Marie-Monique Robin: «Emmener ses enfants en voiture à l’école, c’est ringard!»

INTERVIEW Son premier film au cinéma, consacré au village d’Ungersheim en Alsace, sort ce mercredi…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

— 

La journaliste Marie-Monique Robin.
La journaliste Marie-Monique Robin. — Solène Charrasse

Un vétérinaire qui se reconvertit dans le maraîchage bio, une cadre commerciale qui endosse le bleu de travail pour participer à la construction d’un éco-hameau, une sage-femme qui se transforme en boulangère bio… C’est l’effet Ungersheim. Cette ville du Haut-Rhin a entamé une transition écologique qui lui a permis de devenir presque totalement autonome en énergie et en alimentation. C’est pour montrer que cette transition est possible, ici et maintenant, que la journaliste Marie-Monique Robin, auteur du Monde selon Monsanto, est allée tourner son premier film pour le cinéma à Ungersheim. Qu’est-ce qu’on attend ? sort en salles le 23 novembre.

Pourquoi avoir fait d’Ungersheim le sujet unique de votre film ?

J’ai fait le tour du monde pour mon documentaire précédent mais ce qui se passe dans cette petite ville française de 2.200 habitants est unique au monde. Ils ont mis en place un programme de transition qui au début était plutôt social puis qui s’est orienté vers l’écologie à partir de la mise en place de panneaux solaires sur le toit de la piscine municipale.

>> A lire aussi : Ungersheim, le village qui vise l’autonomie énergétique

Le personnage principal de votre film est le maire du village. C’est son action qui a été décisive pour faire basculer les comportements ?

Le rôle des élus locaux est sous-estimé. C’est parce que le maire avait cette volonté, qu’il a su convaincre et être pédagogue, que ça a marché. Il parvient à mettre d’accord des gens qui n’avaient pas des positions conciliables à la base, par exemple des agriculteurs intensif et des bios. Je voulais que ce film soit un hommage aux élus locaux inspirés et courageux, et également qu’il montre que nous avons besoin de politiques au sens noble, ceux qui travaillent pour la cité. Face au désamour généralisé pour la politique, ça fait du bien de se dire qu’il y a des élus qui ne pensent pas qu’à leur réélection.

Le maire d’Ungersheim dit que c’est en montrant l’exemple que l’on convainc, mais ce qui se passe dans une petite ville de 2.000 habitants est-il reproductible à l’échelle d’une grande ville ou d’un pays ?

Bien sûr ! On peut faire exactement la même chose dans une grande ville. Toronto, au Canada, peut couvrir 60 % de ses besoins en denrées périssables grâce à son programme d’agriculture urbaine. Pourquoi ne pas imaginer des panneaux solaires sur tous les toits de Paris et des éoliennes en ville ? Il faut juste une vraie volonté politique.

Pour les habitants d’Ungersheim, la transition semble s’être faite sans sacrifices. Est-ce si facile que ça ?

Ils n’ont renoncé à rien et ont une qualité de vie extraordinaire. Ils sont à la pointe en termes d’énergie, ne mangent que du bio, payent leur eau moins cher qu’avant, et leurs impôts locaux n’ont pas augmenté ! Pour eux, c’est le top. Les enfants sont très contents d’avoir deux chevaux qui les emmènent à l’école, ils permettent d’économiser l’équivalent de fioul nécessaire pour parcourir 5.000kms par an. Et ce n’est absolument pas un retour dans le passé. C’est d’emmener ses enfants en voiture à l’école qui est ringard !

Ils semblent aussi très liés les uns aux autres, c’est cette transition qui a permis de créer du lien social ?

Oui, c’est un projet de vie collectif qui les a tous transformés individuellement et qui a vraiment tissé du lien social. Nous vivons dans un monde très fragmenté où beaucoup de gens souffrent de solitude et de tels projets sont un vrai remède. Lors des projections, les spectateurs réagissent avec beaucoup d’émotion au film car ils sentent que la transition est possible et bénéfique pour eux et pour la planète.