Dégazage au-dessus de Fontainebleau: Des impacts encore incertains sur la forêt

ENVIRONNEMENT Ce dimanche, un avion d’Air France a largué des tonnes de kérosène au-dessus de la forêt de Fontainebleau…

Audrey Chauvet

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La forêt de Fontainebleau.
La forêt de Fontainebleau. — BRETON YVES/SIPA

Les coureurs du dimanche ont eu une mauvaise surprise ce dimanche matin : un Boeing 777-200 d’Air France a largué des tonnes de kérosène au-dessus de la forêt de Fontainebleau. Ce dégazage au-dessus d’un site naturel protégé a étonné et choqué les riverains.

Est-ce une pratique autorisée ?

Oui, mais uniquement dans les cas d’atterrissage imprévu. Selon la réglementation, un avion ne peut atterrir avec la même masse qu’au décollage : il doit être plus léger. Or, lorsqu’un problème technique survient peu après le décollage et que l’avion doit revenir se poser en urgence, il doit délester et la seule solution est de larguer du carburant. Cette pratique exceptionnelle est autorisée à certaines conditions : l’avion doit être à une altitude de plus de 2.000 mètres et maintenir une vitesse d’environ 500km/h pour que le kérosène se vaporise avant de toucher le sol. Pour les aéroports parisiens, le dégazage ne peut avoir que dans des zones non urbanisées situées à environ 80 kilomètres de Paris. Dans le cas du Boeing d’Air France, la compagnie a assuré que la vidange avait été faite « dans le cadre de la procédure, un appareil ne pouvant se poser s’il est plein, et avec accord du contrôle aérien ».

Quelles conséquences pour l’environnement ?

D’après Aéroports de Paris, la pulvérisation du kérosène provoquée par la vitesse de vol de l’appareil permet l’évaporation de 90 % du carburant dans l’atmosphère. Des « processus photochimiques » produisent alors de la vapeur d’eau et du dioxyde de carbone, précise Aéroports de Paris (ADP). Le laboratoire d’ADP doit ensuite se rendre sur les lieux du dégazage « pour y recueillir des prélèvements sur les végétaux aux fins d’analyse chimique ». ADP assure que les 10 % de kérosène qui retombent au sol s’évaporent ou se dégradent naturellement en fonction de l’hygrométrie et de la température du sol. Il n’y aurait donc pas une concentration de kérosène au sol assez forte pour engendrer une pollution ou une intoxication, ajoute ADP.

Néanmoins, l’Office national des forêts (ONF), qui gère la forêt de Fontainebleau, est moins optimiste : « Il y aura sûrement des effets négatifs sur la forêt mais nous ne sommes pas encore en mesure de savoir lesquels. Nos agents vont faire des analyses et des études », indique l’office ce lundi matin.

Quelles conséquences pour la santé ?

Même incertitude que pour les impacts sur l’environnement : ADP assure que la quantité minime qui reste sur les sols (quelques milligrammes par mètre carré) ne peut pas causer d’intoxication. Une étude réalisée sur des pêcheurs espagnols ayant participé au nettoyage des côtes après une marée noire avait montré que l’exposition à des résidus d’hydrocarbures avait des effets négatifs sur la santé, notamment des problèmes respiratoires. Dans le cas de la forêt de Fontainebleau, l’exposition serait bien moindre mais il faudra attendre les analyses du laboratoire d’ADP et des agents de l’ONF pour connaître les véritables impacts de cette pollution.