Faut-il passer par la récompense ou le jeu pour mettre les Français au tri?

DECHETS Yoyo lance un nouveau système de collecte à Lyon le 9 février. L’idée? Offrir des bons de réductions en échange de sacs remplis de bouteilles en plastique vide. Yoyo n’est pas la seule à exploiter le filon…

Fabrice Pouliquen
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De plus en plus de startup passent par le jeu et les récompenses pour mettre les Français au tri.
De plus en plus de startup passent par le jeu et les récompenses pour mettre les Français au tri. — F. Pouliquen / 20 Minutes

« Si nous attendons que la conscience environnementale gagne toutes les couches de la population, la pollution au plastique sera considérable », lance Eric Brac de La Perrière. Pour accélérer les choses, cet ancien directeur d’Eco-Emballages a fondé Yo-Yo.

Le 9 février à La Duchère, un quartier populaire de Lyon, et un peu plus tard dans un quartier du centre de Bordeaux, la start-up inaugurera un nouveau système de collecte des bouteilles en plastique promettant des récompenses aux ménages qui trient.

Des réductions sur les places de foot, le ciné, les spectacles…

Le concept est déjà testé depuis plusieurs semaines dans ces deux quartiers où la collecte des déchets est peu efficace. Le principe est simple : « Vous repérez d’abord un coach près de chez vous sur notre plateforme web, commence Eric Brac de La Perrière. Le "coach", c’est un commerçant, un gardien d’immeuble, mais ça peut aussi être vous. Il donne les sacs et distille les conseils sur le tri. »

A Bordeaux et à Lyon, un sac Yoyo rempli de sacs en plastique vous fera gagner des points en vue de glaner des réductions en tout genre.
A Bordeaux et à Lyon, un sac Yoyo rempli de sacs en plastique vous fera gagner des points en vue de glaner des réductions en tout genre. - Photo Yo Yo

Aux trieurs ensuite de remplir ces sacs de bouteilles en plastique et de les rapporter aux coachs. « Ces sacs seront badgés indiquant à Yoyo que nous pouvons venir les chercher. Le trieur et le coach se verront, eux, accréditer des points qui leur donneront droit à des réductions. » Comptez deux à trois sacs Yoyo remplis pour obtenir ces petits cadeaux. Des réductions dans les cinés Pathé, sur les transports, les accès au stade – nous avons un partenariat avec l’Olympique Lyonnais-, sur des spectacles, sur l’achat de produits éco-responsables…

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Les quiz de la poubelle intelligente Canibal

Actuellement, seuls 20 % des déchets plastiques sont recyclés en France, le reste finissant à la décharge ou à l’incinération. Récompenser les trieurs pourrait améliorer ce taux. Yoyo n’est pas la seule start-up à y avoir pensé.Canibal exploite aussi ce filon avec sa poubelle intelligente qui reconnaît et trie les gobelets en plastique et en carton, les canettes ou encore les bouteilles, le tout en interagissant avec celles et ceux qui lui déposent un déchet. Ça commence par un quiz, puis un jeu de type machine à sous se déclenche avec, à la clef, possiblement des bons d’achats ou des cafés gratuits.

En trois ans, Canibal a essaimé 150 de ses poubelles intelligentes en France. Dans des sièges sociaux d’entreprises, dans les cuisines de l’hôtel Le Meurice à Paris, au lycée Janson de Sailly, ou sur le campus de Telecom Paris Tech. Dans l’école d’ingénieurs, qui écluse 30.000 gobelets par mois, la poubelle Cannibal est juste à côté de la machine à café depuis plusieurs années. Ce jeudi, il y avait encore beaucoup d’étudiants à confier ne l’avoir jamais remarquée. Ou d’autres encore à y déposer leur gobelet sans chercher à jouer. « Pas le temps tout simplement », glisse en coup de vent Emmanuel. Les quiz sont aussi très enfantins et, jeudi, la machine ne semblait n’avoir que deux questions en stock. Bof !

Des gobelets quasi jamais recyclés

Christian, employé à la cafétéria de Telecom Paris Tech, se veut tout de même rassurant. « Des étudiants y jouent régulièrement, fait-il remarquer. Parfois, cela se transforme même en concours. Ils vont jusqu’à ramasser les gobelets jetés dans les mauvaises poubelles pour augmenter leur chance de gagner des réductions. »

Pour Benoît Paget, le fondateur de Canibal, c’est déjà ça de pris. « Nous collectons 20 millions de gobelets chaque année sur nos 150 poubelles, assure-t-il. Aujourd’hui, on évalue à 5 milliards le nombre de gobelets consommés chaque année en France. Une infime partie est recyclée, le reste est incinéré ou enfoui sous terre. »

Court-circuiter les centres de tri

Les gobelets collectés par Canibal sont transformés en balles de plastiques par la startup puis expédiés à des partenaires pour en faire des produits finis : matériaux isolants, imprimante 3D, poubelles…

Yoyo a aussi ce souci d’éviter les centres de tri classique. « Déjà parce que cela revient à faire des kilomètres à nos bouteilles en plastique, ce qui est peu écologique, raconte Eric Brac de La Perrière. Celles collectées à Lyon sont expédiées à Beaune et celles ramassées à Bordeaux vont du côté de Bayonne, à chaque fois chez des transformateurs de plastique. »

Yoyo espère collecter entre cinq et dix millions de bouteilles en plastique collectées en 2017. « Nous projetons d’être dans cinq villes d’ici la fin de l’année », indique son fondateur. Canibal, de son côté, veut doubler le nombre de ses poubelles intelligentes en 2017 et rêve de s’installer dans les gares.