Bure, dans la Meuse, la preuve qu'on ne sait pas gérer nos déchets nucléaires?

DECHETS RADIOACTIFS A Bure, dans la Meuse, la France projette d'enfouir à 500 mètres de fond ses déchets radioactifs les plus dangereux, nocifs sur des centaines de milliers d’années. C’était sans compter l’opposition des antinucléaires…

Fabrice Pouliquen

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Bure: Le site de stockage de déchets nucléaires  Le 01 juillet 2015.
Bure: Le site de stockage de déchets nucléaires Le 01 juillet 2015. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Bure, petit village de 80 habitants au beau milieu de la Meuse. Pas de centrale à l’horizon, mais c’est pourtant bien là que la filière nucléaire française joue son avenir. A Bure comme d’ailleurs dans la commune voisine de Mandres-en-Barrois où des antinucléaires occupent depuis l’été dernier le bois Lejuc, propriété de l’ Andra, l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

La décision du tribunal de Bar-Le-Duc, qui ordonnera ce mercredi matin l’expulsion ou non des antinucléaires, ne changera rien. Le bois Lejuc a déjà tout d’un nouveau Notre-Dame-des-Landes. Des cabanes au sommet des arbres, des recours en justice à tout va, des prétendants à l’Elysée qui veulent passer et un projet controversé estimé  25 milliards d’euros.

Enfouir sous terre des déchets hautement radioactifs

L’enjeu n’est pas tant de préserver les 220 hectares de forêt du bois Lejuc. C’est ce qui se trame en sous-sol qui inquiète les antinucléaires. A Bure, l’Andra veut enfouir les déchets les plus radioactifs de l’industrie nucléaire française, dans des conteneurs placés à 500 mètres de profondeur.

C’est le projet Cigéo. L’acquisition du bois Lejuc en fait partie. L’Andar souhaite y mener des analyses de terrains et des tests préalables à la demande d’autorisation de création de ce centre de stockage que l’agance déposera fin 2018. Cigéo, lui, pourrait ouvrir en 2025.

« Un projet d’intérêt national »

L’agence travaille depuis 1991 sur ce dossier, mandatée par le Parlement. L’Andra tient à cette précision. « Cigéo est un projet d’intérêt national. Nous ne sommes ni Areva, ni EDF mais bien un établissement public mandaté par le Parlement », y explique-t-on. Sa mission est de gérer les déchets issus de l’industrie nucléaire. Ceux de nos centrales pour l’essentiel. Un épineux problème, en particulier lorsqu’on évoque le cas des déchets les plus radioactifs et ceux dit « de longue vie ». « Ce n’est que 4 % du total des déchets nucléaires du parc français, mais ils représentent 99 % de la radioactivité de ce total, indique l’Andra. Surtout, ils sont nocifs sur des centaines de milliers d’années. »

Aujourd’hui, 50 % des déchets qui pourraient atterrir un jour à Bure ont déjà été produits. Ils sont entreposés pour la plupart à La Hague sur un site Areva. Cette solution est présentée comme sûre aujourd’hui, mais seulement sur une durée déterminée… Pas une centaine de milliers d’années.

Enfouir sous terre, la seule option ?

Le projet Cigéo serait alors une solution définitive pour ces déchets hautement radioactifs. Pourquoi à Bure ? La communauté de commune s’est portée candidate pour accueillir le laboratoire Cigéo et, derrière, le centre d’enfouissage. Surtout, le site dispose en sous-sol d’une couche salvatrice d’argile. « Elle est stable, elle sera toujours là dans 100.000 ans et elle présente des propriétés physiques et chimiques qui la rendent imperméable. »

Pas de quoi rassurer les antinucléaires. A commencer par le partiEurope-Ecologie-les-Verts qui prône pour un abandon du projet. Julien Bayou, porte-parole du parti, cite alors les déboires du « WIPP »,   un site d’enfouissement de déchets radioactifs issus de la fabrication des armes nucléaire, aux Etats-Unis. « Il a fermé en février 2014 après des fuites et on se rend compte qu’il faut dépenser des milliards pour aller rechercher sous terre ces conteneurs de déchets radioactifs. La solution d’enfouissement n’est pas mûre. »

En profiter pour sortir du nucléaire ?

Mais il n’y en aurait pas d’autres à ce jour, assure l’Andra. « En 1991, le Parlement nous avait demandé de travailler sur plusieurs alternatives, explique-t-on à l’agence. Réduire la toxicité des déchets dans le temps par exemple ou construire des entrepôts plus robuste. Seul le stockage profond s’est révélé être une solution efficace. »

« Eh bien attendons », dit-on à la Maison de la résistance de Bure, où les antinucléaires ont établi leur QG. « Nous avons encore une centaine d’années pour réfléchir à ce qu’on va faire de ces déchets nucléaires, observe Michelle, l’une des opposantes. La priorité est bien plus de prendre conscience que la filière nucléaire est incapable de gérer ses déchets aujourd’hui… Et qu’il faut donc en sortir. »