Et si vous vendiez votre surplus d’électricité solaire à votre voisin?

ENERGIE Plusieurs consommateurs peuvent désormais se rassembler pour partager l’électricité qu’ils ont produite grâce à des panneaux solaires. C’est l’autoconsommation collective et ça peut devenir intéressant avec ces factures d’électricité qui augmentent…

Fabrice Pouliquen

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Des panneaux photovoltaïques installés sur des façades d'immeubles HLM (habitat à loyer modéré) sont photographiés le 26 septembre 2010 à Strasbourg.
Des panneaux photovoltaïques installés sur des façades d'immeubles HLM (habitat à loyer modéré) sont photographiés le 26 septembre 2010 à Strasbourg. — JOHANNA LEGUERRE / AFP
  • Contrairement à une idée tenace, on n’est pas obligé de revendre à son fournisseur l’énergie solaire qu’on produit chez soi.
  • L’alternative, c’est l’autoconsommation qui se développe peu à peu et qui devient même possible, depuis dimanche, pour les logements collectifs, les lotissements, les HLM…

C’est rare qu’il pleuve à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). « Mais quand ça tombe, ça tombe fort », lance André Joffre, le pdg de  Tescol, un bureau d’étude local spécialisé dans l’énergie solaire. Du coup, le lotissement de 300 parcelles en projet sur cette commune de la banlieue de Perpignan ne pourra pas voir le jour sans un bassin de rétention d’eau.

Une centrale sur pilotis partagée dans le lotissement

« Mais pour optimiser l’espace, au-dessus du bassin, on fera construire une petite centrale solaire sur pilotis, poursuit l’entrepreneur. Elle sera la copropriété des habitants du quartier qui souhaitent y investir et injectera de l’électricité sur le réseau du quartier jusqu’aux différentes maisons qui seront érigées. »

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Voilà ce qu’on appelle l’autoconsommation d’électricité. Le principe est de consommer directement l’énergie qu’on produit sur place et de ne dépendre du réseau public d’électricité que lorsque ses propres panneaux photovoltaïques ne produisent pas ou peu d’énergie. La nuit ou l’hiver par exemple*. Jusqu’à présent, seule l’autoconsommation individuelle était autorisée en France. Mais seuls 14.000 clients d’ Enedis, la filiale d’EDF en charge de la gestion de 95 % du réseau d’électricité français, ont choisi cette option à ce jour. « La solution reste méconnue, explique Roxane Dardaine, gérante de Libwatt, une société spécialisée dans l’autoconsommation basée à Béziers (Hérault). Beaucoup même la croit illégale, pensant qu’il n’y a pas d’autres alternatives que de revendre l’intégralité de l’électricité qu’on produit à son fournisseur d’énergie. »

« Vendre son surplus d’électricité à son voisin »

Richard Loyen, directeur général d’Enerplan, syndicat des professionnels de l’énergie solaire, voit tout de même une certaine accélération des projets d’autoconsommation depuis un an. « Pas seulement chez les particuliers mais aussi dans le tertiaire, précise-t-il. Les locaux d’entreprises, de collectivités, des supermarchés… »

Surtout, depuis la publication dimanched’une ordonnance au Journal Officiel, l’autoconsommation peut enfin devenir collective. « Plusieurs consommateurs peuvent désormais se rassembler pour partager l’électricité qu’ils ont produite grâce à des panneaux solaires détenus en commun », explique David Marchal, directeur adjoint production et énergie renouvelable à l’ Ademe. Autre possibilité : « on peut imaginer que vous optiez pour l’autoconsommation et que vous vendiez votre surplus à votre voisin », indique Richard Loyen.

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De quoi ouvrir de nouvelles perspectives pour les professionnels du secteur qui peuvent désormais toquer à la porte des copropriétés, des offices HLM, des lotissements, des zones commerciales ou industrielles… « Il n’y a plus de zones sur lesquelles nous ne pouvons pas intervenir », résume Roxane Dardaine. Dans la région perpignanaise, Tescol travail déjà sur deux autres projets collectifs en plus du lotissement de Rivesaltes. « Un ensemble d’immeubles collectifs de 1.000 logements mais aussi un site de cinq bâtiments de bureau du conseil départemental des Pyrénées-Orientales », précise André Joffre.

Des inconnues à lever…

Richard Loyen ne s’attend pas pour autant à une explosion des projets d’autoconsommation collective en France. « Concrètement, l’investissement à prévoir pour une installation photovoltaïque est sensiblement le même qu’on le destine à la revente ou à l’autoconsommation », indique-t-il. Mais il reste des inconnues à lever. Pour acheminer l’électricité entre deux bâtiments ou deux maisons, il faudra forcément passer par le réseau public d’électricité. Or ; le coût de cet acheminement n’a pas encore été précisé ? » « Parce qu’ils sont collectifs, ces projets mettent plus de temps aussi à voir le jour, complète Roxane Dardain. Il reste aussi encore à améliorer les technologies pour mesurer précisément les échanges d’électricité entre non-professionnels ».

Une opportunité de se sécuriser sa facture d’électricité ?

David Marchal invite à ne pas non plus foncer tête baisser. « Dans certains cas de figure, il est financièrement plus intéressant de vendre l’intégralité de son électricité qu’à opter pour l’autoconsommation, explique-t-il. Dans le sud de la France, où l’ensoleillement est plus fort, on commence tout juste à avoir une certaine compétitivité du coût de revient de l’électricité qu’on produit sur son toit avec celle qu’on achète à son fournisseur d’électricité. »

Mais l’autoconsommation peut être un joli pari sur l’avenir « alors que les factures d’électricité ont beaucoup augmenté ces dernières années et devraient encore continuer à augmenter », estime Richard Loyen. Dans ce contexte, l’autoconsommation offre l’avantage de moins dépendre de son fournisseur d’électricité et de moins prendre de plein fouet ces augmentations prévisibles.