La France sans nucléaire, c'est possible dès 2050

SOCIETE Si elle ne reporte plus les mesures indispensables...

20 Minutes avec AFP
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La centrale nucléaire de Cattenom (Moselle).
La centrale nucléaire de Cattenom (Moselle). — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Se passer du nucléaire, mais aussi consommer moins d' énergie, c’est possible. Les énergéticiens de l’association négaWatt persistent et signent dans leur vision de la transition énergétique française d’ici 2050, mais appellent désormais à ne plus reporter les mesures indispensables.

« La transition est déjà engagée. […] Aujourd’hui la France va dans la bonne direction mais il va falloir sérieusement accélérer la cadence », prévient Christian Couturier, président de négaWatt, en présentant à la presse la dernière version de son « scénario » à 2050 pour la France.

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Des « résistances au changement »

NégaWatt rassemble depuis 2001 une vingtaine d’experts et ingénieurs spécialistes de l’énergie, qui défendent un modèle énergétique plus sobre et un remplacement progressif du nucléaire et des énergies fossiles par les renouvelables.

Comme lors de sa précédente version en 2011, ce nouveau scénario « réaliste », selon ses auteurs, confirme que la France pourrait presque totalement se passer d’énergies fossiles et nucléaires en 2050, grâce à une division par deux de sa consommation d’énergie et à une mutation des transports, de l’ industrie ou du bâtiment.

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Les experts de l’association se sentent confortés par l’accord international sur le climat ou la loi sur la transition énergétique en France. Mais si le contexte paraît désormais plus favorable, l’association juge que les ambitions françaises sont freinées par des « résistances au changement », notamment sur le diesel ou le nucléaire, et des mesures concrètes « loin des ambitions ».

Le « risque, au vu des positions tenues par certains candidats à l’élection présidentielle », est que « les acquis » des politiques mises en place ces dernières années « soient remis en cause », prévient Yves Marignac, porte-parole de négaWatt.

La même qualité de vie

A ceux que cette vision pourraient inquiéter car source de sacrifices par rapport à notre mode de vie actuel, « ce n’est pas parce qu’on baisse la consommation qu’on réduit la qualité de vie et du bien-être, c’est exactement l’inverse », répond Thierry Salomon, le vice-président de négaWatt.

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Rénover correctement un logement permettrait de diviser par trois sa consommation d’énergie et utiliser des appareils électriques et des équipements plus performants engendrerait encore de nouvelles économies. Les transports en commun et les solutions de déplacement partagé devront prendre le dessus sur la voiture individuelle, prône aussi l’association.

Sobriété

Le secteur industriel devra aussi se transformer pour s’adapter à la fin de la surconsommation de l’obsolescence programmée, des nouveaux besoins dans le bâtiment ou les transports, et pour utiliser plus de matières premières recyclées.

Ce changement vers un modèle plus sobre et plus efficace permettra aux énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, biogaz) de couvrir 100 % de la consommation d’électricité et presque 100 % de la consommation d’énergie.

NégaWatt confirme ainsi sa vision d’une France sans nucléaire dès 2035, avec la fermeture progressive de ses 58 réacteurs. Ce qui va beaucoup plus loin que la loi sur la transition énergétique de 2015, qui prévoit de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2025.

Ces évolutions ne feront appel « qu’à des technologies aujourd’hui suffisamment matures » et « disponibles à temps », assure l’association mais elles nécessitent des mesures de soutien au financement de la rénovation des logements, une fiscalité écologique comme un prix du carbone, etc.