Photo d'archives prise le 27 août 2008 du parc éolien de Scroby Sands en mer du nord, au large du Royaume-Uni.
Photo d'archives prise le 27 août 2008 du parc éolien de Scroby Sands en mer du nord, au large du Royaume-Uni. — SHAUN CURRY / AFP

ENERGIE

Où en est la France sur les énergies marines renouvelables?

Le sujet sera au coeur des Assises des énergies marines renouvelables qui s’ouvrent ce mercredi au Havre...

Sept milles éoliennes et une île artificielle de 6 km² posées sur leDogger Bank, un banc de sable et de rochers situé en mer du Nord. Des compagnies énergétiques danoises, néerlandaises et allemandes, les trois pays impliqués, signeront jeudi un accord pour examiner les portées de ce projet fou qui ambitionne de produire à court terme 30.000 mégawatts [le parc nucléaire français en produit 63.000 par an à titre de comparaison] et d’alimenter en énergie 80 millions de personnes.

Toujours pas d’éoliennes en mer en France

Beaucoup de « si » entourent encore ce projet, mais il témoigne de l’avance prise par certains de nos voisins européens en matière d’énergies marines renouvelables. L’éolien posé en mer, c’est-à-dire fixé au fond marin, est la technologie la plus aboutie à ce jour. Fin 2014, l’Europe comptait 2.488 éoliennes raccordées à son réseau électrique. Dont 1.301 au Royaume-Uni, 513 au Danemark, 258 en Allemagne.

Et en France ? Rien encore. Ce n’est pourtant pas la place qui manque. En comptant l’outre-mer, la France possède le deuxième espace maritime au monde, derrière les Etats-Unis, avec 11 millions de km² et des milliers de kilomètres de côtes.

« Nous sommes partis plus tard »

Pourquoi donc la France, où s’ouvrent ce mercredi les quatrièmes assises des énergies marines renouvelables, au Havre, est-elle aussi à la traîne ? « Nous sommes partis plus tard sur l’éolien posé, explique Marion Lettry, déléguée générale adjointe du Syndicat des énergies renouvelable (SER). L’Allemagne a eu beaucoup de peine à installer ses premiers parcs éoliens en mer, mais a su relever les défis et a pris depuis beaucoup d’avance. »

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La France n’a toutefois pas abandonné la partie. Deux appels d’offres lancés en 2011 et 2013 ont attribué à des industriels six projets de parcs éoliens en mer. Au large des côtes normandes, bretonnes et vendéennes. « A l’automne dernier, Ségolène Royal, ministre de l’environnement, en a rajouté deux autres au large de Dunkerque (Nord) et d’Oléron (Charente-Maritime) », complète Marion Lettry.

Atteindre les 3.000 mégawatts en 2023

Cela donne un total de huit parcs éoliens en cours d’élaboration en France d’une puissance moyenne de 500 mégawatts chacun. Toutefois, les premières mises en service ne sont pas attendues avant 2020 et on table sur une production de 3.000 mégawatts en 2023. Loin, très loin de l’objectif du Grenelle de l’Environnement, signé en 2007, d’atteindre une production de 6.000 mégawatts… en 2020.

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Heureusement, les énergies marines renouvelables ne se résument pas à l’éolien posé. « Au contraire, elles regroupent une multitude de technologies aujourd’hui à des degrés de maturité divers », rappelle David Marchal, directeur adjoint « productions et énergies durables » à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Il n’y a pas que l’éolien posé

L’éventail est large. L’énergie marémotrice utilise le flux et le reflux des marées ; l’ énergie thermique des mers exploite les différences de températures entre les eaux de surface et les eaux profondes ; l’énergie houlomotrice se sert de la force du courant et des vagues.

Il y a aussi et surtout les hydroliennes, immergées en mer et qui transforment la force des courants en énergie électrique, ou encore les éoliennes flottantes qui, contrairement à l’éolien posé, sont montées sur des structures flottantes. Elles peuvent alors être installées dans des zones plus profondes, plus loin des cotes, là où il y a potentiellement plus de vent.

David Marchal comme Marion Lettry s’attardent un peu plus sur ces deux dernières solutions. C’est qu’elles sont à un stade développement plus avancé et, cette fois-ci, la France est bien placée dans la course internationale.

Photo prise le 31 août 2011 à Brest de l'hydrolienne qui a été immergée au large de Paimpol-Bréhat en 2016.
Photo prise le 31 août 2011 à Brest de l'hydrolienne qui a été immergée au large de Paimpol-Bréhat en 2016. - FRED TANNEAU / AFP

En course sur l’éolien flotté et les hydroliennes

Sur l’éolien flottant, quatre projets de fermes pilotes ont ainsi été retenus l’été dernier en France. Trois en mer Méditerranée et un quatrième au large de l ’île de Groix en Bretagne. « On parle de fermes de trois à quatre éoliennes, installées à l’horizon 2020, et qui vont permettre aux industrielles de jauger les potentialités de cette énergie, de lever les risques, réduire les coûts de productions avant de pouvoir lever des fonds pour passer à une phase plus industrielle. »

L’énergie hydrolienne en est au même stade. Après de premières immersions d’hydroliennes au large del’île d’Ouessant (Finistère), en juin 2015, et au large de Paimpol (Côtes d’Armor), en 2016, la suite doit passer par le lancement de deux fermes pilotes au Raz Blanchard au large du Cap de la Hague. L’une pilotée par DCNS et EDF, l’autre par Engie. Mais en janvier, Engie a jeté l’éponge. « C’est regrettable, note Marion Lettry. Il reste le projet DNCS et EDF. Il reste aussi des PME très prometteuses. » Comme la Bretonne Sabella. C’est elle qui est derrière l’hydrolienne au large d’Ouessant. Immergée à 55 mètres de fond de juin 2015 à juin 2016, elle a été la première hydrolienne française à avoir injecté de l’électricité dans un réseau. Celui des Ouessantins.