La biodiversité veut donner de la voix

ENVIRONNEMENT La prise de conscience sur l’érosion galopante de la biodiversité est moins forte que sur le réchauffement...

Catherine Levesque

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Du Mexique à l'Amazonie, la savane gagne sur la forêt en Amérique latine et la désertification s'étend. Sous l'effet des sécheresses à venir, la salinisation et la désertification des terres agricoles menacent la sécurité alimentaire du continent, selon le rapport des experts sur les impacts du changement climatique publié vendredi à Bruxelles.
Du Mexique à l'Amazonie, la savane gagne sur la forêt en Amérique latine et la désertification s'étend. Sous l'effet des sécheresses à venir, la salinisation et la désertification des terres agricoles menacent la sécurité alimentaire du continent, selon le rapport des experts sur les impacts du changement climatique publié vendredi à Bruxelles. — Antonio Scorza AFP/Archives

Les 5e journées de l’Institut français de la biodiversité (IFB) se déroulent à Tours jusqu’à jeudi sur le thème «Changement global, biodiversité et écosystèmes : vers quels services écologiques ? Un thème crucial alors que les scientifiques tentent de mettre en place l’équivalent du Giec (Groupe intergouvernemental sur l’évolution climatique) sur la biodiversité.

Pourquoi la biodiversité peine à se faire entendre
«Le Giec est parvenu à faire passer le message sur l’importance du changement climatique. C’est une réussite scientifique », a déclaré mardi Paul Leadley, professeur d’écologie à l’université Paris Sud), lors de la conférence d’ouverture des 5e journées de l’IFB, à Tours.

Si chacun s’émeut en apprenant qu’une espèce disparaît en moyenne toutes les vingt minutes, la prise de conscience n’en reste pas moins beaucoup moins forte sur l’érosion galopante de la biodiversité que sur les changements climatiques, et ce en France comme aux Etats-Unis.

Selon Paul Leadley, le succès du Giec repose sur une bonne présentation des modèles et des données scientifiques, ainsi que sur l’honnêteté des climatologues quant aux incertitudes de leurs conclusions. De plus, le rapport Stern est allé jusqu’à estimer les coûts du réchauffement si l’on n’agissait pas… et si l’on agissait. Or, il est apparu qu’il serait bien moins coûteux d’agir que de ne rien faire.

Désaccords et certitudes
Pour l’heure, la communauté scientifique a échoué à faire entendre son expertise sur la biodiversité. Pire encore, les chercheurs ne sont pas tous d’accord quand l’un des leurs, par exemple, affirme que 15 à 37% des espèces sont condamnées d’ici à 2050. Une chose est sûre cependant : on peut quantifier l’impact de la perte de la biodiversité sur le fonctionnement d’un écosystème, laquelle perte induit une perte dans les services rendus par la nature. Par services, entendez médicaments, pollinisation, matières premières (voir la note de Robert Barbault sur le blog Grenelle).

L’« Evaluation des écosystèmes pour le millénaire », réalisée par 1.360 experts à la demande de l’ONU en 2000, considère pour sa part que 60 % des services fournis par les écosystèmes sont déjà dégradés ou surexploités.

Climat, biodiversité : tout est lié
Il est impératif de parvenir à la cohérence et à la clarté dans ce domaine pour convaincre les politiques de prendre des mesures, et ce d’autant plus que la perte de la biodiversité joue aussi sur l’évolution du climat. La destruction des forêts tropicales libère d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère, ce qui augmente l’effet de serre. Plus localement, elle modifie directement le climat : dans une forêt tropicale naturelle, les pluies sont chaudes et régulières. Dans une forêt mitée par les coupes, les nuages sont beaucoup plus froids…

L’érosion de la biodiversité nous empêcherait de surcroît de nous adapter à une modification importante du climat. Bref, le serpent qui se mord la queue…

L’IMoSEB en route
L’équivalent du Giec s’appelle pour l’heure IMoSEB (Mécanisme mondial d’expertise scientifique sur la biodiversité). Mi-novembre, les 80 membres de son comité de pilotage, réunis à Montpellier, ont appelé les gouvernements à les rejoindre dans ce processus, où l’IFB peut jouer un rôle central. Une conférence internationale est envisagée fin 2008, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), afin de fixer les modalités de création de cet organisme international. Elle pourrait avoir lieu en France.

Groupement d’intérêt scientifique, l’IFB rassemble 17 membres, dont l’Inra, le CNRS, l’Inserm, le Cirad, l’IRD, les ministères de l’Ecologie, de l’Agriculture, de la Recherche, des Affaires étrangère, le WWF, FNE,