Pic de pollution: Comment font Londres, Berlin ou Milan pour ne pas étouffer?

ENVIRONNEMENT Paris et les grandes villes françaises pourraient s’inspirer de leurs voisines européennes…

Audrey Chauvet

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Milan lors d'une journée sans voiture.
Milan lors d'une journée sans voiture. — LUCA BRUNO/AP/SIPA

Tous égaux face à la pollution. Dans les capitales européennes, les pics de pollution se suivent et se ressemblent. Alors que Paris traverse actuellement son plus long épisode de pollution atmosphérique, avec la mise en œuvre controversée de la circulation alternée depuis ce mardi, comment font nos voisins européens pour résoudre le problème de la pollution atmosphérique ?

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A Londres, un péage urbain

Les Britanniques l’appellent la « congestion charge », ou « taxe embouteillage ». Instauré en 2003, ce péage urbain, d’un montant de 11,5 livres sterlings par jour (soit environ 13,5 euros), doit être acquitté par les automobilistes souhaitant se rendre dans l’hypercentre de Londres entre 7h et 18h du lundi au vendredi. Les motos et les véhicules électriques ou émettant moins de 100g de CO2 par kilomètre sont exemptés de cette taxe.

Un panneau indiquant l'entrée dans la zone de la
Un panneau indiquant l'entrée dans la zone de la - Jacob Carter/REX/REX/SIPA

Le bilan des dix ans du péage londonien est toutefois plus positif pour les finances de la capitale britannique, qui a empoché 1,4 milliard d’euros, que pour la qualité de l’air : le trafic dans le centre a baissé de 15 % mais les embouteillages y persistent en raison de la création de couloirs de bus. La circulation s’est également dégradée en périphérie de la zone taxée. Résultat : la qualité de l’air ne s’est pas améliorée dans l’agglomération londonienne. Le maire de la ville, Sadiq Khan, a annoncé cette semaine un doublement du budget municipal consacré à la lutte contre la pollution atmosphérique.

 

A Milan, l’accès limité aux véhicules les moins polluants

Le centre historique de Milan est, depuis 2008, une zone « à trafic limité ». Les véhicules ne peuvent y entrer que s’ils respectent certaines normes d’émissions de polluants et en s’acquittant d’une taxe. Les règles de l’« Area C » sont strictes : tous les véhicules diesel mis en service avant le 1er janvier 2006 et les plus anciens véhicules essence (norme Euro 0) ont l’interdiction totale d’entrer dans la zone, les autres devant s’acquitter d’une taxe de 5 euros par jour s’ils entrent dans la zone entre 7h30 et 19h30. Les deux-roues et les voitures électriques ne sont pas concernés.

Les résultats sont là : durant le premier trimestre 2015, le nombre de voitures ayant accédé au centre historique de Milan a diminué de près de 30 % par rapport au début 2011. Les concentrations de particules fines PM10 ont chuté de 38 % entre 2010 et 2014. Des pics de pollution se produisent toujours mais dans ce cas, la mairie de Milan n’hésite pas à employer les grands moyens : en décembre 2015, l’entrée dans la ville a été totalement interdite à tous les véhicules pendant trois jours.

A Berlin, une vignette pour entrer dans la zone verte

La capitale allemande, qui subissait des concentrations de polluants encore plus élevés que Paris il y a quelques années, s’est dotée en 2008 d’une grande « zone verte » dans laquelle ne peuvent entrer que les voitures dotées d’une vignette. Cette « Umweltzone » a une taille équivalente à la totalité de la ville de Paris et englobe un million d’habitants. Elle est délimitée par le tracé du « S-Bahn », le train périphérique de la ville.

La
La - Ville de Berlin

Seules les voitures ayant une pastille verte peuvent entrer dans la « Umwelt zone » : ce sont les voitures diesel mises en circulation après le 1er janvier 2006 et les moteurs essence correspondant au moins à la norme Euro I. Cette vignette coûte entre 5 et 15 euros, et les amendes en cas de fraude peuvent atteindre 80 euros. L’effet de cette mesure a été très efficace pour la pollution aux particules fines : alors qu’en 2008, 42 % des grandes voies de Berlin dépassaient le seuil de pollution aux particules fines PM10, il n’y a plus que 27 % des rues berlinoises qui sont aujourd’hui concernées. Les résultats sont moins bons pour le dioxyde d’azote, qui dépasse encore les limites dans trois axes berlinois sur quatre.