Victimes de la mode, les chiens de race sont malades de leur physique

ANIMAUX Certaines races de chiens ont des tares génétiques à force de sélectionner les plus « beaux » spécimens…

Audrey Chauvet

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Un carlin.

Un carlin. — CATERS NEWS AGENCY/SIPA

Combien pour le petit chien dans la vitrine ? Plusieurs centaines d’euros pour un chien de race commune, un peu moins de 1.000 euros pour une race « à la mode ». Comme pour les vêtements et les sacs à main, il y a des modes dans les races de chiens, souvent venues des starlettes qui posent avec leur « it-dog » ou de phénomènes sur le Web, comme «  Doug the pug » et ses 2,3 millions d’abonnés sur Instagram. De quoi donner des idées de cadeaux de Noël à certains : les animaux proposés à l’adoption par la SPA les 10 et 11 décembre pourraient être concurrencés par les chiens « fashion » des élevages.

 

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Une photo publiée par Paris Hilton (@parishilton) le 29 Oct. 2016 à 14 h 48 PDT

Des races « hypertypées »

Chihuahuas, carlins et bouledogues sont des races en vogue : les molosses ont vu leur nombre exploser en France ces dix dernières années, ce qui n’est pas allé sans causer de tort aux animaux. « Quand il y a une mode pour une race, certains éleveurs sont moins rigoureux sur la sélection des géniteurs parce qu’il faut produire beaucoup d’animaux », déplore Jean-François Courreau, professeur de génétique à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort.

Dans les élevages, les individus reproducteurs sont choisis avec soin, mais leur beauté et leur conformité aux critères de la race priment sur leur santé. Ainsi, pour les carlins, bouledogues ou boxers, « génération après génération, on a raccourci leur face pour qu’elle soit la plus plate possible en sélectionnant des reproducteurs aux faces de plus en plus courtes », explique Jean-François Courreau. Pour leur progéniture, cela peut représenter un grave danger : « Cet hypertype [accentuation de traits morphologiques à l’extrême] modifie complètement les voies respiratoires supérieures et induit des handicaps avec des conséquences cardio-vasculaires », poursuit le professeur de génétique.

publié par FPE20minutes

Une impasse génétique ?

Le problème est bien connu : plus de 600 maladies génétiques ont été répertoriées chez les chiens de race. En 2008, un documentaire de la BBC avait révélé le problème au grand public mais rien n’a changé du côté des organismes délivrant les pedigrees, comme le Kennel club en Angleterre ou la Société centrale canine (SCC) en France. Le vétérinaire Thierry Bedossa, président de l’Alliance française canine, milite pour la réécriture des standards de races : il faudrait « tenir compte du dossier médical et comportemental des chiens reproducteurs tout au long de leur vie », estime-t-il. « Les anomalies génétiques pourraient alors s’infléchir en une dizaine d’années », assure-t-il, notamment en croisant des races proches comme le dogue argentin et le bouledogue pour restaurer la diversité génétique.

Cette solution mènerait inévitablement à une perte de « perfection » de la race. Or, « la vente de l’animal se fait sur sa morphologie, c’est la beauté qui prime dans les concours, et même si la SCC incite à faire des dépistages et à être vigilant sur la qualité génétique des champions, les éleveurs sont libres de faire ce qu’ils veulent », ajoute Jean-François Courreau, de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. De plus en plus d’éleveurs assurent effectuer des tests ADN sur les chiens avant de les choisir comme reproducteurs. Mais cela présente aussi le risque, en diminuant le nombre d’individus pouvant se reproduire, d’accentuer encore la consanguinité. « Une impasse génétique » pour le docteur Malik Feraoun, vétérinaire dans le 16e arrondissement de Paris : « Ce serait techniquement possible de réenrichir le patrimoine génétique de certaines races mais cela les exposerait à l’apparition d’autres tares ».

Une vie sous assistance médicale

Cette sélection par l’homme des types morphologiques chez les chiens ne date pas d’hier. Les races ont d’abord été définies par leur fonctionnalité : chiens de chasse, de berger, de combat… Depuis la fin du XIXe siècle, les critères esthétiques ont pris le dessus, conduisant à des aberrations : « Les bouledogues anglais d’aujourd’hui ont un crâne trop large pour sortir du ventre de leur mère, donc il est impossible de les faire naître sans césarienne et leurs caractéristiques physiques ne sont pas compatibles avec une vie sans assistance médicale », explique Thierry Bedossa.

Chien de race ou bâtard ?

Pour ceux qui veulent acquérir un chien sans contribuer à cette sélection à outrance, « il faudrait un label rouge, sourit Françoise Lemoine, secrétaire du groupe d’étude en reproduction, élevage et sélection de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (AFVAC). Actuellement, le cahier des charges des races est insuffisant pour être sûr que les éleveurs ont bien fait les tests destinés à s’assurer que les parents sont les plus sains possible ». Pour les chiens à la mode, on risque aussi de tomber sur des animaux importés illégalement dans des conditions plus que douteuses : la RSPCA, l’équivalent de la SPA outre-Manche, a alerté ce mercredi sur la recrudescence du trafic d’animaux à l’approche de Noël.

Faut-il faire une croix sur le chien « fashion » et simplement adopter un brave corniaud ? « Les bâtards sont moins exposés aux maladies génétiques que les chiens à pedigree, mais le sont tout autant aux maladies infectieuses », rappelle la vétérinaire. Offrir un chien à Noël, c’est donc une décision qui devrait se mûrir sérieusement, rappellent les associations de protection des animaux qui redoutent que ces achats compulsifs ne se transforment en abandons dès le premier couac de santé ou les premières vacances d’été.