Rhinocéros abattu à Thoiry: Enquête complexe pour retrouver les coupables

JUSTICE Une dizaine d’enquêteurs tentent d’élucider cette affaire hors-norme…

N. Se. avec AFP

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Les gendarmes mènent l'enquête au zoo de Thoiry, le 8 mars 2017.
Les gendarmes mènent l'enquête au zoo de Thoiry, le 8 mars 2017. — Christophe Ena/AP/SIPA

C’est une course contre la montre. Après la mort mardi de Vince, un rhinocéros du zoo de Thoiry, dans les Yvelines, les enquêteurs cherchent à retrouver au plus vite sa corne sciée et volée lors de cette attaque, inédite en Europe.

La dizaine d’enquêteurs de la brigade de recherches de la gendarmerie de Mantes-la-Jolie traite l’affaire « comme si c’était un meurtre d’humain », a souligné la commandante de compagnie. Une autopsie du rhinocéros a été réalisée mercredi 8 mars au parc de Thoiry par deux vétérinaires du zoo. Elle a permis d’extraire les trois balles de la tête du mammifère, tué dans la nuit de lundi à mardi. « Il s’agit d’un calibre 12, le calibre le plus commun » pour les fusils de chasse, a déclaré le parquet de Versailles.

Mais il est impossible de connaître avec précision l’heure de la mort, notamment en raison de l’épaisseur de la peau de l’animal et de l’absence de littérature sur l’évolution de la rigidité cadavérique post-mortem des rhinocéros.

Soupçons de réseau

« Tout est compliqué, c’est une affaire très, très particulière », a relevé l’enquêtrice. Les gendarmes ont inspecté le zoo jusque tard dans la soirée de mardi. Une enquête de voisinage a été lancée mais personne n’aurait entendu les coups de feu, alors que cinq membres du personnel habitent dans le parc.
Pour l’instant donc, pas de suspect, « mais ça ressemble à de la criminalité organisée », selon une source proche du dossier, citée par l’AFP. « Il y a probablement un réseau derrière » et « de fortes chances pour que la corne ait été vendue avant d’avoir été volée », « un petit peu comme avec les tableaux ». Le temps est compté. La corne risque de partir en Chine, « d’ici trois jours », craint cette source.

Les pays asiatiques, dont la Chine et le Vietnam sont très demandeurs de corne de Rhinocéros. La médecine traditionnelle y attribue toutes sortes de vertus, dont celles de guérir le cancer ou l’impuissance. Et ce trafic est particulièrement lucratif : la corne, faite de kératine comme les ongles humains, peut se vendre jusqu’à 60.000 dollars le kilo sur le marché noir, soit près de deux fois le prix de l’or. Celle de Vince, d’une longueur d’environ 20 cm, est estimée entre 30.000 et 40.000 euros.

Une affaire inédite en Europe

La mort de Vince a relancé la question de la sécurité dans les zoos, même si aucun précédent n’a eu lieu en Europe. Thoiry compte des dizaines de caméras mais aucune ne filme la maison où vivent les rhinocéros la nuit.
Au zoo d’Amnéville, en Moselle, qui abrite huit rhinocéros, le directeur confie avoir « blindé la zone de caméras et d’alarmes » depuis une alerte d’Interpol en 2011. « Et, depuis mardi, nous travaillons à augmenter la puissance du signal de ces alarmes pour que nos gardiens, où qu’ils se trouvent dans le parc, les entendent immédiatement. »

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Dans le Loir-et-Cher, le zoo de Beauval qui compte cinq rhinocéros blancs et quatre rhinocéros indiens, avait « déjà renforcé la sécurité » après le vol de petits singes rares en 2015, selon Delphine Delord, directrice de la communication.

Thoiry a reçu « des centaines d’appels de soutien du monde entier » depuis mardi. Et, selon son directeur, Thierry Duguet, les deux autres rhinocéros blancs du parc, Gracie, 37 ans, et Bruno, 5 ans, qui se trouvaient près de Vince lorsqu’il a été abattu, « n’ont pas l’air stressés et vont bien ».