Souffrance animale: Comment les éleveurs se défendent?

ANIMAUX France 5 diffuse ce mardi « La Fin de la souffrance animale », documentaire qui s’interroge sur le bien-être des animaux, de l’élevage à l’abattoir. Et en donnant la parole à la défense…

Fabrice Pouliquen

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Illustration d'un élevage de porcs, ici près de Rennes, en 2015.
Illustration d'un élevage de porcs, ici près de Rennes, en 2015. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

La souffrance animale se limite-elle aux abattoirs ? Médiatiquement oui, bien souvent. Les images de l’association L214, tournées en caméra cachée dans les salles de mise à mort d’abattoirs français, ont été largement reprises sur le web et ont provoqué des haut-le-cœur chez bon nombre de Français.

Frédérique Mergey prend de la hauteur dans La fin de la souffrance animale ?. Le documentaire sera diffusé ce mardi soir dans Le monde en face, sur France 5. Pour le coup, la réalisatrice a remonté toute la filière viande, à rebours, à travers le prisme du bien-être animal. D’abord les abattoirs, puis les transporteurs et enfin l’élevage intensif.

L’élevage intensif… la bête noire des ONG

Chaque année, un Français mange en moyenne 86 kilos de viande et 80 % des animaux consommés sont issus d’élevages intensifs. C’est la bête noire de L214. « Plus encore que les abattoirs », précise Frédérique Mergey à 20 Minutes. Les images chocs ne manquent pas là encore. La fin de la souffrance animale ? en compile quelques-unes : poussins broyés, poulets entassés, lapins couverts de crevasses à force de tenir sur des grillages et bien d’autres mutilations pour accroître la rentabilité des élevages.

Mais Frédérique Mergey ne s’arrête pas aux constats. Elle donne aussi la parole, et pas seulement aux ONG, souvent rompues aux techniques de communication, mais aussi à la défense : des directeurs d’abattoirs, des transporteurs, des éleveurs…

Les vidéos de L214 ? « Je n’y crois pas »

Serait ainsi venu le temps de communiquer. Côté éleveurs, ce désir est manifeste. Le 14 février, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) lançait une opération de communication intitulée « Les éleveurs respectent leurs animaux ». Anne-Marie Poupard, éleveuse de lapins dans le Maine-et-Loire, était l’une des agricultrices qui témoignait. Paul Auffray, éleveur de porcs dans les Côtes-d’Armor et président de la Fédération nationale porcine, lui, interviendra dans le débat qui suivra la diffusion du documentaire, sur le plateau de France 5.

Contactés par 20 Minutes, les deux éleveurs expliquent vouloir « rétablir la balance » et commencent par remettre en question les vidéos de L214. « Je n’y crois pas, impossible que ça se passe en France, il y a trop de contrôles », glisse la première, quand Paul Auffray, lui, décrit l’association comme « un groupuscule de type terroriste ». « En France, on est loin des "feed lots" américains [des parcs d’engraissement intensifs de bovins], clame-t-il. Les exploitations sont bien plus petites et bien plus soucieuses du bien être animal. »

Des décalages entre discours et pratiques ?

Pour les deux éleveurs, « maltraiter ses animaux de rente relève même de l’absurde ». « Un porc élevé dans de mauvaises conditions grandira moins vite, sera plus exposé aux maladies et, in fine, sera moins rentable pour nous éleveurs », illustre Paul Auffray.

>> Lire aussi: Scandale des abattoirs: «Les cadences sont si élevées que la bête qui résiste devient ton ennemi»

Frédérique Mergey pointe pourtant des contradictions entre les discours tenus et certaines pratiques. Les truies peuvent être maintenues de longs moments couchées sur le flanc, sans pouvoir bouger, juste vouées à nourrir leurs petits. Une directive européenne de 2008 stipule aussi que « les porcs doivent avoir accès, dans leur enclos, à des matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation, comme la paille, le foin, la sciure… Une directive souvent contournée par l’ajout d’un petit ballon dans l’enclos.

Qu’entend-on par bien être animal ?

Cynisme ? Frédérique Mergey ne le pense pas : « Ces éleveurs sont souvent sincères dans leur désir d’assurer le bien-être de leurs animaux ». C’est alors peut-être un problème de définition : qu’entend-on par bien-être animal quand on parle de bêtes destinés à la consommation ? « Le citadin fera le parallèle avec son animal de compagnie, note Paul Auffray. Moi j’ai des animaux de rentes. Entre 1.300 et 1.600 porcs que je ne peux laisser libres dehors. Vous imaginez la pagaille ? »

Le président de la Fédération nationale porcine ne nie pas la nécessité de poursuivre les efforts pour améliorer le bien-être de ces animaux. « Ce travail s’inscrit dans le temps, sur plusieurs années, estime-t-il, avant de prendre l’exemple du fameux ballon. « Nous travaillons à les remplacer par des cubes de pailles qui permettraient aux cochons de jouer comme de manger. »

Il y a comme un équilibre à trouver. L’agricultrice Nicole Sergent, interrogée par Frédérique Mergey, le résume en une phrase : « Que l’animal soit bien, mais dans des techniques rentables ». Elle veut bien laisser ces cochons à l’air libre, mais prévient que le coût sera plus élevé pour l’éleveur et donc pour le consommateur. « Sera-t-il prêt à payer la différence ? », demande-t-elle dans une moue dubitative.