’avons pas eu gain de cause sur la levée d’exemption de certains produits qui ont été conçus pour être des PE ». Cette clause controversée est une demande expresse de Berlin. Elle permet d’empêcher un retrait des pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés ».