Tout juste rentrés du Groenland, Guirec et sa poule ont l'Antarctique dans le viseur

AVENTURE Il y a un peu plus d’un an, l’étonnant duo s’est laissé emprisonner par les glaces du Pôle Nord pendant quatre mois. Ils s’apprêtent à repartir avec un troisième équipier : le chien Bosco…

Fabrice Pouliquen

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L'aventurier breton Guirec Soudée et sa poule dans le grand nord.
L'aventurier breton Guirec Soudée et sa poule dans le grand nord. — @Guirec Soudée

Il n’est pas vraiment à son aise assis à la table d’une brasserie parisienne où nous l’avons rencontré. Guirec Soudée, 24 ans, en sourit : « Je ne pourrais pas rester plus d’un mois dans la capitale. » Trop oppressant, trop de bruits, pas assez de sourires et trop peu de bleu à l’horizon.

Le Breton est bien plus à l’aise sur l’eau. Depuis 2014, il a passé le plus clair de son temps à bord d’Yvinec, son petit voilier de 11 mètres tout en acier, baptisé ainsi en hommage à l’île sur laquelle il a grandi, dans les Côtes-d’Armor. Souvent coupé du monde se contentant pour seule compagnie de Monique, sa poule pondeuse qu’on lui a offerte lors d’une escale aux Canaries.

Plus jeune navigateur à franchir le Nord-Ouest

Nous avions quitté cet étonnant duo le 11 avril dernier alors qu’il revenait doucement à la civilisation après un périple de quatre mois emprisonné volontairement dans les glaces au large du Groenland.


Depuis, Guirec a enchaîné 1.000 aventures et grossi un peu plus son CV de marin chevronné. La plus belle ligne ? Le redoutépassage du Nord-Ouest, 6.000 km de navigation périlleuse qui relient l’Atlantique au Pacifique à travers les îles du Grand Nord Canadien. Le Breton a franchi ce couloir périlleux à l’été dernier, devenant le plus jeune navigateur à l’avoir fait en solitaire.

« J’ai mis 32 jours, raconte-t-il. J’étais trop proche du pôle pour que mon pilote automatique puisse marcher. Il fallait tenir la barre en permanence, dormir le moins possible. A tout moment, de l’ombre ambiante pouvait surgir un iceberg de 50 mètres de haut. »

L’épreuve en valait le coup. Guirec Soudée passe en tout cas autant de temps à raconter les « galères » que les moments de grâces partagés avec Monique. « On a vu des narvals, des baleines, des phoques et même un ours polaire nager à quelques mètres du bateau. Et il faut voir les paysages. Par temps calme, la mer est comme un miroir…

Le passage Nord-Ouest (en rouge) traversé l'été dernier par Guirec Soudée et sa poule Monique.
Le passage Nord-Ouest (en rouge) traversé l'été dernier par Guirec Soudée et sa poule Monique. - Map4news

Bosco, le chien, échangé contre une tronçonneuse

Le Nord-Ouest derrière lui, Yvinec a mis le cap vers San Francisco. Doucement, Guirec n’étant jamais pressé. « J’ai traversé la mer de Bering, puis le golf d’Alaska avant de m’arrêter un mois à Hoonah « un village de pêcheurs où je me suis fait un très bon ami ». Sur la route, il se dégotera aussi un troisième équipier : le chien Bosco, croisé Husky-Sutter Irlandais, « échangé contre une tronçonneuse ».

Rattrapé par l’hiver, Guirec a finalement jeté l’ancre à Vancouver en décembre où son bateau est toujours à quai. Monique, désormais célèbre sur les réseaux sociaux, est restée là-bas également. « Je l’ai confiée à un ami sur place, elle va très bien », rassure Guirec.

« Repartir mi-avril »… « pour l’Antarctique »

Le Breton la rejoindra très vite, lui qui ne pense qu’à repartir en mer. « Mi-avril si tout va bien, cette fois-ci, en direction du Pôle Sud », annonce-t-il à 20 Minutes. Une nouvelle aventure que le Breton prévoit de faire courir sur un an et demi. « La première étape serait de partir de Vancouver pour rallier les îles Marquises et passer quatre mois à explorer la Polynésie française. »

Ensuite, il s’agira de reprendre la route vers le Sud, de passer lesQuarantièmes Rugissants tant redoutées par les skippers du Vendée Globe, et d’accoster pour finir en Antarctique. « Là, j’aimerais partir pour 52 jours de marche jusqu’au pôle sud. »

Photo Guirec Soudée
Photo Guirec Soudée - Photo Guirec Soudée

Une exposition photos à Paris pour récolter des fonds

Pour réaliser son nouveau rêve, Guirec chiffre le budget à réunir à 200.000 euros. Une somme rondelette qui explique en partie la présence du marin en ce moment à Paris. Il donne rendez-vous ce vendredi et tout le week-end au 123 rue de Turenne où il exposera et mettra en vente une soixantaine de ses photographies prises au Groenland, dans le Nord-Ouest et en Alaska.

En parallèle, Guirec frappe aux portes d’entreprises en quête de partenaires, prépare deux livres sur ses aventures et répond volontiers aux propositions de conférence. Surtout, le Breton tente d’intéresser les chaînes françaises sur un documentaire de 52 minutes retraçant ses quatre mois prisonnier des glaces du Groenland.

Sans doute son expérience la plus marquante à ce jour. « J’ai essuyé des tempêtes, mon bateau a échoué deux fois sur les côtes, j’ai vu la banquise se morceler autour de mon bateau, j’ai perdu 12 kg…, raconte-il. Mais j’ai aussi beaucoup appris sur moi. » C’est le message que veut transmettre le Breton à travers ses aventures. Lui qui a arrêté l’école avant le bac. « Il faut vivre, oser, apprendre à se débrouiller sans smartphone, se surpasser », estime-t-il.