«Tant que Bush est là, les Etats-Unis ne voudront pas avoir des objectifs contraignants »

INTERVIEW Anne Bringault, directrice des Amis de la terre, croit à l’utilité de la conférence de Bali...

Propos recueillis par Pierre Koetschet

— 

Les Etats-Unis, seul pays développé à ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto sont dans la ligne de mire des activistes qui n'hésitent pas à les qualifier de «meurtriers de la planète».
Les Etats-Unis, seul pays développé à ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto sont dans la ligne de mire des activistes qui n'hésitent pas à les qualifier de «meurtriers de la planète». — REUTERS
Anne Bringault, directrice des Amis de la terre, croit à l'utilité de la conférence de Bali.

Qu’attendez-vous de la conférence de Bali?

Nous attendons des engagements forts pour que la hausse de température ne dépasse pas les 2 degrés celsius. Au-delà, ce serait catastrophique. Pour cela, il y a plusieurs axes. Nous voulons un engagement fort pour la réduction des gaz à effet de serre, par exemple de 30% d’ici à 2020. Il faudrait aussi un financement de l’adaptation pour les pays du sud. Il faut que les pays du nord, qui ont principalement contribué au réchauffement climatique, financent les coûts liés à l’adaptation des pays du sud: avoir une agriculture viable en cas de sécheresse, un programme de récupération des eaux de pluie… Nous attendons aussi des engagements forts sur la déforestation, un sujet qui a beaucoup été évoqué à Bali, et à juste titre: la déforestation cause entre 18 et 25% des émissions de gaz à effet de serre.

Pensez-vous que les participants à la conférence vont réussir à signer un accord?
C’est vrai que c’est difficile. L’Europe joue un rôle moteur, il faut le signaler. L’Australie vient de ratifier Kyoto. Le problème, ce sont les Etats-Unis, qui n’ont de toute évidence pas envie d’avoir des objectifs contraignants. Et cela risque d’être le cas tant qu’on est avec l’administration Bush.

Si les Etats-Unis ne signent pas l’accord, comme ce fut le cas à Kyoto, ce genre de conférence sert-il à quelque chose?
C’est toujours utile, ne serait-ce que pour donner la parole à tous les pays que l’on n’a pas l’habitude d’entendre. Le représentant des Etats-Unis a autant de temps de parole que celui d’un petit pays africain. Même s’il n’y a pas de prise de décision, on voit bien que cela occupe une certaine place dans les médias. Après, aux Etats-Unis, le changement peut venir de l’intérieur, de tous les Américains qui sont maintenant conscients du réchauffement climatique.