Plastique recyclé: Heads & Shoulders ramasse les déchets sur la plage pour fabriquer ses flacons

DECHET La marque va commercialiser en France 150.000 shampoings dont le flacon est fait en partie avec des plastiques ramassés sur les plages. Des ONG auraient préféré qu’elle s’engage surtout à réduire sa production de bouteilles plastiques…

Fabrice Pouliquen

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Des déchets plastique sur une plage britannique.
Des déchets plastique sur une plage britannique. — SIPA
  • Ces flacons contiendront 25 % de plastiques collectés sur des plages de France et d’Europe du Nord.
  • L’opération contribuera sans doute de sensibiliser plus encore le grand public à la problématique des déchets des océans. Mais les ONG Surfrider fondation et Oceanoplastic auraient préféré que la marque s’engage à réduire sa production de bouteilles en plastique.

Le flacon de shampoing est gris quand Head & Shoulders préfère habituellement le blanc et le logo de la marque, une perluète, est constitué pour le coup d’un enchaînement de déchets plastiques en tout genre. A compter de ce jeudi 7 juin, Journée mondiale des océans, 150.000 produits ainsi désignés atterrissent dans les étals des supermarchés Carrefour en France.

Tous portent la mention : « Fabriqué à partir de plastique collecté sur la plage ». Pour être précis, chaque bouteille en contient 25 %. « C’est le meilleur du meilleur pourcentage au regard des quantités de déchets ramassés mais aussi pour conserver la rigidité du flacon », justifie Eduardo Atamoros, le responsable monde de la communication de la marque Head & Shoulders, propriété de la multinationale américaine Procter & Gamble.

La marque Head & Shoulders utilise des déchets plastiques collectés sur les plages pour fabriquer des flacons de shampoing.
La marque Head & Shoulders utilise des déchets plastiques collectés sur les plages pour fabriquer des flacons de shampoing. - Photo Procter & Gamble

3.000 kg de déchets plastiques ramassés

On parle de macrodéchets ramassés à la main sur les plages par plus de 100 ONG et 1.500 volontaires… Eduardo Atamoros tient à cette précision. « Il ne s’agit pas de plastiques rejetés par les océans après avoir longtemps dérivé. Ceux-là, malhetout simplement parce qu’ils sont trop dégradés pour être exploités. »

Il n’empêche, ces 150.000 flacons de shampoing ont permis de revaloriser 3.000 kg de déchets des plages de France et du nord de l’Europe. Cette opération a aussi permis de mettre sur pied une petite filière de recyclage. Une fois collectés, les déchets plastiques ont été triés par Terracycle, puis transformés par Suez en petites billes de polyéthylène haute densité, un plastique recyclable, avant d’être expédiées au fabricant d’emballage de Procter & Gamble.

Un projet pilote avant d’aller plus loin…

Le groupe américain raconte avoir engagé ce projet après avoir entendu le constat alarmant [mais contesté] dressé par la fondation Ellen Mac Arthur. « D’ici 2050 l’océan pourrait contenir davantage de déchets plastiques que de poissons », prédisait la navigatrice anglaise en janvier 2016, au forum économique mondial de Davos. « Nous sommes la première marque au monde de shampoing, assure Eduardo Atamoros. Nous nous demandions alors ce que nous pouvions faire. »

Ces 150.000 flacons de shampoing commercialisés en France ne seraient qu’un début. « Elle sera très vite reproduite dans d’autres pays, reprend Eduardo Atamoros. Surtout, au dernier forum de Davos, nous nous sommes engagés à ce que nos bouteilles de shampoing soient confectionnées avec 25 % de plastique recyclé [pas forcément des déchets de plage] d’ici fin 2018. Cela représente plus de 500 millions de bouteilles en Europe par an et 17 millions en France. »

Surtout un coup de com ?

Du côté des ONG de protection des océans, on tique un peu tout de même. Stéphane Latxague, directeur général de la Surfrider Fondation Europe tout comme Patrick Fabre, président d ’Océanoplastic et cofondateur du projet The Sea Cleaners avec le navigateur Yvan Bourgnon, saluent d’abord « un coup marketing ». Il n’a pas que des mauvais côtés. « Toutes les marques produisent du plastique d’une manière ou d’une autre, explique Stéphane Latxague. Avec cette opération, Procter & Gamble commence à admettre un bout du problème. » Patrick Fabre espère aussi que ce projet « contribuera à sensibiliser le grand public à la problématique des déchets plastiques et de leurs rejets dans les océans. » « Ou mieux encore à faire prendre conscience à des pays qui collectent encore peu leurs déchets qu’ils sont assis sur un pactole », ajoute-t-il.

>> Lire aussi : Yvan Bourgnon : « Il fallait le plus grand bateau possible pour nettoyer au mieux les océans »

Mais quitte à vouloir apporter sa pierre à l’édifice, Procter & Gamble aurait pu faire plus… ou disons mieux. La multinationale a d’une certaine façon pris le problème à l’envers. « Plus que de trouver des solutions de recyclage aux plastiques qui finissent sur les plages, l’enjeu est d’éviter qu’ils arrivent jusque-là et plus encore de réduire notre production d’emballage plastique », insiste Stéphane Latxague. D’une certaine façon, dans cette opération, Procter & Gamble ramasse des déchets pour produire de nouveaux flacons plastiques qui, une fois vide, ne seront pas forcément valorisés. Dans la majorité des filières en Europe ou en France, ce type de plastique est brûlé ou mis en décharge. » s

« Produire déjà moins de flacons »

Patrick Fabre abonde sur ce point : « on gère encore globalement mal les déchets. Nous-même en France, nous enfouissons 37 % de la totalité des déchets, dont une partie de plastiques qui a été mal triée. » Le président d’Océanoplastic en fait la priorité n°1 : « En finir avec la non-gestion des déchets ».

Certes, ce n’est pas la mission première de Protect & Gamble. Mais pour le directeur général de la Surfrider fondation peut se rendre bien plus utile qu’elle ne l’est actuellement. « Une excellente nouvelle aurait été que la marque s’engage à réduire sa production de flacons de petit volume pour privilégier ceux plus grande contenance et qu’elle accompagne les consommateurs dans l’achat de ces formats familiaux, souligne-t-il. Procter & Gamble n’aurait plus alors besoin de produire ses 500 millions de bouteilles de shampoings par an en Europe, mais beaucoup moins. »