«L’esprit du Grenelle, ce n’était vraiment pas ça…»

INTERVIEW Chantal Jaquet, porte-parole du WWF et responsable de l'atelier OGM de l'Alliance pour la planète, explique pourquoi le projet de loi sur les OGM est insuffisant...

Propos recueillis par Pierre Koetschet

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Un éleveur-agriculteur du Lot ayant semé du maïs transgénique s'est suicidé en se pendant à un arbre dans son champ de Girac, près de Bretenoux, où des manifestants anti-OGM avaient prévu d'organiser dimanche un pique-nique anti-OGM, a-t-on appris de source judiciaire.
Un éleveur-agriculteur du Lot ayant semé du maïs transgénique s'est suicidé en se pendant à un arbre dans son champ de Girac, près de Bretenoux, où des manifestants anti-OGM avaient prévu d'organiser dimanche un pique-nique anti-OGM, a-t-on appris de source judiciaire. — Jean-Pierre Muller AFP/Archives

Le gouvernement a présenté mercredi en conseil des ministres son projet de loi sur les OGM. Insuffisant pour Chantal Jaquet, porte-parole du WWF et responsable de l'atelier OGM de l'Alliance pour la planète, qui explique pourquoi.

Que pensez-vous du texte présenté par le gouvernement?
D’abord, nous saluons le fait qu’il y ait enfin un projet de loi, cela nous paraît normal. Mais le texte est insuffisant, et pas du tout conforme à l’esprit du Grenelle. Ce dernier avait été une réussite car il y avait eu une concertation. Nous avions l’impression que les choses avaient changé, qu’il y avait eu une rupture. Une fois le Grenelle terminé, il n’y a plus eu de concertation. Il y a beaucoup de dispositions dans ce projet de loi qui ne nous conviennent pas.

Lesquelles?
Nous souhaitons tout d’abord que soit inscrit dans le préambule la liberté de produire et de consommer sans OGM. C’est fondamental, car si moi, je cultive sans OGM, je ne pollue pas mon voisin, mais si je cultive des OGM, je contamine mon voisin. Les deux positions ne peuvent donc être placées sur un pied d’égalité. Nous souhaitons aussi qu’il y ait plus de transparence. Mais je pense que la FNSEA va faire pression pour que seule l’administration, et pas les citoyens soient au courant de l’emplacement des cultures OGM. Moi, je pense que tout citoyen a le droit de savoir si son voisin cultive des OGM. Si vous faites du bio, des AOC, vous avez le droit de savoir car cela peut tout changer pour vous.

Le texte prévoit tout de même une responsabilité des exploitants…

Oui, mais elle est très insuffisante. Nous estimons qu’elle doit être élargie. Cela ne peut pas simplement s’appliquer au champ voisin. Aujourd’hui, les règles en vigueur n’ont rien de scientifiques.

Le texte prévoit aussi une haute autorité, ce qui était une demande des associations…

Oui, effectivement, mais nous n’avons pas été consultés. Nous trouvons anormal que les semenciers y siègent. C’est anormal qu’ils aient le droit de vote alors qu’ils sont concernés financièrement.

Le gouvernement a expliqué qu’il était ouvert à toute proposition d’amendement du monde associatif. Vous comptez en proposer?
L’esprit du Grenelle, ce n’était vraiment pas ça… bien sûr, nous allons faire des amendements, qui ne vont pas être acceptés. L’administration bien française reprend le dessus. La grogne monte dans les associations.

Et que comptez-vous faire?
Nous allons faire du bruit. Nous allons essayer de mobiliser un maximum de citoyens.