Du Morvan à nos salons, d’où viennent les sapins de Noël?

REPORTAGE Où poussent-ils ? Quel âge ont-ils ? Comment s’appellent-ils ? On vous dit tout sur les sapins de Noël…

Audrey Chauvet

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Un épicéa est coupé le 1er décembre 2016 pour devenir un sapin de Noël, dans le Morvan.
Un épicéa est coupé le 1er décembre 2016 pour devenir un sapin de Noël, dans le Morvan. — A.Chauvet/20Minutes

De notre envoyée spéciale dans la Nièvre

Ils ont grandi à l’ombre d’une forêt de sapins de Douglas élancés, au beau milieu des collines du Morvan. Ils ont lentement poussé, ont été taillés pour avoir une forme conique parfaite, et ont rejoint dès le début décembre les rayons de fêtes des magasins. Frédéric Naudet, le plus gros producteur de sapins de Noël en France, a envoyé cette année 400.000 arbres dans toute la France : « Ce ne sont pas des petits lutins qui vont couper les sapins dans la forêt, c’est un vrai travail d’horticulture de faire du sapin de Noël », sourit-il.

Frédéric Naudet, producteur de sapins de Noël dans le Morvan, le 1er décembre 2016.
Frédéric Naudet, producteur de sapins de Noël dans le Morvan, le 1er décembre 2016. - A.Chauvet/20Minutes

Le Nordmann, un succès venu du Caucase

Producteur de sapins de père en fils, Frédéric Naudet exploite 500 hectares en plein cœur du Morvan, région d’origine d’un sapin sur 5 vendu en France. Il y fait pousser des sapins Nordmann, en majorité, mais aussi des épicéas, espèce autochtone en France, et des variétés moins courantes. « Le Nordmann est une espèce qui vient du Caucase et qui a été choisie pour les sapins de Noël car il perd ses épines très lentement », explique Frédéric Naudet. Le Nordmann, qui représente aujourd’hui 72,8 % des ventes de sapins en France, n’est arrivé dans les plantations qu’il y a une cinquantaine d’années. Si les Danois l’ont présenté comme un sapin « de chez eux », cet arbre ne pousse en réalité naturellement que dans les régions caucasiennes.

Une plantation de sapins de Noël dans le Morvan, le 1er décembre 2016.
Une plantation de sapins de Noël dans le Morvan, le 1er décembre 2016. - A.Chauvet/20Minutes

Les pépiniéristes achètent les graines de Nordmann en Géorgie ou en Russie puis les élèvent pour en faire de jeunes plants qui, à l’âge de 4 ans, sont plantés chez les horticulteurs : « Nous plantons 7.000 à 8.000 plants à l’hectare, poursuit Frédéric Naudet. Chaque année, on prélève des sapins : la première année, on prend des petits, entre 80cm et 1m, qui laissent ainsi de la place aux autres pour grandir. L’année suivant, on prend des plus grands, et ainsi de suite. Une parcelle est entièrement exploitée en 4 ans et les sols sont ensuite mis au repos pendant une saison. »

Des rangs de sapins de Noël, dans le Morvan, le 1er décembre 2016.
Des rangs de sapins de Noël, dans le Morvan, le 1er décembre 2016. - A.Chauvet/20Minutes

 

Votre sapin a entre 10 et 15 ans

La culture du sapin de Noël demande beaucoup de patience : après la plantation, il faut compter 5 à 10 ans pour que les sapins soient prêts à partir en magasin. Un sapin de Noël qui arrive dans le salon pour les fêtes est donc âgé de 10 à 15 ans. Ce jeudi, premier jour de décembre, ce sont des épicéas d’une dizaine d’années qui clôturent la saison de la coupe : ces arbres supportent un peu moins bien la vie hors-sol que leurs cousins caucasiens et doivent donc être coupés plus tard pour rester fringants dans les rayons.

Les sapins de Noël sont mis en filets avant d'être expédiés, le 1er décembre 2016, dans le Morvan.
Les sapins de Noël sont mis en filets avant d'être expédiés, le 1er décembre 2016, dans le Morvan. - A.Chauvet/20Minutes

« J’emploie une soixantaine de saisonniers qui coupent plusieurs centaines de milliers de sapins en 3 semaines », chiffre Frédéric Naudet. Chaque jour, de la mi-novembre au début décembre, entre 30 et 50 camions partent du village de Planchez-en-Morvan pour livrer toute la France.

Les sapins de Noël sont prêts à être expédiés, le 1er décembre 2016, dans le Morvan.
Les sapins de Noël sont prêts à être expédiés, le 1er décembre 2016, dans le Morvan. - A.Chauvet/20Minutes

Trois sapins sur dix seront achetés dans les grandes surfaces : « Nous les étiquetons pour que les consommateurs sachent d’où ils viennent », explique Frédéric Naudet. Nouveauté cette année : un « label rouge » pour les sapins de Noël atteste de leur fraîcheur. Pour l’obtenir, un sapin ne doit pas avoir été coupé avant le 21 novembre. En revanche, très peu de sapins « bio » à l’horizon : « Il n’y a pas de demande pour cela », estime Frédéric Naudet, qui reconnaît utiliser des engrais « classiques ». Un seul producteur en France, dans l’Ariège, s’est lancé dans la certification bio. Mais d’autres pourraient lui emboîter le pas si les cas de pollution des eaux par les pesticides, comme cela a été le cas dans le Morvan, se multiplient.

Le sapin naturel a toujours la cote : il s’en vend chaque année 5,3 millions en France. Pour la planète, un sapin naturel vaudra toujours mieux qu’un sapin en plastique : il évite la consommation d’hydrocarbures, absorbe du CO2 pendant sa croissance et, après Noël, pourra être transformé en copeaux ou en compost. A condition de bien le jeter : des collectes sont organisées dans de nombreuses villes pour recycler les sapins défraîchis.

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