VIDEO. Comment communiquent les cachalots? Un plongeur veut décrypter leur langage

NATURE François Sarano, océanographe et plongeur professionnel, a lancé une vaste étude du langage des cachalots…

Audrey Chauvet - vidéo sous-titrée par Fanny Peton

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Un cachalot.
Un cachalot. — Caters News Agency/SIPA

Ils s’appellent Eliot, Delphine ou Vanessa et François Sarano peut parler d’eux pendant des heures. « Eliot est un explorateur, je l’aime particulièrement », confie le plongeur qui s’est pris de passion pour ces cachalots lors de plongées à l’Ile Maurice et se lance aujourd’hui, avec son association Longitude 181, dans un programme « géant, à leur image » : comprendre le langage des cachalots.

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Pas de dictionnaire français-cachalot

L’objectif n’est pas de faire un dictionnaire humain-cachalot mais plutôt d’explorer les capacités cognitives des cétacés. « En plongeant avec eux, je me suis rendu compte qu’ils avaient chacun une personnalité », explique François Sarano. Avec Eliot, son chouchou, il a vécu une expérience inoubliable : « Il est venu au-devant de moi et pendant huit minutes nous avons échangé par la danse : je tournais sur moi-même, il m’imitait, je baissais la tête, il faisait la même chose… Puis en analysant le film de cet échange, je me suis rendu compte qu’il avait aussi essayé de communiquer avec moi par des sons. »

A partir de cette découverte, François Sarano s’est lancé, avec le consentement des autorités mauriciennes, dans une étude des « clics » émis par le clan de cachalots qu’il suit au large de l’Ile Maurice : « Ces clics ont deux fonctions : percevoir l’environnement qui les entourent, par écholocation, et communiquer selon des rythmes codés. On connaissait la série classique des cinq clics à la suite, qui existe chez tous les cachalots du monde, mais dans ce clan on utilise plutôt des séries de 2+6 clics. Cela pourrait signifier que chaque population de cachalots a son propre "patois" », explique le plongeur. Plus encore, chaque individu pourrait avoir une signature sonore, à l’instar des dauphins. « La nouveauté de mon travail consiste à ajouter de l’image aux sons pour voir à qui on a affaire. »

Images : Longitude 181

Faire la part de l’acquis et de l’inné

Qui dit langage dit culture. Et les cachalots ne dérogent pas à la règle. François Sarano a reconstitué une matrice des relations sociales de ce clan, qu’il voudrait croiser avec une étude génétique afin de déterminer ce qui, du lien social ou du patrimoine génétique, détermine les affinités entre les cétacés. « C’est une société matriarcale dans laquelle les femelles restent dans le clan et allaitent les petits, que ce soit le leur ou celui d’une autre femelle. Les mâles, eux, quittent le clan lorsqu’ils arrivent à la maturité sexuelle. Mais on ignore comment ils communiquent avec des cachalots qui n’ont pas été élevés avec le même langage. »

François Sarano aimerait aussi étudier la manière dont les cachalots explorent le monde qui les entoure, comme le fait son chouchou Eliot : « Il s’intéresse à autre chose qu’au monde des cachalots », sourit le plongeur qui aimerait que les humains aient la même curiosité. « Dans la nature, le côtoiement pacifique est la règle. Quand j’arrive dans l’eau avec humilité, respect et les oreilles ouvertes pour l’écouter, l’animal n’a aucune raison de fuir. Il faudrait transposer cette attitude dans notre société humaine pour découvrir la richesse de la différence. »

>> Pour rencontrer François Sarano et en apprendre plus sur l’étude du langage des cachalots, son association Longitude 181 sera présente au salon de la plongée à Paris, du 6 au 9 janvier.