Rhinocéros tué à Thoiry: «Aux zoos de devenir de véritables coffres-forts»

BRACONNAGE Depuis la mort de Vince, des zoos ont annoncé leur plan de bataille pour protéger leurs rhinocéros des braconniers. Les solutions avancées vont jusqu'à couper ou empoisonner des cornes. Ce qui n'est pas sans conséquence pour l’animal...

Fabrice Pouliquen

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Un rhinocéros blanc du zoo de Paris
Un rhinocéros blanc du zoo de Paris — BERTRAND GUAY / AFP

Il y a une semaine, le zoo de Thoiry dans les Yvelines annonçait, horrifié, l a mort de Vince, l’un de leurs trois rhinocéros blancs, tué dans la nuit de trois balles dans la tête par des braconniers qui se sont empressés de lui scier sa corne. Une première dans un parc zoologique en Europe.

Depuis, les plans de bataille se sont multipliés. Le parc animalier de Pairi Daiza, en Belgique, a décidé de raccourcir les cornes de ses trois rhinocéros adultes. Celui de Peaugres (Ardèche) y réfléchit pour ses six rhinocéros blancs.

« Tous les zoos concernés »

En Grande-Bretagne, la National wildlife crime unit britannique, une unité spéciale de la police luttant contre le braconnage, a annoncé qu’elle visiterait les zoos et parcs animaliers du pays pour faire un point sur les dispositifs de sécurité. Même inquiétude aux Etats-Unis. « Les 90 zoos du pays qui accueillent des rhinocéros se soumettent à des conditions de sécurité fortes et sont régulièrement inspectés », rappelle Dan Ashe, président de l’association des zoos et aquariums du Maryland interrogé par Associated Press. Avant toutefois de reconnaître « qu’aucun zoo n’était à l’abri ».

Mais quelles sont alors les solutions à adopter pour se prémunir des braconniers ? Les pistes de solutions sont parfois à aller chercher dans les réserves naturelles d’Afrique du Sud, où se concentre l’essentielle de la population des rhinocéros blancs et où attaquent régulièrement les braconniers.

Couper les cornes ? « Pas sans conséquence pour l’animal »

L’une de ses solutions est celle avancée par le parc animalier de Pairi Daiza : raccourcir les cornes des rhinocéros, enlevant alors a priori tout intérêt à une attaque de braconniers. L’opération est indolore, elle se fait sous anesthésie, et le rhinocéros peut vivre sans sa corne, qui n’est qu’une touffe de poils agglomérés.

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La solution n’a toutefois pas que des adeptes. « La corne d’un rhinocéros n’est pas seulement ornementale, explique Charlotte Nithart, porte-parole del’ONG Robin des bois qui lutte contre le braconnage. Le rhinocéros s’en sert pour remettre le petit dans le droit chemin, pour repousser un rival ou un prédateur, pour forer le sol à la recherche de racines, pour s’orienter… Cette corne a une vraie utilité. » Et puis cette corne repousse, « si bien qu’on a vu des rhinocéros se faire tuer par des braconniers pour quelques centimètres de cornes, ajoute Charlotte Nithart. Sidérant, mais c’est la réalité. »

Empoisonner les cornes ? Un problème éthique

Une autre solution est celle adoptée en 2013 par la réserve Sabi Sand, au nord-est de l’Afrique du Sud, et qui consiste à i njecter du poison dans la corne du rhinocéros. Le mélange toxique n’impacte pas l’animal mais provoquera des nausées, maux d’estomacs ou des diarrhées chez les gens qui consommeront de la poudre de corne. Dissuasif ? Cette solution n’a pas les faveurs du zoo de Peaugres en Ardèche. « Elle pose une question morale, celle d’empoisonner sciemment des consommateurs, parmi lesquels peut-être des enfants », y estime-t-on.

« Aux zoos de mettre les moyens »

« C’est encore une fois une solution qui suscite une opération sur l’animal, ajoute Charlotte Nithart. On doit impacter le moins possible la vie de ces animaux. » La seule option qui reste alors, pour la porte-parole de l’association Robin des bois, est le renforcement des dispositifs de sécurité des parcs zoologiques : « Ces structures prennent le risque d’avoir des animaux qui ont une valeur patrimoniale considérable, il faut qu’ils mettent les moyens en face pour les protéger. »

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La mort de Vince le rhinocéros n’est pas la première alerte à l’adresse des parcs zoologiques confrontés parfois à des vols d’espèces rares. Un bébé dragon de Komodo avait ainsi disparu en 2015 à la Ferme des crocodiles (Drome), de même que dix-sept singes rares au zoo de Beauval (Loir-et-Cher) la même année.

« Jusqu’à il y a peu encore, les dispositifs de sécurité étaient surtout conçus pour qu’aucun animal ne s’échappe, observe Charlotte Nithart. Il faut sortir de ce schéma. Les zoos doivent devenir de véritables coffres-forts. » Jusqu’à prévoir des gardes armés sur place ? La semaine dernière, interrogé par 20 Minutes, Thierry Duguet n’excluait pas cette possibilité.