Pourquoi la récolte de miel est catastrophique en France cette année?

ABEILLES Les abeilles françaises ont pâti du climat…

Audrey Chauvet

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Jean-Baptiste Maillard, apiculteur dans le Gers.
Jean-Baptiste Maillard, apiculteur dans le Gers. — A.Chauvet/20Minutes

Les abeilles n’ont pas passé un bon été. Après un printemps pluvieux et une saison estivale très sèche, les ruches ont donné peu de miel : d’après l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), la récolte 2016 ne dépassera pas les 9.000 tonnes, encore moins qu’en 2014 qui était considérée comme la pire année pour les ruches françaises, et beaucoup moins qu'en 2015 dont la récolte avait atteint les 20.000 tonnes. Dans toutes les régions, les récoltes sont en baisse de 60 à 80 % par rapport à 2015. La Bretagne est la seule à s’en sortir un peu mieux, avec tout de même des récoltes en baisse de 50 % par rapport à l’année dernière pour les miels toutes fleurs.

« Sans soutien, c’est la mort de l’apiculture »

« Cette année, les conditions climatiques se sont surajoutées aux problèmes récurrents de l’apiculture que sont les intoxications et le manque de diversité de la végétation », explique Henri Clément, porte-parole de l’Unaf. La santé des colonies d’abeille n’est donc pas pire que l’année dernière, mais 2016 n’a pas permis aux ouvrières de butiner à leur faim : les ressources en nectar ont été quasi nulles pour les acacias, la lavande et le thym. ll n’y avait pas non plus grand-chose à tirer des châtaigniers et des sapins : la récolte de miel de forêt a été très irrégulière et jamais abondante, constate l’Unaf.

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Pour les 2.000 apiculteurs professionnels et les quelque 3.000 autres qui vivent principalement de leurs ventes de miel, l’année risque donc d’être compliquée. « Nous avons demandé au ministère de l’Agriculture la reconnaissance de l’état de calamité agricole pour l’apiculture car beaucoup d’exploitations vont avoir du mal à subsister », explique Henri Clément. Une demande qu’appuie Vincent Michaud, PDG de Famille Michaud Apiculteurs, premier producteur de miel en France et en Europe. « Sans soutien, c’est la mort de l’apiculture », alerte-t-il.

Miel de luxe ?

Les abeilles risquent aussi d’avoir du mal à passer l’hiver à cause des attaques de frelons, qui frappent maintenant les trois quarts du territoire français, mais surtout à cause de la dégradation de leur environnement : « Aujourd’hui, le taux de mortalité dans les ruches est d’environ 40 % alors que dans les années 1990 il n’était que de 5 % », chiffre Vincent Michaud. En cause, les pesticides et les maladies liées au varroa, un parasite capable de tuer une ruche entière.

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Pour le consommateur, il sera toujours possible de trouver du miel français en rayons mais à un prix sûrement plus élevé que l’année dernière. Chez Famille Michaud, les stocks faits sur la récolte 2015, plutôt bonne, permettront d’approvisionner les clients encore en 2017. Mais le cru 2016, déjà rare, va devoir passer au crible des tests de qualité de l’entreprise : « Cette année, les apiculteurs ont dû nourrir les ruches avec des sirops et pour nous, cela signifie que 50 % des miels français ne seront pas conformes à nos exigences », explique Vincent Michaud. Les importations, qui représentent déjà 16.000 tonnes de miel vendues en France, devraient en profiter : « Il y a des très bons miels partout dans le monde, reconnaît Henri Clément, mais nous avons des soupçons de fraudes pour les miels venant d’Asie ». Plus que jamais, il va falloir lire attentivement les étiquettes avant de faire ses tartines.