COP22: Donald Trump peut-il remettre en cause l’Accord de Paris?

CLIMAT L’élection de Donald Trump inquiète les délégués internationaux à la COP22 de Marrakech…

Audrey Chauvet

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Donald Trump à la descente de son avion, le 4 novembre 2016.
Donald Trump à la descente de son avion, le 4 novembre 2016. — John Minchillo/AP/SIPA

Quelques semaines avant l’ouverture de la COP22 à Marrakech, personne ne prenait réellement au sérieux l’hypothèse de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. La 22e conférence des Nations unies sur le climat s’est ouverte le 7 novembre, deux jours avant les résultats du scrutin américain. Depuis l’élection de Donald Trump, la communauté internationale redoute un revirement des Etats-Unis sur ses engagements pour le climat, et le spectre d’une sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris, signé l’année dernière lors de la COP21 et qui doit mener le monde vers une trajectoire de +2°C, plane sur la ville rouge.

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« Même le plus grand sceptique doit reconnaître qu’il se passe quelque chose »

C’est dire si l’arrivée du secrétaire d’Etat américain John Kerry était attendue. Ce mercredi, il a pris la parole pour rappeler l’urgence de l’action climatique, faisant une allusion au « plus grand sceptique » visant clairement Donald Trump : « Le monde change déjà à un rythme de plus en plus alarmant. A un moment, même le plus grand sceptique doit reconnaître qu’il se passe quelque chose. »

A la fin de son discours, John Kerry, qui avait signé l’Accord de Paris pour les Etats-Unis au siège de l’ONU avec sa petite-fille sur les genoux, a évoqué « ceux qui sont au pouvoir partout dans le monde, y compris dans mon pays », leur demandant « au nom de milliards de personnes, d’aller voir par eux-mêmes avant de faire des choix irréversibles » : « Parlez aux chefs d’entreprise qui veulent investir dans les énergies du futur, consultez les économistes sur le coût de l’inaction, parlez aux agriculteurs qui s’inquiètent de leur capacité à vivre de leur activité, et surtout consultez les scientifiques qui ont dédié leur vie à ce défi et dont tout le travail serait vain si nous n’agissions pas. »

Trois issues à l’Accord de Paris

C’est néanmoins sur le thème de la sécurité intérieure, cher à Donald Trump, que John Kerry a choisi de s’adresser plus directement à lui : « Depuis le début de cette COP, une élection a eu lieu dans mon pays, a poursuivi le secrétaire d’Etat. Beaucoup sont inquiets pour le futur, je le comprends. Mais j’ai appris que certains problèmes sont différents quand on est au pouvoir et quand on est en campagne. Le changement climatique est un problème pour nos leaders militaires au Pentagone qui savent que c’est un multiplicateur de menaces et qu’il exacerbe les tensions dans le monde. C’est un problème pour nos services de renseignements qui ont rédigé un rapport sur les menaces liées au changement climatique pour les Etats-Unis. »

Malgré les discours -celui de John Kerry comme celui de François Hollande ce mardi qui a rappelé que l’Accord de Paris était « irréversible »- les juristes traquent les différents moyens qu’aurait Donald Trump pour en faire sortir les Etats-Unis, soit le second plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète.

L’article 28 de l’accord stipule qu’un pays qui voudrait le dénoncer devrait respecter un délai de trois ans après son entrée en vigueur, le 4 novembre 2016. Cela mènerait donc au 4 novembre 2019, soit près de la fin du mandat de Donald Trump.

Une solution « pragmatique »

Mais une solution plus rapide existe : il suffirait aux Etats-Unis de sortir de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) pour se défaire de tout accord. Cette CCNUCC est le programme qui rassemble 195 pays et qui organise les COP chaque année depuis 22 ans. Mais « un retrait [des Etats-Unis] aurait un impact négatif sur la diplomatie américaine », estime le Centre pour les lois environnementales internationales (Ciel).

Reste une méthode bien plus « pragmatique » qui pourrait plaire à Donald Trump : simplement ne pas appliquer les engagements pris par les Etats-Unis dans l’Accord de Paris. Aucune sanction n’étant prévue, le pays ne prend aucun risque. Sauf celui de faire reculer le monde entier en créant un effet d’entraînement : la Chine et les Etats-Unis, qui représentent à eux seuls 38 % des émissions mondiales à effet de serre, se suivent de très près dans leurs engagements contre le réchauffement climatique.

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