«Il est trop tard pour refroidir la planète»

ENVIRONNEMENT Blocage à Bali sur la question des objectifs de diminution des gaz à effet de serre... Presque un faux-problème dit Frédéric Denhez à 20minutes.fr

Recueilli par Catherine Levesque

— 

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé lundi à New York les dirigeants du monde à une action immédiate contre le "défi sans précédent" du réchauffement climatique, affirmant qu'il seront jugés à cette aune par les générations futures.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé lundi à New York les dirigeants du monde à une action immédiate contre le "défi sans précédent" du réchauffement climatique, affirmant qu'il seront jugés à cette aune par les générations futures. — Anne Chaon AFP/archives

Frédéric Denhez est auteur de l’Atlas du réchauffement climatique (nouvelle édition), éditions Autrement.

Comment voyez-vous l’issue de la conférence de Bali?
Comme toutes les conférences, elle vise surtout à maintenir l’attention du public sur le réchauffement climatique et à responsabiliser les politiques, ce qui est utile. Et comme il s’agit d’une conférence mondiale, il faut des objectifs à l’échelle de la planète, impossibles à respecter. C’est la sempiternelle course à la diminution des émissions de gaz à effet de serre, alors que ni la technologie, ni les décisions socio-économiques ne le permettent.

L’essentiel, c’est de commencer à adapter nos sociétés au dérèglement climatique déjà en marche. La baisse des émissions de CO2 n’est pas le fait de l’Etat, mais du marché, tandis que l’adaptation de notre agriculture, de notre urbanisme, etc. au réchauffement, relève du politique et implique de s’inscrire dans la durée.

Est-il trop tard pour refroidir la planète?
Oui ! Si l’on stoppait maintenant toute émission de gaz à effet de serre, la température ne se stabiliserait que vers 2300, compte tenu de l’inertie du système climatique. En France, le climat méditerranéen pourrait être généralisé durant l’été à tout le territoire d’ici à 2100.

Comment s’adapter au réchauffement climatique?
Le climat change plus vite que les sociétés ne sont capables de le faire. Il faut désormais envisager une société confrontée à des espèces qui ne sont plus les mêmes, à des ressources en eau, une fertilité des terres et une organisation des saisons différentes…

Il faut adapter les routes et les voies de chemin de fer en conséquence, recentrer l’habitat sur des villes plus denses pour limiter les déplacements et parce qu’on résiste mieux à la chaleur dans une ville bien conçue que dans une maison isolée à la campagne. Il faudra peut-être s’inspirer des règles d’urbanisme qui prévalent dans les villes du Maghreb et du bassin méditerranéen.

Y a-t-il des aspects positifs au changement climatique?
D’un point de vue philosophique, il nous oblige à nous interroger sur l’adéquation entre notre mode de vie, notre modèle économique et notre environnement, ce qui est positif en soi. Paradoxalement, la réduction des gaz à effet de serre peut donner un coup de fouet à l’économie, ce qui ne va pas l’inciter à changer son dogme surconsommateur fondateur que, justement, l’adaptation de nos sociétés remet de facto en cause. Il y aura évidemment des régions gagnantes et des régions perdantes.

Les hautes latitudes vont être de plus en plus vivables (on peut imaginer des vignobles ou des champs de céréales dans le sud de la Scandinavie) et la modification des pratiques agricoles devrait redonner à la campagne française l’aspect qu'elle avait dans les années 1930, plus fermé, avec des haies, des prairies, une polyculture. Et moins de hêtres, aussi, voire plus du tout. La vraie catastrophe serait en fait de ne pas adapter nos sociétés à un climat pour lequel elles n’ont pas été conçues.

Le réchauffement climatique peut-il déclencher une guerre civile mondiale comme l’ont affirmé certains experts?
Il y a des dangers évidents, mais les risques sont difficiles à mesurer. Le réchauffement va accentuer ce qui existe déjà : plus de pauvres, moins de combustibles fossiles, une migration des zones côtières devenues invivables vers l’intérieur et des mouvements vers le Nord ou l’extrême Sud, notamment en Afrique. Cela se voit déjà à travers le conflit du Darfour, avec la conquête des dernières terres arables.  
A chaque réchauffement climatique, il y a migration d’animaux et d’hommes. Mais nos sociétés sécuritaires accepteront-elles ces mouvements migratoires?