Les villes de demain seront-elles sans voitures?

TRANSPORTS La « Journée sans voiture » à Paris ouvre-t-elle la voie à un futur sans gaz d’échappement ?...

Audrey Chauvet

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Paris lors de la journée sans voitures, en septembre 2015.
Paris lors de la journée sans voitures, en septembre 2015. — PATRICK KOVARIK/AFP

Paris sans le bruit et l’odeur. Ce dimanche, la capitale est partiellement fermée à la circulation automobile pour la journée annuelle « sans voiture » qui pourrait préfigurer la ville du futur : moins de circulation, plus de transports en commun, des pistes cyclables… Le 21e siècle sera-t-il celui de la disparition des voitures individuelles dans les villes ? « Dans les hyper-centres des villes, la piétonnisation des rues est devenue extrêmement courante mais elle ne répond pas au véritable enjeu, qui est de réduire la circulation dans toute la ville : il vaut mieux enlever 20 % des voitures dans 100 rues que 90 % dans trois rues », explique Olivier Razemon, auteur de Comment la France a tué ses villes (éd. Rue de l’Echiquier).

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« La voiture autrement »

Ceux qui rêvent d’une ville débarrassée de tout bruit de moteur risquent donc d’être déçus : les voitures feront encore longtemps partie du paysage urbain, mais « leur usage va changer », estime Olivier Razemon. Alors qu’aujourd’hui, 4 trajets en voiture sur 10 font moins de 3km dans les agglomérations françaises, la voiture pourrait être utilisée de manière plus judicieuse pour « des trajets longs, pour transporter des choses lourdes ou emmener plusieurs personnes », note Olivier Razemon. La voiture pourrait aussi s’intégrer dans une stratégie de déplacements incluant les transports en commun, le covoiturage, le vélo…

« L’avenir de nos villes, ce n’est pas autre chose que la voiture mais la voiture autrement », résume Olivier Blond, président de l’association Respire, qui lutte contre la pollution atmosphérique. « Regardez le succès des plateformes de covoiturage : la conception de la voiture est en train de changer. Avec le développement de l’auto-partage, des voitures autonomes, des alternatives non polluantes, le vieux modèle de la voiture individuelle utilisée par une personne seule est en train de décliner », estime-t-il.

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Contrainte ou alternatives ?

Cela n’empêche pas que les grandes villes soient encore embouteillées et que la qualité de l’air pâtisse de la circulation. « Il faut des contraintes pour que les habitudes changent », assure Olivier Razemon. Pas un péage urbain, comme cela a été fait à Londres, ni des règles de circulation drastiques, comme à Milan, mais « une réduction de l’espace public dédié à la voiture », recommande l’auteur. En diminuant le nombre de places de parking en ville par exemple : « Il faut modifier l’espace public au profit des déplacements à vélo ou à pied », explique-t-il. « Imaginez les rues de Paris sans les doubles voies de parking, renchérit Olivier Blond. On pourrait créer des espaces de convivialité, des parcs, et même du foncier. C’est à ça que pourrait ressembler la ville de demain, avec des transports en commun efficaces pour les heures de pointe et des voitures autonomes et écologiques. »

Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes », estime au contraire que ce n’est pas par la contrainte qu’on pourra réduire la circulation dans les villes, mais « par l’attrait » : « Les gens qui utilisent leur voiture en ville le font parce qu’ils n’ont pas d’alternative satisfaisante, pas pour le plaisir d’être dans les bouchons, estime-t-il. Il faut développer l’offre de transports en commun, créer des parkings relais surveillés et gratuits et fluidifier la circulation en augmentant le nombre de voies sur les périphériques ou les autoroutes contournant les villes. » La voiture ne disparaîtra pas demain de nos villes, mais imaginer que ce ne soit plus elle qui modèle l’espace urbain serait déjà une révolution.