Présidentielle: Quel avenir pour le nucléaire en France?

ENERGIE C’est l’un des débats les plus clivants de cette présidentielle 2017 : faut-il sortir ou non du nucléaire ? Il y a les pour, il y a les contre. Quelque soit l’option, cela coûtera cher…

Fabrice Pouliquen

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La centrale nucléaire de Cattenom (Moselle).
La centrale nucléaire de Cattenom (Moselle). — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Faut-il fermer la centrale de Fessenheim ? François Hollande l’avait promis dans sa campagne présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard, la doyenne des centrales françaises est toujours en activité et son sort toujours indécis.

Un nouvel épisode se joue ce jeudi au conseil d’administration d’EDF, au cours duquel sera votée la décision ou non d’arrêter la centrale de Fessenheim. Mais bien plus que ce jeudi, c’est au soir du 7 mai, date du second tour de la présidentielle, que Fessenheim connaîtra véritablement son sort.

La centrale s’est pleinement invitée dans les débats. François Fillon, Marine Le Pen ou Jacques Cheminade assurent qu’elle ne fermera pas s’ils sont élus. Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou ou Nicolas Dupont-Aignan promettent l’inverse. Emmanuel Macron prône une troisième vie en annonçant la fermeture de Fessenheim mais seulement une fois le réacteur EPR [dit de troisième génération] de Flamanville achevé. Soit en 2018.

Carte des centrales nucléaires en France.
Carte des centrales nucléaires en France. - Wikimedia Commons

Finalement, les mêmes clivages se retrouvent à l’échelle au-dessus, sur la question de sortir ou non du nucléaire en France. Hamon, Mélenchon et Poutou sont pour et promettent de passer à 100 % d’énergies renouvelables en 2050. En face, Fillon et Le Pen se posent en défenseur de la filière nucléaire qu’ils souhaitent moderniser et sécuriser. Ils sont rejoints par Nicolas Dupont-Aignan qui, s’il prône la fermeture de Fessenheim, préconise sinon d’intensifier « la recherche pour un nucléaire propre et sûr ». Entre les deux camps toujours, Macron parle, lui, de « réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75 % à 50 % à l’horizon 2025 », sans pour autant sortir du nucléaire.

Une filière nucléaire affaiblie ?

L’économiste Raphaël Homayoun Boroumand, auteur de 20 idées reçues sur l’énergie rappelle tout de même que Hamon et Mélenchon, les deux principaux candidats à prôner la sortie du nucléaire, ne jouent plus les premières places dans les derniers sondages. Mais il concède tout de même que le nucléaire est bien plus affaibli aujourd’hui qu’il ne l’était en 2012.

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La filière a accumulé les déboires ces derniers mois, jusqu’aux révélations de France Info, fin mars, selon lesquelles EDF et Aréva étaient au courant, bien avant la fabrication de la cuve du future EPR de Flamanville, des problèmes de qualité rencontrés par  l’usine Creusot Forge, chargée de sa construction. « Plus généralement, l’EPR déçoit pour l’instant à Flamanville où le chantier a pris des années de retard et accuse plus de 10 milliards d’euros de surcoût », ajoute Raphaël Homayoun Boroumand.

En parallèle, les énergies renouvelables progressent au point de concurrencer aujourd’hui le nucléaire sur la compétitivité. « Sur l’éolien terrestre et le solaire, on arrive à des coûts de production qui sont égaux voire parfois inférieurs aux coûts du nucléaire », indique Géraud Guibert, président de la Fabrique Ecologique, un think-tank transpartisan.

Une question de coûts…

Cette présidentielle 2017 est alors à la croisée des chemins. « Sortir du nucléaire » ou « moderniser la filière » ? Les deux options sont plausibles, remarquent Géraud Guibert et Raphaël Homayoun Boroumand. Quelle que soit la direction prise, la France devra toutefois investir énormément.

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Dans une note contestée, publiée mi-mars, l’Institut Montaigne, un think-tank libéral, avançait la somme de 217 milliards d’euros à prévoir jusqu’en 2035 pour sortir du nucléaire et investir dans de nouvelles capacités de production.

A l’inverse, « moderniser le nucléaire » comme le veulent François Fillon ou Marine Le Pen, nécessiterait de mener à bien le programme Grand Carénage conçu par EDF pour prolonger l’exploitation des 58 réacteurs français de 40 à 60 ans et assurer leur maintenance jusqu’en 2030. La cour des comptes évalue le coût de ce programme à 100 milliards d’euros. A cela s’ajouterait la construction d’un nouveau parc d’EPR entre 2030 et 2050 ou la nécessaire gestion des déchets radioactifs, ce qui salerait la note. « Au total, persévérer dans le nucléaire coûterait de 335 à 385 milliards d’euros », table alors Le Monde.

… Et d’emplois ?

A la question du coût se greffe aussi celle de l’emploi, un argument mis souvent sur la table par les pro-nucléaires. La filière pèse 220.000 emplois aujourd’hui, « le secteur le plus important en France après l’automobile et l’aéronautique en France, précise Raphaël Homayoun Boroumand. Mais sortir du nucléaire ne veut pas dire que tous ces emplois seront supprimés d’un coup. L’idée est aussi de s’appuyer de ceux qui travaillent aujourd’hui dans le nucléaire pour assurer le démantèlement, un marché sur lequel la France pourrait devenir leader. »

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Le développement d’énergies renouvelables promet aussi des créations d’emplois. Possiblement même plus que les postes perdus dans le nucléaire, calcule l'Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), qui a pour rôle de promouvoir la transition énergétique.