Les éléphants d'Afrique vont-ils disparaître d'ici 10 à 20 ans?

FAUNE Le nombre d’éléphants en Afrique a chuté de manière drastique, en particulier à cause du braconnage…

Laure Cometti

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Un éléphant dans la réserve Maasai Mara au Kenya, le 13 juillet 2016.
Un éléphant dans la réserve Maasai Mara au Kenya, le 13 juillet 2016. — CHINE NOUVELLE/SIPA

L’éléphant est de plus en plus menacé en Afrique, dans les forêts comme dans la savane. Un recensement et une étude scientifique publiés mercredi dressent cet inquiétant constat. L’extinction des pachydermes en Afrique aurait de graves conséquences pour l’économie et l’écologie du continent. 20 Minutes fait le point.

Combien d’éléphants reste-t-il en Afrique ?

A priori, moins de 500.000 spécimens. Pendant des mois, des scientifiques et des défenseurs des éléphants ont survolé 18 pays africains, à bord de 81 avions. Ils ont dénombré 352.271 éléphants, soit 30 % de moins par rapport à la population estimée de 2007. Ce projet pharaonique a été financé par le cofondateur de Microsoft Paul Allen, reconverti dans la philanthropie.

Un avion chargé de recenser les éléphants de la savane africaine, en juillet 2014 au Bostwana.
Un avion chargé de recenser les éléphants de la savane africaine, en juillet 2014 au Bostwana. - Great Elephant Census/AP/SIPA

Paul Allen souhaite désormais financer un recensement pour les éléphants de forêt en Afrique centrale. Plus difficiles à compter du fait de leur habitat, ces pachydermes sont eux aussi menacés : ils étaient environ 500.000 en 1993, ils n’étaient plus que 100.000 en 2013, au Cameroun, au Gabon, en Centrafrique ou au Congo, selon une étude scientifique de la Colorado State University.

« Ce recensement confirme nos craintes », affirme Christine Sourd, directrice adjointe biodiversité, espèces, patrimoine à WWF France. « Si rien n’est fait, les éléphants pourraient disparaître dans certaines régions d’ici 10 à 20 ans ». Cette « photographie précise » de la population animale est utile, d’autant que le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature ( UICN) s’ouvre ce jeudi à Hawai, avant une conférence des Etats membres de la convention internationale sur le commerce des espèces en danger, ou  CITES, à Johannesburg (Afrique du Sud) fin septembre.

« Ces chiffres sont d’autant plus préoccupants que l’éléphant a un cycle de reproduction long, surtout l’espèce qui vit dans les forêts », souligne Céline Sissler-Bienvenu, directrice d’IFAW (Fonds international pour la protection des animaux), de retour du Bostwana. Les femelles ne commencent à se reproduire qu’à partir de l’âge de 20 ans, et ne donnent naissance que tous les 5 ou 6 ans. Dans la savane, elles se reproduisent dès 12 ans, avec un petit tous les 3 ou 4 ans. Il faudrait au moins 90 ans pour que les éléphants de forêt récupèrent des pertes liées au braconnage, selon l’université du Colorado.

Pourquoi sont-ils menacés ?

Le braconnage, la destruction de leur habitat et l’extension des activités humaines sont les principales causes de leur déclin. « Même si on réussissait à enrayer le braconnage, les éléphants seraient toujours menacés par ce facteur plus sournois qu’est l’aménagement du territoire par l’homme », note Céline Sissler-Bienvenu. Selon IFAW, le braconnage n’épargne aucun pays d’Afrique. Pire, il a pris de l’ampleur, orchestré par des réseaux de crime organisé.

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Le trafic mondial de l’ivoire et de la corne de rhinocéros représenterait un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dollars. Les éléphants d’Afrique, mâles ou femelles, ont tous des défenses, contrairement à leurs cousins d’Asie. Or la Commission européenne souhaite assouplir l’embargo mondial sur le commerce de l’ivoire, selon une note publiée le 1er juillet. Selon Bruxelles, cet embargo n’est plus justifié dans des pays où le nombre d’éléphants est en hausse. Or « le marché légal de l’ivoire permet de blanchir l’ivoire illégal », déplore Céline Sissler-Bienvenu. Autrement dit, ces marchés, même encadrés, permettent aux braconniers d’écouler leur butin en s’appuyant sur la corruption des chaînes de contrôle. La solution préconisée par IFAW est la fermeture de tous les marchés. Il est toutefois complexe de contrôler la vente sur Internet, où « de plus en plus d’objets en ivoire sont écoulés ».

« Il faut lutter contre les trafiquants d’ivoire avec fermeté et démanteler ces filières qui relèvent du crime organisé, en ciblant notamment leur financement », insiste Christine Sourd chez WWF France. Faudrait-il également faire du mammouth - espèce disparue dont les restes sont conservés dans le pergélisol (sol en permanence gelé) - une espèce protégée ? La question devrait être posée à Johannesburg. « Avec le réchauffement climatique, le commerce d’ivoire de mammouth est en plein boom ». Sa vente et son exportation sont autorisées mais ce business permet de blanchir l’ivoire d’éléphants protégés.

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Pourquoi est-ce que c’est une mauvaise nouvelle pour l’économie et l’environnement ?

« Les pays où l’éléphant est présent en tirent des ressources liées au tourisme », explique Céline Sissler-Bienvenu. En outre, la disparition des pachydermes peut nuire à tout un écosystème. Ce n’est pas pour rien qu’on les surnomme les « jardiniers de la forêt et de la savane », indique-t-elle.

« Avec leurs défenses, ils créent dans la très dense forêt équatoriale des percées où certaines plantes peuvent pousser et des antilopes se réfugier. Ils creusent aussi des puits dans la savane, ce qui permet à leurs congénères et à d’autres espèces de s’approvisionner en eau. La recherche a identifié une trentaine d’espèces végétales qui ne peuvent germer qu’après avoir transité par le système digestif de ces pachydermes ».