Au Paraguay, l’été coûte la vie à des milliers de caïmans

ANIMAUX La rivière Pilcomayo dans laquelle ils vivent s’est tarie…

20 Minutes avec AFP

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Les caïmans de la rivière Pilcomayo, au Paraguay, ont la peau blanchie par la déshydratation sont épuisés par la chaleur et la dénutrition
Les caïmans de la rivière Pilcomayo, au Paraguay, ont la peau blanchie par la déshydratation sont épuisés par la chaleur et la dénutrition — NORBERTO DUARTE / AFP

Des milliers de caïmans, victimes de la sécheresse, gisent dans le lit asséché de la rivière Pilcomayo, au Paraguay. Certains sont morts, d’autres agonisent et essaient de se cacher sous la boue pour éviter les attaques des vautours.

Il n’a pas plu depuis avril dans le Chaco, département du Paraguay frontalier de l’Argentine. Dans le lit du Pilcomayo, la terre est craquelée, tant le sol est sec.

La rivière s’est tarie. Pendant la saison sèche, d’avril à octobre, ce phénomène survient de manière cyclique, et « il est accentué par le changement climatique et la déforestation », selon Luz Aida Aquino, directrice de l’organisation WWF au Paraguay.

La survie de l’espèce non compromise

« Ici, il y a normalement une faune riche et abondante », témoigne Luz Aida Aquino. Maintenant, « les animaux commencent à mourir massivement. D’abord les poissons, puis les carpinchos (rongeur semi-aquatique) et les yacarés (caïman d’Amérique du sud. Des milliers de yacarés sont déjà morts. »

Les caïmans, appelés yacarés dans cette région, mesurent jusqu’à trois mètres de long. Tradition ancestrale, leur chasse à des fins alimentaires par les indiens Toba est tolérée, mais la commercialisation de la peau est interdite.

Depuis que l’espèce est protégée, le yacaré abonde et la sécheresse de cette année ne compromet absolument pas la survie de l’espèce.

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Des vétérinaires au secours des reptiles

Les habitants des rives du Pilcomayo essaient d’effrayer en vain les vautours, qui se posent sur les reptiles et les piquent de leur bec, en commençant par les yeux, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des ONG de défense de l’environnement ont conduit récemment sur place une délégation de 50 secouristes, vétérinaires et fermiers de la zone pour perforer des puits pour sauver les yacarés.

Des équipes de vétérinaires et fermiers tentent de sauver les caïmans du Chaco, département du Paraguay
Des équipes de vétérinaires et fermiers tentent de sauver les caïmans du Chaco, département du Paraguay - NORBERTO DUARTE / AFP

« C’est tout ce qu’on peut faire », regrette Alberto Meza, un des responsables de cette délégation, remonté contre le gouvernement selon lui peu intéressé par cette problématique.

Le perçage de puits vise « à former des lacs afin que les animaux survivent », explique Oscar Salazar, directeur de la Commission Pilcomayo, un organisme étatique chargé de gérer le bassin du Pilcomayo. Mais « l’eau (qui remonte) est salée », se lamente-t-il.

Un désastre « inévitable »

« Les morts de yacarés surviennent quand les eaux sont excessivement basses comme à cette saison, fait remarquer le fonctionnaire. La rivière s’est arrêtée de couler en territoire argentin, un kilomètre avant d’arriver au Paraguay ».

Les vautours se posent sur les reptiles et les piquent de leur bec
Les vautours se posent sur les reptiles et les piquent de leur bec - NORBERTO DUARTE / AFP

Pour lui, le désastre pour la faune est désormais « inévitable ».

Pour les experts, transporter aujourd’hui les reptiles affaiblis vers d’autres régions du pays serait dangereux.

Toute la faune locale souffre

Outre les caïmans, les élevages de bovins et toute la faune locale souffrent de la sécheresse.

« La situation n’est pas si critique », affirmait voici un mois le secrétaire d’Etat à l’Environnement, alors que les écologistes avaient tiré la sonnette d’alarme en mai.

En attendant, les caïmans à la peau blanchie par la déshydratation sont épuisés par la chaleur et la dénutrition.

Dans le lit de la rivière, traquant l’eau et à défaut un peu de boue rafraîchissante, ils sont rassemblés dans des zones à peine humides, un mouroir en passe de devenir un cimetière.