Pollution: Suppression du diesel, zones d'exclusion... La circulation alternée n'est pas la seule solution

ENVIRONNEMENT La circulation alternée décrétée tardivement à Paris n'est que moyennement respectée et n'a pas d'impact sur la réduction à long terme de la pollution aux particules fines...

Anissa Boumediene

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Paris connaît le pic de pollution le plus long et le plus intense depuis ces dix dernières années.
Paris connaît le pic de pollution le plus long et le plus intense depuis ces dix dernières années. — M.ASTAR/SIPA

C’est le pic de pollution hivernale le plus long et le plus intense qu’ait connu Paris ces dix dernières années. Et si la circulation alternée est reconduite ce jeudi dans la capitale, son impact est faible, d’autant qu’elle est assez peu respectée par les automobilistes.

Résultat : un épais nuage de particules fines flotte au-dessus de Paris.

Pas très réjouissant quand on connaît leur impact sur la santé. « Les articules fines sont à l’origine de maladies cardiovasculaires, respiratoires, métaboliques (diabète), neurodégénératives (Alzheimer), elles sont cancérigènes et les femmes enceintes qui y sont exposées ont des risques d’avoir des enfants autistes ou qui naissent avec un retard de croissance », énumère Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste des maladies liées à la pollution atmosphérique à l’Inserm. Alors que faut-il faire pour enfin en finir avec la pollution atmosphérique ?

Agir en amont

Cause principale de la pollution en ville : l’automobile. Et en cas depic de pollution, l’une des mesures d’urgence consiste à instaurer la circulation alternée. « Le problème, c’est que lorsqu’elle est décrétée alors que le pic de particules fines est déjà atteint, c’est inefficace, c’est trop tard, regrette Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE). Elle évite d’ajouter du mal au mal : la pollution augmente moins lentement mais elle ne baisse pas. Dans ces conditions, cela permet au mieux d’éviter 15 à 20 % des émissions de particules fines ». Pour réduire durablement la pollution atmosphérique, « il faut agir en amont, recommande-t-il. La circulation alternée préventive pourrait alors être envisagée. »

Pour Isabella Annesi-Maesano, « seule l’action combinée des pouvoirs publics, des industriels et constructeurs automobiles, mais aussi des citoyens, permettrait de réduire durablement la pollution aux particules fines. Il faut une prise de conscience collective du grand public, des investissements et des sanctions de la part de l’Etat, des collectivités et de l’Europe, qui autorise aujourd’hui des seuils de particules fines bien supérieurs à ceux de l’OMS, et des industriels qui respectent enfin la législation en matière d’environnement. »

« Eliminer le diesel »

Mais concrètement, la mesure la plus urgente pour réduire durablement et efficacement la pollution atmosphérique, c’est « éliminerle diesel, préconise Isabella Annesi-Maesano. Il contient des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), classés cancérigènes, et est responsable de 80 % des nanoparticules, qui sont les plus fines et les plus dangereuses pour la santé. Rien ne permet de les filtrer, elles passent toutes les barrières, au point de traverser la membrane de nos cellules. »

« Le gouvernement doit subventionner l’achat de véhicules propres, poursuit-elle. A long terme, c’est le développement de la recherche sur les véhicules propres, solaires ou à hydrogène, qui permettra de changer la donne. Mais cette technologie-là n’est pas pour demain. »

Favoriser la « modulation des transports »

En attendant, faut-il, comme à Londres, instaurer un péage urbain ? « C’est d’une efficacité très modérée en plus d’engendrer une injustice sociale, tranche Benoît Hartmann, de la FNE. Il s’agit plus d’une taxe que seuls les riches payent pour avoir le droit de circuler en ville dans leurs voitures polluantes. Or en ville, on est confronté à un cocktail de pollutions, donc il faut un cocktail de solutions ». Ce qu’il faut, c’est « favoriser la modulation des transports, prescrit Benoît Hartmann. Pour se rendre au travail, les Français sont encore très attachés à la voiture. Pour leur faire changer leurs habitudes, il faut leur proposer une alternative efficace et compétitive pour leurs déplacements domicile-travail. La priorité, c’est de développer destransports en commun fiables, efficaces et peu chers. » Une alternative à associer avec « la construction de parkings relais et le développement de l’autopartage », complète-t-il.

Autant de solutions qui « favoriseront la création de zones à faibles émissions » qui, pour Isabella Annesi-Maesano et Benoît Hartmann, « doivent être multipliées ». Déjà développées à Stockholm, Rome ou encore Berlin, ces zones à circulation restreinte (ZCR) permettent de libérer les centres-villes des véhicules les plus pollueurs. A Paris, la nouvelle vignette antipollution «  Crit’air » sera obligatoire début 2017 et servira à constituer des ZCR. Un système à plusieurs couleurs en fonction du niveau de pollution du véhicule.

En clair, « si vous avez une voiture électrique, vous pourrez rouler librement partout et tout le temps, décrypte Benoît Hartmann. En revanche, les véhicules les plus polluants (dits « non classés ») ne pourront plus rouler dans Paris de 8h à 20h en semaine. »

Autre solution : « décaler ses heures d’arrivée et de départ du travail, suggère-t-il. Le télétravail est aussi une alternative à développer ». Mais là, ce sont les employeurs qu’il va falloir convaincre.