VIDEO. Logistique urbaine: Les idées fusent pour des livraisons raisonnées et plus écolos

LIVRAISON RESPONSABLE Les centres-villes se ferment petit à petit aux poids lourds, poussant les transporteurs à tester de nouvelles solutions moins bruyantes, moins encombrantes et, surtout, plus propres…

Fabrice Pouliquen

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Dans le 14e arrondissement de Paris, Libner et Dachser expérimentent un camion qui embarque avec lui un petit véhicule électrique pour effectuer le dernier kilomètre de livraison. Lancer le diaporama
Dans le 14e arrondissement de Paris, Libner et Dachser expérimentent un camion qui embarque avec lui un petit véhicule électrique pour effectuer le dernier kilomètre de livraison. — F. Pouliquen/ 20 Minutes

C’est tout à fait le genre d’inventions qu’aurait pu mettre sur pied l’ingénieux Q., le fournisseur de gadgets attitré de James Bond. Au premier abord, il s’agit d’un camion de marchandises des plus classiques, du genre de ceux derrière lesquels s’énervent bon nombre d’automobilistes en ville. Mais à l’arrière, une trappe peut s’ouvrir sur le côté libérant, non pas un bolide, mais un petit véhicule électrique doté d’une heure d’autonomie et pouvant rouler à 50 km/h.

Pas question ici de semer des poursuivants, ni d’épater la galerie, les deux activités préférées de l’agent 007. L’engin peut en revanche transporter jusqu’à 600 kg de marchandises, colis comme palettes. Et c’est bien tout ce qui importe à Dachser France, l’entreprise de logistique qui teste depuis deux mois ce nouvel outil, conçu par Libner, spécialisée dans la transformation de véhicules industriels.

Des centres-villes qui se ferment aux poids lourds

Chaque matin, le camion part d’un entrepôt de Dachser à Pantin (Seine-Saint-Denis) pour se garer boulevard Edgar-Quinet (14e) où la ville de Paris lui réserve un emplacement pour cette expérimentation. « Le camion ne bouge alors plus de la journée et devient une base logistique avancée dans la capitale, indique Frédéric Jurado, directeur Network de Dachser France. Le livreur gravite autour dans un rayon d' 1,5 km, effectuant le dernier kilomètre de livraison, jusqu’au commerçant, à l’aide du véhicule électrique. »

Le BIL (Base intelligente de logistique), nom donné à cette solution, ne permet pas de gagner du temps. Mais il se faufile dans n’importe quelle ruelle, silencieusement et proprement. Des qualités d’avenir pour Frédéric Jurado : « Les centres-villes sont de plus en plus difficiles d’accès à nos poids lourds, avec les instaurations progressives de zones de circulation restreinte (ZCR), explique-t-il. Cela ne concerne pas que Paris, mais bon nombre de grandes et moyennes villes qui veulent lutter contre la pollution ou préserver leurs centres-villes historiques. »

Or le transport des marchandises en ville ne se fait pas sans nuisances. Il y a le bruit, l’encombrement des routes et surtout la pollution. « Pour l’Ile-de-France, le transport de marchandises représente 10 à 20 % du trafic, mais il est responsable d’un quart des émissions de CO2, d’un tiers des émissions d’oxydes d’azote et de la moitié des particules liées à la circulation urbaine », note le think-tank Terra Nova dans le rapport Des marchandises dans la ville publié le 22 juin.

Une remorque intelligente pour transporter 250 kg à vélo

Le BIL n’est qu’un exemple des innovations à l’œuvre en matière de logistique urbaine. Tout près du boulevard Edgar-Quinet, Nicolas Duvaut et Gilles Vallier, deux amis sortis de Supélec, l’école supérieure d’électricité, ont inventé la K-Ryole, une remorque autopropulsée qui fait du vélo une solution pour transporter des marchandises, même en grande quantité. « Des capteurs embarqués mesurent la déformation du timon [la pièce de fixation de la remorque au vélo] et peuvent dire en temps réel si la remorque est tirée ou compressée par le vélo, décrit Nicolas Duvaut. L’information est transmise à des capteurs placés sous la remorque qui actionne les moteurs électriques placés dans chacune des deux roues de la K-Ryole. » Autrement dit, le cycliste ne sent jamais la remorque, même en montée.

La K-Ryole, remorque autopropulsée, permet de transporter 250 kg de marchandises sans faire souffrir les mollets.
La K-Ryole, remorque autopropulsée, permet de transporter 250 kg de marchandises sans faire souffrir les mollets. - Photo K-Ryole

La K-Ryole embarque jusqu’à 250 kg de marchandises, « tout en étant bien plus maniable qu’un triporteur », assure Nicolas Duvaut. La smart remorque a déjà tapé dans l’œil de La Poste, des Mousquetaires (groupe Intermarché) à Lyon, de l’université de Lille, qui ambitionne de devenir un campus décarboné, ou encore de la mairie de Paris, pour son service « espace vert ». Les expérimentations commenceront à l’automne. En parallèle, Nicolas Duvaut et Gilles Vallier figurent parmi les douze finalistes d’ EDF Pulse [ vous pouvez voter pour eux], un concours de start-up innovantes qui pourrait les aider à passer à une phase d’industrialisation de leur solution.

Travailler aussi à un meilleur remplissage des camions

L’enjeu n’est pas seulement d’inventer des solutions de transports plus écologiques. « Nous constatons aussi une sous-optimisation des activités de livraisons en ville, marquée par une forte utilisation de petites camionnettes pas toujours bien remplies », indique Laëtitia Dablanc, directrice de recherche à l’Ifstar (l’institut français des transports) et coauteur du rapport publié par Terra Nova. D’autres entreprises travaillent donc à un meilleur remplissage des camions voire, comme Cocolis, à proposer à des particuliers de mettre à profit leurs trajets prévus pour livrer un colis.

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Autre idée ingénieuse : celle de Colibou, une start-up qui vient d’intégrer le Rolling Lab, l 'incubateur de Paris & Co dédiée à la logistique durable. Colibou livre les colis en soirée et sur rendez-vous, « quand les rues sont moins encombrées et quand on est sûr que vous êtes à la maison, ce qui évite les allers-retours », explique Marie-Xavière Wauquiez, responsable du Rolling Lab.

Bref, les idées foisonnent. Le hic, « c’est que ces solutions entraînent souvent des contraintes et/où des surcoûts, note Laëtitia Dablanc. Or le secteur de la livraison fonctionne sur le principe du low cost, low price. Le client, particulier comme entreprise, veut payer le minimum de frais de colis. »

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Aux villes d’être moteurs

Terra Nova en arrive alors à la conclusion que c’est d’abord aux villes de créer un cadre propice à une logistique urbaine durable. « Elles n’utilisent que faiblement l’arsenal des instruments de régulation dont elles disposent », observe le think tank, qui soumet huit grandes propositions, comme « encourager la construction d’entrepôts urbains, faciliter l’acquisition de véhicules propres, accélérer la mise en place de "zones environnementales" »…

Certaines villes ont engagé plusieurs de ces mesures, « mais elles ne sont pas encore assez offensives, déplore Laëtitia Dablanc. Paris pourrait l’être bien plus par exemple dans l’application de la ZCR instaurée en janvier dernier. Il y a trop peu de contrôles encore. »