Traverser la Manche en sous-marin à pédales: «On déplace 3 tonnes à la force des mollets»

INTERVIEW Deux jeunes ingénieurs veulent traverser la Manche en pédalant dans un sous-marin…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Michael de Lagarde et Antoine Delafargue vont traverser la Manche en sous-marin à pédales.
Michael de Lagarde et Antoine Delafargue vont traverser la Manche en sous-marin à pédales. — Projet Poisson Pilote

C’est un défi un peu fou que se sont lancés deux jeunes ingénieurs : traverser la Manche dans un sous-marin à pédales. Antoine Delafargue et Michael de Lagarde se sont lancés dans le projet Poisson Pilote avec l’espoir de réaliser leur rêve à l’été 2017. Pour cela, ils ont conçu le plus petit sous-marin de croisière jamais construit et s’entraînent maintenant à pédaler pendant une semaine complète. Avant leur conférence ce mercredi à l’Institut océanographique, Antoine Delafargue nous explique comment il s’est lancé dans cette aventure.

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Comment est née l’idée de traverser la Manche dans un sous-marin à pédales ?

C’était un rêve d’enfant. J’ai toujours eu envie d’explorer la Manche car j’ai grandi à côté et c’est une mer qu’on connaît peu. Quand je suis devenu ingénieur, je me suis dit que j’avais la compétence pour concrétiser ce projet et ainsi de partager ma passion pour l’ingénierie et la sobriété énergétique. Il a fallu plusieurs années de travail pour concevoir ce sous-marin.

Concrètement, comment se passera cette traversée ?

La traversée prendra une semaine. C’est assez lent car on déplace un poids de 3 tonnes à la seule force des mollets. Nous avons déjà fait des tests en lac à Biscarosse pour une plongée de 24 heures et à Plymouth en mer pendant deux jours et nous allons encore faire des tests dans la Manche avant de nous lancer à l’été 2017. Le sous-marin est conçu pour pouvoir passer trois semaines dedans, dans des conditions très sommaires puisqu’il ne permet de disposer que de 2 mètres cube pour 2 personnes, ce qui est plus exigu que toutes les capsules spatiales et sous-marins qui existent.

Avez-vous un autre objectif que le défi technique et sportif ?

Nous avons l’ambition d’acquérir des images des fonds de la Manche de façon pour montrer au grand public à quoi ils ressemblent. Nos partenaires de la station marine de Dinard et du Muséum national d’histoire naturelle pensent que nous pouvons collecter des informations intéressantes sur les habitats du fond de la Manche, sur la présence de déchets et sur les traces de chalutage. Ces données seraient inédites.

La Manche est une mer très fréquentée par l’homme pour la pêche et le transport. Souhaitez-vous faire un état des lieux des dégâts que cela provoque ?

C’est surprenant mais il y a une biomasse importante dans la Manche, c’est une mer très fertile. Elle est aussi très fréquentée et nous allons notamment enregistrer le bruit des fonds pour étudier la pollution sonore. Nous allons pouvoir photographier les marques de chaluts qui impactent les habitats naturels. Mais nous ne voulons pas tomber dans la caricature et faire des photos de tas d’ordures. Simplement rester objectifs sur l’état de cette mer.